PORT-AU-PRINCE, jeudi 8 octobre 2026 (RHINEWS) – Le Groupe d’experts de l’ONU sur Haïti accuse Alfredo Junior Antoine, ancien député de Kenscoff, d’avoir armé et financé des groupes criminels et d’avoir été l’un des principaux commanditaires de l’attaque du 27 janvier 2025 dans cette commune. Dans son rapport daté du 8 septembre 2026, les experts précisent que l’ex-parlementaire a démenti, par courrier électronique, avoir des liens avec les gangs, mais indiquent maintenir leurs conclusions.
Élu dans la circonscription de Kenscoff pour la période 2016-2020, Alfredo Junior Antoine aurait, depuis 2016 au moins, armé et soutenu des groupes de jeunes de la région, « s’en servant comme d’un outil politique au service de son programme », affirme le rapport. Selon les experts, ces groupes ont ensuite évolué pour devenir des gangs ou se sont ralliés à des organisations criminelles existantes.
Le document lui attribue également une responsabilité dans des enlèvements et des détentions illégales. Les experts soutiennent qu’il aurait eu recours à des gangs et à d’autres individus armés « pour intimider des opposants politiques ou s’emparer illégalement de biens ». Ils renvoient notamment à des entretiens réalisés en 2026 avec plusieurs personnes présentées comme ses victimes.
Concernant l’attaque du 27 janvier 2025, le Groupe d’experts désigne l’ancien député comme « l’un des principaux commanditaires ». Selon le rapport, cette attaque s’est soldée par plus de 100 meurtres et s’est accompagnée de nombreux viols, y compris sur des mineurs, de vols qualifiés et d’incendies d’habitations. Depuis ces événements, des gangs ont pris le contrôle de certaines parties de Kenscoff, suscitant une vive inquiétude parmi les habitants.
Alfredo Junior Antoine a été arrêté le 4 avril 2025 pour participation à un complot contre la sûreté de l’État, financement d’organisations criminelles, complicité de meurtre et association de malfaiteurs, rappelle le document. Il a été remis en liberté le 9 mai 2025. Le rapport cite, à l’appui de ces informations, un rapport d’enquête confidentiel de mai 2025 ainsi que des entretiens avec des sources confidentielles réalisés en 2025 et en 2026.
Les experts affirment également que l’ancien parlementaire a planifié avec des gangs des attaques dans plusieurs quartiers de Kenscoff. Il aurait communiqué fréquemment avec des membres de la coalition Viv Ansanm, notamment Dady Paul, connu sous le nom de Frantz Valmyr, alias « Didy », présenté comme l’un des principaux chefs de gang dans la commune.
Selon le rapport, Alfredo Junior Antoine entretenait aussi des contacts réguliers avec Magalie Habitant, décrite par les experts comme une « principale intermédiaire entre les responsables politiques, les hommes d’affaires et les gangs », ainsi que des liens étroits avec Vitelhomme Innocent, inscrit sur la liste des sanctions de l’ONU sous la référence HTi.005.
Le Groupe d’experts indique par ailleurs l’avoir identifié comme « l’un des fournisseurs d’armes à feu, de munitions et de ressources financières à Viv Ansanm », par l’intermédiaire d’un tiers. Plusieurs armes à feu détenues illégalement auraient également été découvertes à son domicile, selon le document.
Le rapport mentionne en outre son implication présumée dans des affaires de meurtre, d’abus de confiance, de spoliation et de cambriolage de domiciles privés. Il rappelle qu’Alfredo Junior Antoine avait été incarcéré pour fraude du 14 septembre 2005 au 25 avril 2008, puis arrêté en juillet 2015 pour appropriation illicite de biens, faux et usage de faux.
Contacté au cours de leurs travaux, l’ancien député a contesté les accusations relatives à ses rapports avec les groupes criminels. « Le Groupe d’experts a pris contact avec M. Antoine, qui a démenti par courrier électronique avoir des liens avec les gangs », précise le document. Les experts ajoutent avoir transmis son message au Comité des sanctions du Conseil de sécurité et maintenir leurs conclusions. Les accusations exposées constituent les conclusions du Groupe d’experts et ne valent pas, en elles-mêmes, condamnation judiciaire.
Malgré ses efforts pour recueillir la réaction d’Alfredo Junior Antoine aux éléments de ce rapport, la rédaction de RHINEWS n’a pas pu obtenir de réponse de l’ex-parlementaire.

