NEW-YORK, mercredi 2 juillet 2025 (RHINEWS) —Le Conseil de sécurité des Nations Unies a tenu ce mercredi une réunion décisive sur la situation en Haïti, où la crise sécuritaire s’aggrave de jour en jour sous la pression des gangs armés. Si tous les membres ont reconnu l’urgence de la situation, les divergences profondes entre les États-Unis, la Chine et la Russie sur la nature de la réponse internationale ont mis en évidence un Conseil fracturé à un moment critique.
Le représentant intérimaire des États-Unis, John Kelley, a ouvertement alerté sur « la détérioration drastique de la sécurité et de la gouvernance » en Haïti, dénonçant l’extension du contrôle territorial des gangs et leur impunité. Selon lui, cette dynamique met gravement en péril la tenue d’élections libres et équitables dans un délai raisonnable. « Sans la présence de la Mission multinationale d’appui à la sécurité dirigée par le Kenya, les gangs seraient encore plus enhardis dans leurs ambitions et leurs atrocités contre les civils », a-t-il déclaré.
Washington appelle à préparer une transition progressive vers une mission de maintien de la paix sous l’égide des Nations Unies, afin d’apporter un soutien structurel à long terme à l’État haïtien. Les États-Unis soutiennent également le renforcement du régime de sanctions onusiennes. En mai dernier, le gouvernement américain a désigné le réseau criminel Viv Ansanm comme organisation terroriste étrangère, dénonçant ses violations massives contre les enfants et sa responsabilité dans le recrutement forcé de mineurs. « Nous continuerons de promouvoir des mesures de responsabilisation contre les individus et groupes qui alimentent cette spirale de violence », a insisté Kelley, appelant aussi à une plus grande implication de l’Organisation des États américains (OEA), qu’il souhaite voir jouer un rôle plus central dans la réponse régionale.
Mais face à ce plaidoyer en faveur d’une approche musclée et multilatérale, la Chine et la Russie ont exprimé leur ferme opposition à toute évolution du mandat de la MSS vers une mission de paix onusienne.
Pékin, co-demandeur du briefing avec Moscou, a exprimé ses inquiétudes quant à une intervention prématurée et potentiellement contre-productive. Pour la délégation chinoise, Haïti ne remplit pas actuellement les conditions minimales de stabilité politique nécessaires à un déploiement militaire sous mandat onusien. « Il faut privilégier d’abord le renforcement des institutions nationales, la lutte contre la corruption, le contrôle des armes, et promouvoir une gouvernance inclusive », a déclaré un diplomate chinois, tout en rappelant l’importance d’une réponse progressive, pilotée depuis Haïti et soutenue par des mécanismes non militaires, notamment les sanctions diplomatiques.
La Russie, elle aussi farouchement opposée à la transformation de la MSS, a appelé à « une évaluation indépendante, complète et impartiale » de l’efficacité de la mission actuelle avant toute extension ou modification de son mandat. Selon le représentant russe, les précédentes interventions internationales en Haïti n’ont pas laissé de résultats durables et ont parfois aggravé les tensions internes. « Nous devons tirer les leçons du passé. La militarisation hâtive d’une crise complexe risque de reproduire les erreurs déjà commises sur ce territoire », a-t-il averti. Moscou privilégie également l’usage accru de sanctions ciblées et d’embargos pour enrayer le financement et l’armement des gangs.
Ces divergences stratégiques entre les grandes puissances ont suscité l’inquiétude d’autres membres du Conseil. La France a exprimé son soutien aux propositions américaines, appelant à étudier sérieusement l’évolution de la MSS en mission onusienne. Elle a mis en garde contre les « limites opérationnelles et de ressources » de la mission kenyane dans sa configuration actuelle, soulignant l’urgence de renforcer l’appui international.
Plusieurs pays latino-américains et caribéens – dont la Jamaïque, la Barbade, le Panama et le Brésil – ont réclamé une réponse internationale mieux coordonnée et un mandat renforcé pour le Bureau intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH). La Jamaïque, intervenant au nom de la CARICOM, a alerté sur les implications régionales de la crise haïtienne, notamment en matière de trafic d’armes et de migration. Le Panama et le Brésil ont quant à eux insisté sur la nécessité d’agir en amont pour démanteler les filières d’approvisionnement en armes alimentant les gangs.
Le mandat actuel du BINUH arrive à échéance le 15 juillet. D’ici là, des négociations serrées s’annoncent entre les membres du Conseil pour définir l’avenir de la présence onusienne en Haïti. Mais dans l’immédiat, le peuple haïtien continue de subir les assauts répétés des groupes armés qui contrôlent aujourd’hui la majorité de Port-au-Prince et plusieurs axes routiers stratégiques.
Alors que plus de 1,3 million de personnes sont déplacées et que la faim progresse dans plusieurs départements, l’inaction ou l’indécision du Conseil pourrait avoir des conséquences dramatiques. Comme l’a rappelé la représentante du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme lors d’une intervention précédente : « Le temps presse. Ce qui est en jeu, ce n’est pas seulement la sécurité d’Haïti, mais aussi la crédibilité du système multilatéral. »

