PORT-AU-PRINCE, dimanche 8 juin 2025 (RHINEWS)-Le vote de la résolution 1267 par l’Assemblée nationale française, le vendredi 6 juin 2025, en faveur de la reconnaissance, du remboursement et de la réparation de la « double dette » imposée à Haïti, suscite de nombreuses réactions dans les milieux engagés dans la lutte pour les réparations. Rodolphe Mathurin, coordonnateur du Kolektif Ayisyen Afwodesandan (KAAD), s’est
s’est félicité de cette avancée.
Pour le militant, cette décision du Parlement français représente bien plus qu’un simple acte symbolique. Elle constitue, selon lui, un message adressé au monde entier. « La question haïtienne, cette double dette spécialement, fait partie des éléments clés, des fondamentaux pour ainsi dire, qui exigent de redéfinir les relations internationales sur la base d’une autre éthique », a-t-il déclaré. Rappelant que la rançon imposée par l’ordonnance de 1825 avait contraint Haïti à payer une seconde fois sa liberté, Mathurin souligne l’importance de cette reconnaissance par une grande puissance occidentale. « Avec la rançon de 1825, la France nous a forcés à payer, une fois de plus, avec notre sang, ce que nous avions arraché avec notre sang : la liberté. »
Il note que ce débat provoque une crispation particulière dans certains cercles conservateurs. « Nous comprenons que cela choque particulièrement l’extrême droite française », a-t-il souligné, tout en affirmant que cette prise de conscience progresse. « De plus en plus de voix comprennent que la situation d’Haïti est en partie une conséquence de cette double dette injuste et infâme. »
Pour Mathurin, la résolution votée constitue un jalon essentiel vers la réparation morale et historique. Il voit dans ce texte l’abandon des manœuvres dilatoires habituelles, qui cherchaient à reléguer la rançon de 1825 à un simple épisode des relations diplomatiques. Il estime que le texte adopté à l’Assemblée nationale ouvre une perspective inédite, non seulement pour Haïti, mais pour tous les peuples anciennement colonisés. « Cette résolution n’a pas encore force de loi mais ouvre une fenêtre sur demain. Pour Haïti. Pour la France. Pour toutes les victimes de la colonisation. »
Évoquant l’héritage des luttes passées, Mathurin tient à rappeler que cette démarche s’inscrit dans la continuité d’un combat initié au début des années 2000. « Cette résolution est la preuve que nous ne sommes pas seuls dans ce combat, initié par le président Jean-Bertrand Aristide en 2001, pour la réparation et la restitution. »
Interrogé sur les craintes exprimées par certains élus français au sujet du « danger de précédent » qu’un remboursement à Haïti pourrait créer, le coordonnateur du KAAD balaie l’argument. « Je dis que ce serait d’abord justice. Et c’aurait été un pas de plus vers la bonne direction. Pour l’humanité. » Selon lui, la reconnaissance des fautes coloniales ne doit pas être perçue comme une menace, mais comme une opportunité. « Il ne s’agit pas de danger mais bien d’une brèche pour la réconciliation, pour la fraternité et la paix dans le monde. »
Sur les attentes concrètes vis-à-vis du gouvernement français, Rodolphe Mathurin appelle Paris à s’élever à la hauteur de ses idéaux. « Qu’il s’élève à la dimension des idéaux portés par la Révolution française et traduits concrètement en actes par la révolution haïtienne », lance-t-il. Il rappelle que les combattants haïtiens de 1804 ont offert au monde une leçon universelle de dignité et d’humanisme. « Nos ancêtres ont offert au monde par leur sang, par leur intelligence, l’idée de l’humanisme universel : tout moun se moun. »
Le vote de cette résolution ne clôt pas le dossier, mais il marque une inflexion décisive dans le combat pour la mémoire, la justice et la reconnaissance des droits d’Haïti. Le débat est désormais entre les mains du gouvernement français, interpellé par une demande pressante de réparation venue d’un pays qui, hier encore, était contraint de payer pour avoir osé se libérer.

