Venezuela et Haïti : un « chaos orchestré » au service de l’hégémonie américaine, selon Hugues Célestin…

Hugues Celestin, Sociologue et ancien depute de Quartier-Morin...

QUARTIER-MORIN, mardi 6 janvier 2026 (RHINEWS)- L’ancien député de Quartier-Morin, Hugues Célestin, estime que les crises politiques et sécuritaires au Venezuela et en Haïti relèvent d’un même schéma d’ingérence visant à « désarticuler les États récalcitrants » et à préserver des intérêts stratégiques américains, notamment énergétiques. Dans un texte intitulé « Venezuela et Haïti – chaos orchestré », il inscrit ces situations dans une continuité historique marquée, selon lui, par l’application hégémonique de la doctrine Monroe.

« Du contrôle des ressources à la désarticulation des États récalcitrants, l’histoire des Amériques est traversée par une constante : l’ingérence comme mode de gestion impériale », affirme Hugues Célestin, pour qui le Venezuela et Haïti constituent aujourd’hui « les expressions les plus brutales » de cette logique.

Selon lui, la doctrine Monroe, initialement présentée en 1823 comme un cadre défensif, aurait été progressivement transformée en « socle idéologique d’une conception hégémonique », où « la protection des intérêts stratégiques prime systématiquement sur le respect de la souveraineté nationale ».

Le Venezuela, cible d’une stratégie de disqualification

Évoquant la situation vénézuélienne, Hugues Célestin soutient que l’enlèvement du président Nicolás Maduro et de son épouse par des forces spéciales américaines, le 3 janvier, s’inscrirait dans une stratégie plus large combinant coercition, désorganisation institutionnelle et délégitimation politique.

« La capture d’un chef d’État n’est que l’aboutissement d’un long processus de disqualification politique, médiatique et morale », écrit-il, estimant que les accusations de narcotrafic, d’autoritarisme et de menace régionale relèvent du « paradigme de l’État-voyou », destiné, selon lui, à justifier l’usage exceptionnel de la force.

L’ancien député compare cette séquence à d’autres interventions américaines, citant notamment le Panama en 1989, la guerre d’Irak en 2003 ou encore la Libye en 2011, qu’il décrit comme fondées sur des justifications « fallacieuses ou manipulées ».

Pétrole, souveraineté et Petrocaribe

Hugues Célestin souligne que le Venezuela détient « environ 303 milliards de barils de réserves prouvées de pétrole », ce qui en ferait, selon les données de l’Agence américaine d’information sur l’énergie (EIA), le pays aux plus importantes réserves mondiales. Cette richesse énergétique constituerait, selon lui, un facteur central des pressions exercées sur Caracas.

Il rappelle que, sous Hugo Chávez puis Nicolás Maduro, le pays a utilisé la rente pétrolière comme levier de solidarité régionale à travers le programme Petrocaribe, lancé en 2005. « Ce refus de se plier à l’ordre économique néolibéral a immédiatement provoqué l’hostilité des puissances capitalistes », affirme-t-il.

Concernant Haïti, Hugues Célestin estime que Petrocaribe illustre à la fois « le potentiel d’une coopération Sud-Sud » et « les limites imposées par la captation des ressources par les élites locales ». Il rappelle que des audits de la Cour supérieure des comptes ont mis au jour, selon lui, « la gestion frauduleuse de centaines de millions de dollars », déclenchant le mouvement citoyen des PetroChallengers.

Haïti, une instabilité « administrée »

Selon l’ancien parlementaire, la crise haïtienne ne peut être analysée comme une simple succession d’échecs internes. « L’instabilité est produite, entretenue et administrée comme un instrument de contrôle néocolonial », écrit-il, affirmant que la gangstérisation du pays serait encouragée comme « mode de gouvernance par le chaos ».

Il soutient que la politique américaine, relayée par ce qu’il appelle la « communauté internationale », appuierait des élites locales chargées de maintenir Haïti dans une « désarticulation permanente », empêchant toute alternative souveraine durable.

Un appel à la dignité et à la résistance

Pour Hugues Célestin, le cas vénézuélien constitue « un avertissement adressé à toutes les expériences socialistes et progressistes du continent ». Il affirme que l’enjeu central demeure la dignité des peuples, entendue comme « la capacité de décider pour soi-même, de maîtriser ses ressources et de refuser l’humiliation ».

« Là où la souveraineté persiste, l’instabilité est fabriquée ; lorsque le chaos s’installe, la domination se normalise », conclut-il, appelant les peuples et les mouvements progressistes à « reconstruire une intégration régionale fondée sur l’autodétermination et la justice sociale ».