NEW YORK, jeudi 25 septembre 2025 (RHINEWS) – Le chargé d’affaires américain en Haïti, Henry T. Wooster, a livré à New York un diagnostic sans concession de la situation haïtienne, estimant que le pays fait face à « une lutte existentielle pour la survie de l’État » face à la montée des gangs armés. Dans un briefing organisé par le Foreign Press Center en marge de l’Assemblée générale des Nations Unies, il a détaillé la stratégie de Washington, fondée sur un projet de résolution au Conseil de sécurité qui vise à transformer la mission multinationale de soutien (MSS) en une véritable « force de suppression des gangs » dotée d’un mandat robuste et de moyens accrus.
« Nous avons besoin d’un Haïti stable. C’est dans l’intérêt des États-Unis de ne pas voir triompher l’anarchie et les gangs sur l’État », a déclaré Wooster. Selon lui, la menace est triple : insurrection politique, terrorisme et criminalité violente. « Les gangs, ce sont des terroristes – deux d’entre eux, Viv Ansanm et Gran Grif, ont été désignés comme organisations terroristes étrangères par les États-Unis. Ce sont aussi des insurgés qui veulent renverser l’autorité légitime et se substituer à l’État, et enfin des criminels qui violent, pillent, kidnappent, incendient et assassinent », a-t-il détaillé.
Pour répondre à ce défi, Washington propose une réforme profonde du dispositif international en Haïti. « Nous voulons passer d’une mission de soutien limitée à une force de suppression. Cela veut dire multiplier par cinq les effectifs, passer de 1 000 à 5 500 hommes, et surtout donner la liberté d’action nécessaire pour prendre l’offensive contre les gangs », a affirmé Wooster. Cette force disposerait d’un mandat sous Chapitre VII lui permettant de mener des opérations offensives, en coordination avec la Police nationale d’Haïti, mais sans être contrainte de la suivre pas à pas. « Elle pourra agir de façon autonome, tout en appuyant les autorités haïtiennes, pour sécuriser les ports, l’aéroport, les axes routiers et les infrastructures vitales. »
Un second volet du projet de résolution prévoit la création d’un bureau d’appui logistique des Nations Unies pour Haïti (UNSO), chargé de garantir l’approvisionnement, les véhicules blindés et la mobilité des forces déployées. « Comme on dit souvent, les amateurs parlent tactique, les professionnels parlent logistique. Si les forces ne peuvent pas se déplacer, établir des bases avancées et sécuriser les points stratégiques, elles échoueront », a averti Wooster.
Le diplomate a appelé les pays de la région et au-delà à contribuer à l’effort. « Nous attendons des soutiens politiques, financiers et surtout des contingents de police et militaires. Il n’existe pas aujourd’hui de crise plus grave dans l’hémisphère occidental que celle d’Haïti », a-t-il insisté, tout en se disant confiant dans la capacité des Nations Unies et des partenaires à générer les 5 500 effectifs nécessaires.
Wooster a salué la contribution exceptionnelle du Kenya, qui fournit déjà près de 75 % des 1 000 hommes de la MSS : « Le Kenya a fait preuve d’un courage remarquable en envoyant ses soldats à des milliers de kilomètres, quand beaucoup de pays plus proches hésitaient. Les Haïtiens savent que la communauté internationale se tient à leurs côtés grâce à cette présence. »
Sur le plan politique, il a rappelé que le pays est dirigé par un Premier ministre et par le président du Conseil présidentiel de transition (CPT), actuellement représentant d’Haïti à l’ONU. Mais il a souligné la nécessité de sortir rapidement de la transition : « Haïti doit élire démocratiquement un président. Les blocages liés à l’insécurité, aux querelles internes au CPT ou aux débats constitutionnels ne doivent pas servir de prétexte à l’inaction. Les postes de transition ne sont pas des fonctions à vie », a-t-il averti.
Interrogé sur la présence américaine en Haïti, Wooster a précisé que « 15 % des personnels civils non sécuritaires de l’ambassade » travaillent encore sur place, protégés par du personnel de sécurité. Quant aux citoyens américains en Haïti, il a estimé leur nombre officiel à 30 000, tout en admettant que le chiffre réel reste incertain.
Il a également défendu l’engagement financier de Washington. « Nous avons déjà dépensé plus d’un milliard de dollars, dont 835 millions pour le contrat de soutien logistique de la MSS. Contrairement aux rumeurs, les États-Unis paieront leur part des contributions obligatoires pour le futur bureau de soutien de l’ONU », a-t-il assuré, rappelant que l’effort n’incombe pas uniquement à Washington : « Ce n’est pas une crise américano-haïtienne. Elle concerne toute la communauté internationale. »
Enfin, Wooster a rejeté l’idée que l’action des États-Unis se limite à une réponse militaire. Il a rappelé que Washington reste le premier contributeur humanitaire et au développement d’Haïti. Mais, a-t-il martelé, l’urgence absolue est la sécurité : « Haïti est comme un patient en salle d’urgence. Avant de traiter les fractures, il faut arrêter l’hémorragie. Cette hémorragie, c’est l’insécurité. Si nous ne rétablissons pas l’ordre, aucune réforme politique ou économique ne pourra réussir. »
Avec cette mise en garde, Washington tente de mobiliser les membres du Conseil de sécurité, dont le vote attendu dans les prochains jours décidera de l’avenir de l’intervention internationale en Haïti.

