PORT-AU-PRINCE, jeudi 18 septembre 2025 (RHINEWS) – La Fondasyon Je Klere (FJKL), a officiellement saisi l’Unité de Lutte contre la Corruption (ULCC) d’un dossier de détournement présumé de fonds publics impliquant l’Institut de Sauvetage du Patrimoine National (ISPAN) et plusieurs hauts fonctionnaires du Ministère de la Culture.
Dans une correspondance adressée au directeur général de l’ULCC, Me Hans Jacques Ludwig Joseph, la FJKL dénonce « un scandale hideux de détournement de fonds publics et de malversation » autour du projet Aménagement, Restauration et Protection de Sites Patrimoniaux, élaboré en juin 2025 pour l’exercice fiscal 2024-2025. Ce projet, piloté par l’ISPAN à travers son Unité d’Études et de Programmation, devait mobiliser 675 millions de gourdes du Trésor public pour la réhabilitation de sites patrimoniaux tels que Fort Jacques, Fort Alexandre, la maison d’Anténor Firmin, la prison civile de Jacmel et d’autres monuments historiques.
« Il est pourtant curieux de constater, avant même le démarrage du projet, que les autorités du Ministère de la Culture et de l’ISPAN ont détourné une partie importante des fonds alloués sous forme de cartes de débit », écrit la FJKL. Selon le document, un premier décaissement de 8,4 millions de gourdes a été effectué au profit de plusieurs responsables, dont Patrick Delatour, ministre de la Culture (1,6 million de gourdes), Jean Patrick Durandis, directeur général (1,45 million), Elsoit Colas, directeur du projet (1,3 million), Jean Laury Luc, directeur administratif (1,25 million), Gayvarah Edson Luc, directeur adjoint (1,1 million), Arland Lamour, directeur administratif (850 000 gourdes) et Benton Eustache, directeur adjoint (850 000 gourdes).
La Fondation s’interroge sur la légitimité de tels décaissements : « Tous ces fonctionnaires de l’État n’ont-ils pas déjà une carte de débit alimentée chaque mois en raison de leurs fonctions respectives ? L’État doit-il alimenter une carte par projet en plus de leurs rémunérations habituelles ? »
La FJKL révèle également le versement de primes additionnelles à ces mêmes responsables avant tout lancement officiel des travaux : 1,305 million de gourdes pour Jean Patrick Durandis, 1,170 million pour Elsoit Colas, 1,125 million pour Jean Laury Luc, 990 000 gourdes pour Gayvarah Edson Luc, 765 000 pour Benton Eustache et 765 000 pour Arland Lamour.
« Plus qu’un détournement de fonds publics, c’est du vol », dénonce la FJKL, soulignant que ces pratiques surviennent alors que « des instituteurs, professeurs et infirmières sont en grève pour des arriérés de salaires » et que « des policiers qui affrontent les gangs ne perçoivent pas leurs primes de risque depuis plusieurs mois ».
Dans sa lettre, la Fondation appelle l’ULCC à « agir et sévir » afin de mettre fin à ces « gabegies administratives » et d’engager, le cas échéant, des sanctions administratives et pénales.
« C’est pour prévenir et empêcher de telles pratiques que l’ULCC a été créée », conclut Marie Yolène Gilles, exhortant l’institution anticorruption à intervenir de toute urgence.

