PORT-AU-PRINCE, vendredi 3 octobre 2025 (RHINEWS) – Le Centre d’analyse et de recherche en droits de l’homme (CARDH) a salué l’adoption par le Conseil de sécurité des Nations Unies, le 30 septembre, de la résolution 2793 autorisant la transformation de la Mission multinationale d’appui à la sécurité (MMAS) en Force de Répression des Gangs (FRG). Selon l’organisation, cette avancée, bien que significative, « doit être complétée par des engagements concrets, tant de la coopération internationale que des autorités haïtiennes », sans quoi elle risquerait de reproduire les échecs du passé.
Dans sa note, le CARDH rappelle que le texte onusien adopté par 12 voix contre 3 abstentions « stipule clairement que c’est au Gouvernement d’Haïti qu’il incombe au premier chef d’assurer la sécurité […] et de s’attaquer aux causes profondes de l’instabilité, y compris en luttant contre la corruption endémique, en entreprenant des réformes fondamentales des systèmes de gouvernance et en combattant le flux d’armes illégales entrant dans le pays ».
L’organisation souligne les particularités de la FRG, notamment sa composition mixte de 5 500 policiers et militaires, son mandat robuste sous le chapitre VII de la Charte des Nations Unies lui permettant de mener des opérations indépendantes et des arrestations ciblées, ainsi que sa capacité proactive d’agir sur les réseaux d’approvisionnement des gangs. « La FRG pourra saisir, enregistrer et détruire des armes et munitions illicites, tout en renforçant le Comité des sanctions de l’ONU et la gestion des frontières haïtiennes », explique le document.
La résolution prévoit également la création d’un Bureau d’appui des Nations Unies en Haïti (BANUH), chargé de fournir un soutien logistique et opérationnel à la FRG, ainsi qu’à la PNH, aux Forces armées et au Bureau intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH). Pour le CARDH, cette configuration « confère plus de latitude à la FRG pour s’attaquer aux gangs et à la criminalité », mais elle comporte des limites.
Parmi ces limites, le CARDH pointe le caractère multinational et volontaire de la FRG, tant dans son financement que dans la fourniture de personnel, ainsi que le délai estimé de « six mois à un an » avant que la transformation effective de la MMAS en FRG ne devienne opérationnelle. « Fort probablement, la MMAS avec toutes ses limites restera en place durant cet intervalle », prévient l’organisation.
Le CARDH formule une série de recommandations. Aux acteurs internationaux, il demande de « doter la FRG de moyens financiers, matériels, technologiques et humains suffisants, assortis d’un leadership convaincant », de définir des mécanismes d’observation mesurables des objectifs, de renforcer les actions des forces haïtiennes pour éviter une reconfiguration des gangs et d’associer la société civile au processus « conformément à la feuille de route de l’OEA ».
Aux autorités haïtiennes, le CARDH recommande de « doter le pays d’un plan de sécurité assorti d’un échéancier et de mécanismes de mise en œuvre, afin de donner à la Police nationale et aux Forces armées d’Haïti les moyens matériels et humains nécessaires pour devenir de véritables forces de sécurité ».
L’organisation met en garde contre la répétition des expériences passées : « Sans un engagement réel et durable, le pays risque de connaître encore une fois une force mobilisée, des centaines de millions de dollars dépensés… et un problème non résolu », insiste-t-elle.
Le CARDH rappelle avoir déjà soumis à la coopération internationale et aux autorités haïtiennes, le 2 septembre dernier, les recommandations de la Table sectorielle sur la sécurité, qu’il appelle à prendre en compte dans le déploiement de la nouvelle force.

