Washington annonce la fin de l’USAID : le Département d’État reprend en main l’aide étrangère pour la recentrer sur les intérêts nationaux américains…

USAID/HAITI

WASHINGTON, mercredi 2 juillet 2025 (RHINEWS) — Le secrétaire d’État Marco Rubio a annoncé ce lundi la fin des missions opérationnelles de l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID), qui sera désormais privée de ses prérogatives en matière de gestion de l’aide étrangère. « Cette ère d’inefficacité sanctionnée par le gouvernement est officiellement terminée », a déclaré le secrétaire d’État dans un communiqué intitulé Rendre à l’aide étrangère sa grandeur, publié sur le site officiel du Département d’État américain.

Désormais, l’aide extérieure des États-Unis sera administrée directement par le Département d’État, dans une logique de centralisation stratégique et de redéfinition des priorités à l’aune de la doctrine America First. « À partir du 1er juillet, l’USAID cessera officiellement de mettre en œuvre l’aide étrangère », a affirmé Marco Rubio, soulignant que les projets sélectionnés devront impérativement servir « les intérêts de notre pays » et être « alignés sur les politiques de l’administration ».

Ce revirement s’inscrit dans le cadre d’un vaste audit conduit sous l’administration Trump, qui a examiné des milliers de programmes et plus de 715 milliards de dollars de dépenses d’aide étrangère depuis la fin de la guerre froide. Selon Rubio, le constat est accablant : l’USAID aurait échoué à générer des résultats concrets, alors même qu’elle a disposé de « décennies et d’un budget quasi-infini pour faire progresser l’influence américaine ». Il accuse l’agence d’avoir « créé, aux frais du contribuable, un complexe industriel d’ONG à l’échelle mondiale » tout en produisant peu d’effets positifs.

Dans ce communiqué sans précédent, le secrétaire d’État cite plusieurs chiffres pour étayer la décision. Depuis 1991, les pays d’Afrique subsaharienne auraient reçu 165 milliards de dollars d’aide, mais n’auraient voté qu’à 29 % avec les États-Unis à l’ONU en 2023, un taux qualifié de « plus bas du monde ». Il souligne aussi que les plus de 89 milliards de dollars versés au Moyen-Orient et en Afrique du Nord n’ont pas permis d’inverser la tendance anti-américaine, et que les 9,3 milliards envoyés à Gaza et en Cisjordanie « ont suscité des griefs plutôt que de la gratitude ».

Le communiqué critique vertement l’orientation idéologique supposée de l’USAID, accusée d’avoir soutenu des causes « anti-américaines », telles que « la diversité, équité et inclusion (DEI) mondiale », la censure, ou encore des « opérations de changement de régime » dans des pays tiers. Rubio dénonce également la présence d’ONG « en cheville avec la Chine communiste » et d’autres « adversaires géopolitiques ». « Là où il y avait autrefois un arc-en-ciel de logos non identifiables sur l’aide vitale, il y aura désormais un symbole reconnaissable : le drapeau américain », affirme-t-il, promettant de recentrer la communication sur le rôle direct des États-Unis.

Le nouveau modèle mis en place, selon Rubio, s’éloigne de la logique caritative et adopte une philosophie basée sur le commerce, l’investissement et l’autonomie des pays bénéficiaires. « Les Américains ne devraient pas payer des impôts pour financer des gouvernements défaillants dans des pays lointains », écrit-il. Il assure que l’aide sera désormais « ciblée, limitée dans le temps », et dirigée vers les États qui démontrent leur capacité à résoudre leurs propres problèmes. Un accent particulier sera mis sur la catalysation de capitaux privés, notamment d’origine américaine, et sur la simplification des procédures bureaucratiques.

Le texte cite également des témoignages recueillis par des diplomates américains auprès de ressortissants africains et latino-américains. « Un Zambien a dit aux diplomates américains qu’il serait plus utile d’apprendre à pêcher que d’être approvisionné en poisson », rapporte le secrétaire d’État. Une Éthiopienne aurait exprimé sa préférence pour « des investissements à bénéfices mutuels » plutôt que pour « l’aide unilatérale ».

Enfin, Rubio présente cette réforme comme un outil de lutte contre le modèle chinois d’aide au développement, qu’il qualifie d’« exploiteur ». « Ce modèle nous placera dans une position plus forte pour contrer le modèle d’aide de la Chine et promouvoir nos intérêts stratégiques dans des régions clés du monde », soutient-il.

Marco Rubio, ancien sénateur républicain de Floride, a prêté serment comme 72e secrétaire d’État des États-Unis le 21 janvier 2025. Sa nomination a été saluée par la Maison-Blanche comme un retour à une diplomatie « offensive, réaliste et sans complexe ».