Youri Latortue rejette les accusations de soutien aux gangs et conteste les méthodes des experts de l’ONU…

Youri Latortue, Dirigeant du parti AAA

PORT-AU-PRINCE, vendredi 9 octobre 2026 (RHINEWS) – L’ancien sénateur et ancien président du Sénat haïtien, Youri Latortue, rejette les accusations de soutien aux gangs Raboteau et Kokorat San Ras reprises dans le rapport du Groupe d’experts des Nations Unies sur Haïti, daté du 8 septembre 2026. Dans une lettre ouverte du 7 octobre adressée aux experts, avec copie aux membres du Conseil de sécurité, il conteste les éléments retenus contre lui et affirme avoir participé aux efforts de lutte contre les groupes armés dans l’Artibonite.

« Je n’ai jamais soutenu, armé ni financé aucun gang », déclare l’ancien parlementaire. Il qualifie les mentions le concernant d’« allégations, sans preuves, tirées de rapports précédents », auxquelles il affirme avoir répondu formellement, par écrit, « à plus de cinq reprises ». Selon lui, une seule de ces démarches aurait reçu une réponse reconnaissant une erreur à corriger dans le rapport suivant. « À ce jour, cette correction n’a pas été apportée efficacement », soutient-il. WhatsApp Scan 2026-10-08 at 10.57.09.pdf

Dans son rapport S/2026/714, le Groupe d’experts affirme, au paragraphe 109, que Youri Latortue a apporté un soutien aux gangs Raboteau et Kokorat San Ras, notamment en leur procurant des armes et des munitions. Au paragraphe 62, il estime également que le recours ancien aux groupes armés par Latortue et l’ancien député Prophane Victor contribue à entretenir la violence dans l’Artibonite.

Le rapport rapporte aussi une accusation formulée par Bendjy, chef de Kokorat San Ras, après le lancement, en mai 2026, d’opérations de sécurité contre le fief du gang à L’Estère. Celui-ci a présenté Youri Latortue comme le fondateur du groupe que l’ancien sénateur chercherait désormais à démanteler. Les experts citent à ce sujet un enregistrement audio qui leur a été transmis en mai. Au paragraphe 63, ils relaient les avertissements de sources concernant le risque d’exploitation des liens avec les gangs à des fins de mobilisation électorale et d’intimidation des adversaires.

Youri Latortue conteste cette lecture de l’enregistrement. Selon lui, le chef de gang, confronté aux opérations menées contre son groupe, cherchait à l’intimider et à l’associer à ses crimes. « Ce que vous ne dites pas, c’est que dans son message il me menace de représailles si je continue à participer au démantèlement de son équipe », écrit-il.

Il reproche aux experts d’avoir retenu les déclarations d’un chef de gang qu’il présente comme hostile à son engagement contre les groupes armés. Ces propos ne constitueraient, selon lui, que des « représailles verbales ». Il estime qu’en les intégrant au rapport, les experts donnent crédit à une opération de « propagande et de guerre psychologique » destinée à discréditer ceux qui résistent aux gangs.

Concernant Kokorat San Ras, l’ancien sénateur affirme n’avoir jamais connu les individus qui composent ce groupe. Il soutient qu’ils faisaient partie de jeunes délinquants chassés des Gonaïves en 2019 par les habitants de plusieurs quartiers pour des vols, avant de se réfugier ailleurs dans le département. Leur transformation en bandits aguerris résulterait, selon lui, de l’absence de l’État. Quant à Raboteau, il décrit ce quartier comme « le poumon économique des Gonaïves », contestant sa présentation comme une zone de non-droit.

Pour étayer sa position, Youri Latortue évoque les opérations contre Kokorat San Ras qu’il affirme avoir annoncées à la radio le 18 mai 2026 afin de mobiliser la population aux côtés de la police. Il attribue leurs résultats aux efforts conjugués de la police, de la « task force » et de citoyens ayant apporté leurs capacités et leur connaissance du terrain.

Dans sa lettre, il remercie le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, qu’il présente comme le seul à ne pas avoir systématiquement bloqué ses démarches visant à renforcer la résistance contre l’expansion des gangs dans l’Artibonite. Il regrette que cette coopération n’ait pas été retenue comme un modèle par les experts.

L’ancien parlementaire invoque également son parcours judiciaire. Il affirme s’être présenté chaque fois que des accusations l’ont conduit devant la justice haïtienne et être sorti, « à trois reprises, hors des liens de l’inculpation ». Il décrit un combat judiciaire de six ans durant lequel il aurait été empêché de servir son département, même comme simple citoyen. La lettre ne précise toutefois ni les dates ni les références des décisions invoquées.

Youri Latortue met en cause l’impartialité des publications le concernant et estime que des faits susceptibles de contredire les accusations sont délibérément ignorés. Il soutient qu’un rapport reposant sur des rumeurs ou des déclarations intéressées peut fausser l’appréciation de la crise haïtienne et compromettre les décisions des autorités nationales, de la communauté internationale et du Conseil de sécurité.

« Lorsque les sources locales sur lesquelles reposent des accusations aussi graves ont elles-mêmes des intérêts politiques, l’exigence de vérification devrait être redoublée, et non suspendue », écrit-il. Il reproche aux experts de chercher à conforter leurs rapports précédents plutôt qu’à rechercher la vérité des faits.

Rappelant avoir été élu sénateur de l’Artibonite à deux reprises, chaque fois au premier tour, Youri Latortue affirme ne contester ni le mandat du Groupe d’experts ni la nécessité de sanctionner ceux qui financent la violence en Haïti. Il demande cependant que les rapports reposent sur « des éléments vérifiés et individualisés, ou sur des décisions de justice définitives ». Il indique, en post-scriptum, que des « dossiers et argumentaires techniques » sont disponibles.