SPRINGFIELD (Ohio), samedi 20 septembre 2025 (RHINEWS) – La communauté haïtienne de Springfield, estimée entre 10 000 et 12 000 personnes selon les autorités sanitaires locales, traverse une crise sociale et humanitaire alarmante. Privés de travail en raison de changements administratifs et de la révocation de statuts migratoires, de nombreux Haïtiens sollicitent une assistance d’urgence pour se nourrir, payer leur loyer ou encore maintenir leurs services de base comme l’électricité et l’eau courante.
Lors d’une réunion de la Springfield Haitian Coalition cette semaine, Casey Rollins, directrice de l’organisation caritative St. Vincent de Paul, a tiré la sonnette d’alarme : la demande d’aide humanitaire est en forte croissance et « devient vraiment intense ». L’association et ses églises partenaires ont multiplié les distributions de paniers alimentaires d’urgence pour répondre à l’afflux de familles haïtiennes en détresse, en plus de leurs activités régulières de banque alimentaire. « Nous faisons face à une hausse des visites, et pas seulement parmi les immigrants. La pauvreté progresse et nous nous attendons à voir encore plus de monde », a-t-elle déclaré.
Vilès Dorsainvil, président du Haitian Community Help and Support Center, a dressé un constat encore plus sombre. « Beaucoup ne travaillent plus, beaucoup ont été licenciés. Ils ne peuvent plus payer leur loyer, ni leurs factures d’électricité, ni mettre de la nourriture sur la table », a-t-il affirmé. Selon lui, la situation pourrait rapidement se transformer en « crise humanitaire » si rien n’est fait. Dorsainvil a rappelé un proverbe populaire : « Donner du poisson à quelqu’un le nourrit un jour, lui apprendre à pêcher le nourrit toute sa vie. » Mais il a souligné l’absence d’institutions capables de garantir une assistance durable aux réfugiés haïtiens : « Aujourd’hui, on peut donner un panier alimentaire pour trois jours, mais qui va payer leur loyer ? »
Cette détresse s’explique par la fin de statuts légaux. De nombreux Haïtiens étaient arrivés aux États-Unis grâce au programme de libération conditionnelle humanitaire (CHNV), mis en place pour les Cubains, Haïtiens, Nicaraguayens et Vénézuéliens. Or, depuis juin, le Département de la Sécurité intérieure (DHS) a commencé à mettre fin à ce statut, provoquant des licenciements massifs. Parallèlement, le Temporary Protected Status (TPS), qui protège encore des dizaines de milliers d’Haïtiens de l’expulsion, est prévu pour expirer le 3 février 2026. Le DHS avait annoncé son abrogation anticipée dès le 2 septembre 2025, arguant que « les conditions en Haïti se sont améliorées », mais une décision de justice a temporairement bloqué cette mesure, la jugeant illégale. Un appel reste cependant en cours, laissant les familles dans une incertitude totale. « Empêcher les Haïtiens de travailler revient à les envoyer droit dans l’échec », a martelé Dorsainvil.
La pression est d’autant plus forte que les ressources locales s’amenuisent. Second Harvest Food Bank, principale banque alimentaire de la région qui distribue chaque année six millions de livres de nourriture à 65 associations membres, a perdu plus tôt cette année une cargaison fédérale de denrées évaluée à plus de 200 000 dollars, sans qu’elle ne bénéficie à quiconque. Cette perte aggrave les difficultés à répondre à l’explosion de la demande.
La crise se reflète aussi dans les écoles. Le Springfield City School District comptait en mai dernier 1 873 élèves non anglophones ; ils sont aujourd’hui environ 1 700. Parmi eux, près de 750 parlent le créole haïtien ou le français, ce qui illustre l’importance de la diaspora et les défis linguistiques croissants pour le système éducatif. Selon Pam Shay, directrice des programmes fédéraux du district, les pertes d’élèves sont compensées par l’arrivée de nouvelles familles, preuve que l’exode haïtien se poursuit malgré les incertitudes.
Alors que Springfield avait accueilli la communauté haïtienne à bras ouverts ces dernières années, avec des événements de solidarité comme « Love Thy Neighbor » en août dernier, le climat a radicalement changé. Désormais, la survie quotidienne devient un défi pour des milliers de familles, tandis que les organisations caritatives et les leaders communautaires implorent l’État fédéral et les autorités locales d’apporter des solutions durables.
Article original en anglais par Jessica Orozco, Springfield News-Sun : Growing number of Springfield Haitians in need of food, utilities assistance with job loss, organizers say

