PORT-AU-PRINCE, dimanche 8 juin 2025 (RHINEWS) —
La décision du président américain Donald Trump d’interdire l’entrée sur le territoire des États-Unis à des ressortissants de douze pays, principalement d’Afrique, du Moyen-Orient, d’Asie et des Caraïbes, suscite une vague de réactions indignées à travers le monde. Plusieurs gouvernements et organisations internationales de défense des droits humains y voient une mesure discriminatoire, politiquement motivée, et aux conséquences dramatiques sur des millions de familles.
Le décret, qui entre en vigueur le 9 juin, concerne l’Afghanistan, le Myanmar, le Tchad, le Congo, Haïti, la Guinée équatoriale, l’Érythrée, l’Iran, la Libye, la Somalie, le Soudan et le Yémen. Par ailleurs, des restrictions renforcées visent les ressortissants de Cuba, du Venezuela, du Burundi, du Laos, de la Sierra Leone, du Togo et du Turkménistan.
À Port-au-Prince, le ministère haïtien des Affaires étrangères a exprimé sa « déception profonde », rappelant que cette mesure intervient alors que le pays tente de juguler une crise sécuritaire aiguë. Dans un communiqué, le ministère affirme : « Tout en respectant le droit souverain des États-Unis, nous attirons l’attention sur les risques d’une telle mesure pour les familles haïtiennes séparées, et pour les efforts conjoints de stabilisation en cours. »
Le parti haïtien Les Engagés pour le Développement (EDE), dans une lettre adressée au secrétaire d’État Marco Rubio, s’est également positionné : « Nous craignons que cette décision ne pousse davantage de jeunes Haïtiens vers les réseaux de migration clandestine. Elle punit ceux qui respectent les lois, alors qu’ils sont l’épine dorsale de notre diaspora. »
En Iran, le ministère des Affaires étrangères a condamné « un décret hostile et islamophobe », qualifiant la mesure de « manifestation d’une politique de ségrégation raciale déguisée en impératif sécuritaire ». À Téhéran, des manifestants se sont réunis devant l’ambassade de Suisse, qui représente les intérêts américains, en brandissant des pancartes sur lesquelles on pouvait lire : « Non à l’apartheid migratoire ».
Le gouvernement afghan, dirigé par les talibans, a qualifié la mesure d’« injuste et arbitraire ». Le porte-parole Zabihullah Mujahid a déclaré : « Les États-Unis étaient notre allié dans la guerre. Aujourd’hui, ils abandonnent leurs anciens collaborateurs à leur sort. »
En Somalie, l’ambassadeur somalien à Washington a exprimé une vive inquiétude : « La Somalie est un partenaire clé dans la lutte contre le terrorisme. Nous appelons au dialogue, pas à l’exclusion. »
À N’Djamena, le président du Tchad Mahamat Idriss Déby a rappelé son ambassadeur à Washington et suspendu l’émission de visas pour les citoyens américains. « Le Tchad n’a ni avions à offrir ni milliards à donner, mais nous avons notre dignité. Cette décision est une gifle à notre engagement antiterroriste commun. »
Du côté du Myanmar, la mesure est perçue comme une condamnation injuste d’un peuple déjà confronté à la violence militaire. Un représentant de la diaspora birmane a déclaré à la presse : « Les étudiants birmans aux États-Unis vont perdre leur avenir à cause d’un décret motivé par la xénophobie. »
Le gouvernement soudanais, en transition depuis le conflit interne de 2023, a dénoncé « une décision de fermeture unilatérale et sans concertation ». Il affirme avoir mis en place des mécanismes de sécurité et de coopération jugés satisfaisants par ses partenaires européens.
En République du Congo, la ministre des Affaires étrangères a exprimé sa stupéfaction : « Nous n’avons reçu aucune notification ni justification. Cette décision nous place dans le même panier que des pays en guerre, ce qui est totalement injuste. »
La Libye, plongée dans une crise chronique depuis 2011, estime que les États-Unis « se détournent une fois de plus des responsabilités morales qu’ils ont contractées en intervenant dans notre pays ».
Si l’Érythrée, la Guinée équatoriale, le Soudan du Sud et le Turkménistan n’ont pas réagi officiellement, des voix issues de leurs diasporas alertent déjà sur le risque de fragmentation familiale, de rupture de soins médicaux et de pertes d’opportunités éducatives.
Du côté des organisations de défense des droits humains, les condamnations sont tout aussi fermes. Amnesty International a qualifié la décision d’« acte de discrimination systémique sans base factuelle », tandis que Human Rights Watch parle d’« une politique migratoire brutale qui vise les plus vulnérables ».
Le Council on American-Islamic Relations (CAIR) a déclaré : « Le président Trump poursuit sa croisade contre les musulmans et les Africains sous prétexte de sécurité nationale. Ce décret est une honte. »
L’Union africaine a également publié une note officielle dénonçant « une mesure de stigmatisation d’un continent entier » et appelant à une « concertation urgente au Conseil de sécurité des Nations unies sur le respect des principes d’égalité entre nations ».
À Washington, le président Donald Trump justifie sa décision par la nécessité de « prévenir l’entrée d’individus dont les profils n’ont pas pu être entièrement vérifiés ». Il a ajouté : « Nous ne voulons pas d’eux. Nous protégeons l’Amérique. »
Le décret prévoit des exceptions pour les résidents permanents légaux, les titulaires de visas délivrés avant le 9 juin, les diplomates, les enfants adoptés par des familles américaines et certains cas humanitaires urgents.
Mais pour beaucoup, ces aménagements ne suffisent pas. Comme l’a résumé un avocat du Center for Constitutional Rights : « C’est une politique qui fragilise les familles, criminalise la pauvreté et discrimine selon la nationalité. L’Amérique tourne le dos à ses valeurs. »
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Rédaction : Port-au-Prince, avec la collaboration de nos contributeurs à Washington,, Mogadiscio, N’Djamena et Genève.

