Rosemila Petit-Frère mise en cause par les experts de l’ONU pour financement de gangs et blanchiment de fonds détournés…

Rosemila Sainvil Petit-Frere, ex-mairesse de l'Arcahaie...

PORT-AU-PRINCE,  jeudi 8 octobre 2026 (RHINEWS) – Le Groupe d’experts de l’ONU sur Haïti met en cause Rosemila Petit-Frère, femme d’affaires et ancienne maire d’Arcahaie, pour un soutien financier et logistique à des chefs de la coalition « Viv Ansanm », la transmission d’informations confidentielles sur des opérations policières et le blanchiment de fonds détournés de la Caisse d’assistance sociale. L’ancienne élue a contesté les constatations des experts, qui indiquent maintenir leurs conclusions après avoir examiné sa réponse.

Dans son rapport référencé S/2026/714, le Groupe consacre les paragraphes 144 à 150 à « L’affaire Rosemila Petit Frère », dans la section portant sur l’appui apporté aux gangs par des acteurs économiques. Il présente Mme Petit-Frère comme une ancienne maire de la commune d’Arcahaie, dans le département de l’Ouest, ayant exercé cette fonction de 2016 à 2020.

Selon les experts, leur enquête sur les activités financières illicites liées au financement des gangs a révélé qu’elle entretenait des relations de longue date avec des chefs de « Viv Ansanm », coalition identifiée sous la référence HTe.002 dans le régime de sanctions onusien, auxquels elle aurait apporté un soutien financier et logistique.

Le rapport lui attribue également un rôle d’intermédiaire entre les gangs et d’autres acteurs. Les experts estiment qu’elle a contribué au maintien de liens entre les groupes armés et les milieux criminels, politiques, économiques et du secteur de la sécurité, notamment en facilitant les communications et les transactions financières. Ils précisent que ces informations ont été corroborées par deux États membres, dont ils ne donnent pas les noms.

Le Groupe situe ces constatations dans la continuité de ses précédentes enquêtes sur le financement des gangs par des acteurs économiques, notamment celle concernant Rony Célestin, exposée aux paragraphes 167 à 171 du rapport S/2024/704.

Rosemila Petit-Frère a été arrêtée en août 2025 alors qu’elle transitait par la République dominicaine en provenance du Canada, rappelle le document. Selon les experts, plusieurs échanges de messages examinés dans le cadre de l’enquête ont révélé son soutien à des chefs de « Viv Ansanm », dont Renel Destina, alias « Ti Lapli », chef du gang de Grand Ravine et identifié sous la référence HTi.003.

Les experts rapportent qu’au cours des cinq mois précédant le lancement de « Viv Ansanm », en septembre 2023, Mme Petit-Frère a multiplié les appels téléphoniques avec Ti Lapli et Jean Gardy, alias « Pece Pim Pim ». Ils affirment qu’elle a, à trois reprises, transmis à Ti Lapli des « informations opérationnelles confidentielles » concernant des opérations imminentes de la Police nationale d’Haïti contre Grand Ravine et d’autres gangs ayant ensuite formé l’alliance.

Le rapport fait également état d’échanges réguliers d’informations avec Prophane Victor, identifié sous la référence HTi.006 et visé par des sanctions pour avoir soutenu et armé des gangs, ainsi qu’avec Magalie Habitant. Cette dernière y est présentée comme une intermédiaire clé entre les gangs et leurs soutiens économiques et financiers, un rôle précédemment décrit dans le rapport S/2025/597, aux paragraphes 78 à 80 et à l’annexe 22.

Selon le Groupe, Mme Petit-Frère recevait, grâce à ses contacts au sein de la police, des rapports d’enquête confidentiels provenant d’agents qualifiés de corrompus. Certains concernaient Prophane Victor et Magalie Habitant. Elle les leur aurait transmis, et les deux intéressés les auraient ensuite utilisés pour préparer leur défense.

Les experts soutiennent aussi que ses relations avec certains membres de la Police nationale d’Haïti lui ont permis d’obtenir des marchés publics de fourniture d’uniformes « sans mise en concurrence et sans mécanismes de contrôle adéquats ». Le passage ne précise ni le montant de ces marchés ni les noms des policiers concernés.

Concernant la Caisse d’assistance sociale, le Groupe affirme que Mme Petit-Frère a utilisé ses relations politiques avec d’anciens responsables gouvernementaux pour favoriser la nomination de personnes de son choix à des postes stratégiques de l’administration, afin qu’elles détournent des fonds pour son compte.

Il cite le cas d’un ancien directeur général de la Caisse, dont elle aurait soutenu la nomination en 2021. Selon le rapport, cet ancien responsable a ensuite été mis en cause pour détournement de fonds au préjudice de l’institution, et l’enquête a établi que Mme Petit-Frère en était « la principale bénéficiaire ». Le document ne nomme pas cet ancien directeur général dans cette section et n’indique pas le montant des fonds concernés.

Les experts affirment qu’une partie de ces fonds a été versée à Jean Gardy, chef du gang Krache Dife et membre de « Viv Ansanm ». Ils décrivent ce chef de gang comme un acteur dont l’influence s’est considérablement accrue et qui opère principalement dans les quartiers de Bel-Air et de Delmas.

La reconstitution des flux financiers aurait également mis en évidence le blanchiment de ces fonds par l’intermédiaire de trois entités commerciales appartenant à Mme Petit-Frère : Centre Commercial, Groupe Radio Mono 96.3 FM et Excel Travel. Le rapport précise que ces trois structures sont enregistrées en Haïti.

Pour étayer ces constatations, les experts citent des rapports confidentiels, des informations fournies par un État membre en 2026 et des entretiens avec des enquêteurs, des agents de la Police nationale d’Haïti, des analystes de gangs, des spécialistes financiers, économiques et de la lutte contre la corruption, ainsi que des représentants de la société civile et des droits humains. Les entretiens et documents mentionnés dans les notes relatives à cette affaire couvrent notamment novembre 2025 et janvier, février, mai et juin 2026.

Le Groupe indique avoir adressé une lettre à Rosemila Petit-Frère pour lui permettre de répondre à ses constatations. « Dans sa réponse, celle-ci a contesté les constatations du Groupe d’experts », précise le rapport, sans reproduire le détail de ses arguments. Les experts ajoutent avoir examiné les informations qu’elle leur a communiquées avant de les transmettre au Comité des sanctions. « Le Groupe d’experts maintient ses conclusions », écrivent-ils.

Les démarches de la rédaction de RHINEWS pour obtenir la réaction de Mme Petit-Frère demeurent sans réponse. La rédaction reste ouverte à ses commentaires.