NEW YORK, mardi 9 septembre 2025 (RHINEWS) – Les dépenses militaires mondiales ont atteint un niveau sans précédent en 2024, augmentant de plus de 9 % par rapport à 2023 pour s’élever à 2.700 milliards de dollars, a averti mardi l’ONU dans un nouveau rapport présenté par le Secrétaire général António Guterres.
« Les faits sont clairs : des dépenses militaires excessives ne garantissent pas la paix », a déclaré M. Guterres. « Elles la fragilisent souvent, alimentant la course aux armements, exacerbant la méfiance et détournant les ressources des fondements mêmes de la stabilité ».
Selon l’étude intitulée La sécurité dont nous avons besoin : rééquilibrer les dépenses militaires pour un avenir durable et pacifique, les dépenses mondiales pourraient atteindre 6.600 milliards de dollars d’ici 2035 si la tendance actuelle se poursuit. Cette dérive représente une menace majeure pour l’humanité, alors même que le monde accuse un retard considérable dans la réalisation des Objectifs de développement durable (ODD) fixés pour 2030. Le déficit de financement des ODD s’élève déjà à 4.000 milliards de dollars par an et pourrait grimper à 6.400 milliards dans les prochaines années.
Le rapport met aussi en lumière un fardeau croissant sur les économies nationales : la part des dépenses militaires dans l’économie mondiale est passée de 2,2 % du PIB en 2022 à 2,5 % en 2024, tandis que leur poids dans les budgets publics est passé de 6,6 % à 7,1 %. Plus de 100 pays ont augmenté leurs budgets militaires l’an dernier, alors même que l’aide publique au développement recule. Selon les auteurs, dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, une hausse de 1 % des dépenses militaires se traduit presque mécaniquement par une réduction équivalente des services de santé publique, compromettant la préparation aux pandémies et d’autres programmes vitaux.
La Haute-Représentante des Nations Unies pour les affaires de désarmement, Izumi Nakamitsu, a appelé à une « nouvelle vision de la sécurité, centrée sur l’humain et ancrée dans la Charte des Nations Unies ». Elle a insisté : « Rééquilibrer les priorités mondiales n’est pas une option : c’est un impératif pour la survie de l’humanité ».
L’Administrateur par intérim du PNUD, Haoliang Xu, a renchéri : « Nous vivons dans un monde où les fractures se creusent, où l’aide publique au développement diminue et où les progrès du développement humain ralentissent. Mais nous savons que le développement est un moteur de sécurité ». Selon lui, l’amélioration des conditions de vie – accès à l’éducation, aux soins, aux opportunités économiques et à la dignité – constitue la voie la plus sûre vers la paix.
Le rapport plaide pour un rééquilibrage des priorités mondiales, en privilégiant la diplomatie, la coopération et l’investissement dans le développement durable. Même une fraction des dépenses militaires actuelles suffirait à transformer la situation mondiale : 93 milliards de dollars par an, soit moins de 4 % des budgets militaires, permettraient d’éradiquer la faim d’ici 2030 ; 285 milliards suffiraient à vacciner chaque enfant de la planète ; et 5.000 milliards couvriraient douze années d’éducation de qualité pour tous les enfants des pays à revenu faible et intermédiaire.
Par ailleurs, si les dépenses militaires créent des emplois, d’autres secteurs civils en génèrent davantage : un milliard de dollars investi dans l’armée produit environ 11.200 emplois, contre 26.700 dans l’éducation, 16.800 dans les énergies propres et 17.200 dans la santé.
Selon l’ONU, réallouer seulement 15 % des budgets militaires mondiaux, soit 387 milliards de dollars, permettrait de financer intégralement l’adaptation au changement climatique dans les pays en développement.

