Trump propose d’expulser des citoyens américains criminels, une idée qualifiée d’inconstitutionnelle…

Donald Trump, Ex-president des Etats-Unis...

WASHINGTON, mercredi 2 juillet 2025 (RHINEWS m)Le président Donald Trump a suggéré mardi qu’expulser des citoyens américains ayant commis des crimes pourrait devenir « le prochain travail » de son administration, une proposition jugée illégale et inquiétante par des experts juridiques.

Interrogé lors d’une visite d’un centre de détention en Floride surnommé « Alligator Alcatraz », Trump a évoqué des Américains « nés ici » et considérés comme « de mauvais individus » – tels que ceux ayant agressé une personne avec une batte de baseball. « Ils ne sont pas nouveaux dans notre pays. Ils sont ici depuis longtemps, pour certains sont nés ici. Je pense que nous devrions les déloger, aussi, si vous voulez savoir la vérité. Peut-être que ce sera le prochain travail », a-t-il déclaré  .

Le président a admis ne pas savoir si cela serait légal : « Nous devons en déterminer la légalité. Si nous avions le droit légitime, je le ferais sans hésiter », a-t-il précisé (). Il a également mentionné une étude en cours par le ministère de la Justice, après une note interne encourageant la révocation de la nationalité pour crimes graves ou fraude à la naturalisation  .

Cette proposition a suscité un tollé immédiat parmi les spécialistes du droit constitutionnel. Amanda Frost, professeure à l’Université de Virginie, a expliqué à ABC News que même les citoyens naturalisés ne peuvent perdre leur nationalité qu’en cas de fraude ou de trahison au moment de la naturalisation, et non à cause d’un crime ultérieur  . Elle estime qu’une telle mesure violerait le 14ᵉ Amendement et l’article interdisant les peines « cruelles et inusitées » de la Constitution  .

Des commentateurs judiciaires rappellent que l’arrêt Afroyim v. Rusk (1967) stipule qu’un citoyen américain ne peut être déchu de sa nationalité sans son consentement. Tout citoyen né aux États-Unis bénéficie d’un droit absolu à demeurer et à rentrer dans le pays  .

L’administration Trump avait déjà pensé à expulser des citoyens condamnés vers des prisons à l’étranger. En avril, M. Trump avait évoqué la possibilité d’envoyer des délinquants américains violents dans des prisons salvadoriennes, évoquant même un paiement pour la construction de « cinq autres endroits » destinés à les accueillir, une idée également jugée illégale et alarmante  .

Les critiques voient dans ces propos un dangereux précédent. Une experte a qualifié ces déclarations sur les réseaux sociaux de « chilling », décrivant une dérive autoritaire, tandis qu’un éditorial du Guardian mettait en garde contre la légalisation de ce type d’abus, notant que la détention d’Américains qu’on qualifierait de « terroristes » masque une extension inquiétante des pouvoirs exécutifs ().

Les associations de défense des droits civiques avertissent que même l’idée de déporter des citoyens constitue un affaiblissement grave des garanties constitutionnelles. Une analyse récente du Brennan Center estime qu’un tel acte violerait également la First Step Act, qui impose que les ressortissants soient incarcérés aussi près que possible de leur domicile — dans la limite de 500 miles  .

Au-delà des aspects juridiques, certains y voient un mécanisme d’intimidation. Selon Ground News, les propos de Trump font craindre un climat où la citoyenneté devient conditionnelle, ce que plusieurs observateurs dénoncent comme une attaque contre les fondements mêmes de la démocratie ().

Face aux critiques, l’administration évoque encore le recours à la révocation forcée de nationalité, parallèlement aux poursuites classiques. Mais les spécialistes rappellent que la révocation n’est prévue que si le citoyen a menti ou commis une fraude pour obtenir sa naturalisation, et non pour un crime commis après.

La proposition reste donc en l’état une promesse, qu’il faudra voir confirmée dans les actes : à ce jour, ni décret, ni texte de loi, ni procédure judiciaire n’ont été lancés pour expulser des citoyens naturels ou nés aux États-Unis à la suite d’un crime.