En visite au siège de l’Organisation Internationale de la Francophonie à Paris, Pierre Espérance, directeur exécutif du RNDDH, a alerté la secrétaire générale Louise Mushikiwabo sur l’effondrement de l’État haïtien, la recrudescence des massacres imputés aux gangs et l’impasse politique à l’approche de la fin de la transition…
PARIS, vendredi 19 septembre 2025 (RHINEWS) – Pierre Espérance, directeur exécutif du Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH), a rencontré vendredi à Paris la secrétaire générale de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF), la Rwandaise Louise Mushikiwabo, au siège de l’organisation.
À l’issue de cet entretien qualifié de « fructueux », M. Espérance a indiqué avoir abordé plusieurs sujets majeurs : la fin du mandat du Conseil Présidentiel de Transition (CPT), la crise de gouvernance, la dégradation accélérée de la situation des droits humains ainsi que l’urgence sécuritaire et humanitaire.
Il a décrit une réalité marquée par l’escalade des violences criminelles perpétrées par des gangs armés désignés comme organisations terroristes par les États-Unis. « Gran Grif et Viv Ansanm continuent d’étendre leurs tentacules à travers le pays, massacrant une population civile livrée à elle-même, sans secours ni protection », a-t-il déclaré.
M. Espérance a rappelé le massacre de Laboderie, première section communale de Boucassin, dans la commune de l’Arcahaie, où plus de cinquante civils ont été exécutés les 11 et 12 septembre 2025 par les hommes armés de la coalition Viv Ansanm. Selon le RNDDH, il s’agit d’un « carnage d’une extrême cruauté contre la population civile », accompagné d’incendies criminels, de disparitions forcées et de déplacements massifs.
La gravité de ces violences a aggravé une situation humanitaire déjà catastrophique. « Plus de 1,3 million de déplacés internes vivent aujourd’hui dans des camps insalubres, dans la promiscuité et l’insécurité sanitaire », a dénoncé Espérance, soulignant que ces familles sont « exposées à toutes sortes de maladies et à une détresse quotidienne ».
Sur le plan politique, le directeur du RNDDH a dénoncé « un effondrement complet de l’État, une gouvernance minée par la corruption et l’impunité érigées en système ». Il a rappelé que l’accord du 3 avril 2024, qui avait instauré le CPT, n’a pas été respecté, et qu’aucune élection ne se tiendra d’ici la fin de l’année pour permettre un transfert de pouvoir légitime le 7 février 2026, date de fin officielle de la transition.
« Le pays va mal, si mal que tous les indicateurs des droits humains sont au rouge », a-t-il résumé. Il a insisté sur la violation systématique des droits socio-économiques fondamentaux, du droit à la vie, à la santé, à la sécurité et à la protection.
Enfin, M. Espérance a rappelé que, depuis 2018, de nombreux auteurs de crimes de sang, de viols collectifs ou de crimes financiers n’ont jamais été jugés. « Quand on aborde le problème d’Haïti, il faut voir un ensemble indissociable : gouvernance, impunité et insécurité. Il faut aller à la racine et traiter les causes profondes de chaque problématique », a-t-il conclu.

