Sonet Saint-Louis appelle à la dissolution du Conseil présidentiel de transition entaché de corruption”…

Sonet Saint-Louis, Avocat

PORT-AU-PRINCE, jeudi 3 juillet 2025 (RHINEWS)Me Sonet Saint-Louis a réclame une « concertation politique urgente » pour sortir Haïti de ce qu’il qualifie de « gouvernance calamiteuse », appelant à la dissolution du Conseil présidentiel de transition (CPT), structure exécutive actuelle qu’il juge profondément discréditée.

« Il n’y aura ni replâtrage clanique ni réduction du nombre de membres formant le Conseil présidentiel de transition », a-t-il martelé dans un texte rendu public depuis La Gonâve. Selon lui, la légitimité même du CPT est compromise, car cinq de ses membres font l’objet d’inculpations ou de soupçons de corruption.

L’universitaire cite notamment Fritz Alphonse Jean, actuel coordonnateur du CPT, et l’architecte Leslie Voltaire, représentant de Fanmi Lavalas, tous deux inculpés pour détournement de fonds publics par le juge Lamarre Bélizaire, à la suite d’un rapport de la commission dirigée par l’ancien sénateur Paul Denis. « Le magistrat instructeur qui était en charge du dossier a, dans une déclaration publique, reconnu avoir décerné des mandats d’amener contre ces deux personnalités, membres du CPT », rappelle le professeur.

Dénonçant le silence des médias qu’il juge « trop asservis », Sonet Saint-Louis estime que cette impunité est symptomatique d’un « consensus autour du vice » qui régnerait dans la classe politique haïtienne. « Il est consternant que certains leaders continuent de croire qu’il est encore possible que ces dirigeants, corrompus jusqu’à la moelle, puissent continuer à décider au nom de la République », écrit-il.

Pour ce professeur de l’Université d’État d’Haïti, l’indifférence généralisée face à la corruption traduit un opportunisme profond. « La corruption au sein de l’État est un sujet qui suscite peu d’intérêt, puisque chacun attend son tour pour poser des actes malhonnêtes contre les intérêts de l’État », déplore-t-il.

Selon M. Saint-Louis, la solution ne peut venir d’un aménagement du CPT, dont tous les membres votants seraient soit inculpés, soit gravement soupçonnés d’actes illicites allant du détournement de fonds à la fraude, en passant par le népotisme ou le favoritisme. Il appelle donc à une rupture totale : « Il est impossible de sauver une partie de ce Conseil présidentiel de transition. »

Dans cette perspective, il propose deux voies. La première serait d’opter pour un gouvernement provisoire dirigé par un(e) juge de la Cour de cassation. « Une telle solution n’a certes aucune base constitutionnelle formelle, mais elle s’inscrirait dans une tradition historique à laquelle on a eu recours en période de crise aiguë », explique-t-il, citant l’esprit de la Constitution de 1987. La seconde, selon lui, consisterait à maintenir le régime actuel, perpétuant ainsi « l’impunité, principal obstacle à tout renouveau démocratique ».

Faisant appel à la conscience collective, Sonet Saint-Louis conclut par un avertissement solennel : « Il est encore temps de choisir la dignité et la responsabilité plutôt que la résignation face à l’effondrement. L’histoire jugera. »