WASHINGTON, dimanche 17 août 2025 (RHINEWS) – Selon une source autorisée au sein de l’Organisation des États Américains (OEA), les allégations circulant sur les réseaux sociaux, affirmant que le Secrétaire général aurait sollicité le rappel de la représentante permanente d’Haïti, l’Ambassadrice Myrtha Désulmé, sont « totalement infondées » et relèvent d’un « journalisme à sensation ». « Le Secrétaire général n’a ni le mandat ni l’autorité de demander le rappel d’un représentant permanent. Cette prérogative appartient exclusivement aux États membres, qui dirigent l’organisation et devant lesquels il est responsable », a martelé cette source, dénonçant « une tentative de manipulation de l’opinion visant à affaiblir une diplomate qui remplit précisément la mission confiée par son gouvernement ».
La même source souligne que cette polémique s’est cristallisée après la réunion du 29 juillet, convoquée au siège de l’OEA à Washington pour relancer le Groupe des Amis d’Haïti. À l’ouverture de la séance, le Secrétaire général a présenté un document intitulé Vers une feuille de route dirigée par les Haïtiens pour la stabilité et la paix avec l’appui régional et international, qui, selon la source, avait été élaboré « sans la moindre consultation préalable avec le gouvernement haïtien ni avec la Mission permanente d’Haïti ». Le texte a été exposé non seulement aux délégations des États membres et des pays observateurs, mais aussi à plusieurs institutions internationales, dont les Nations Unies, la Banque interaméricaine de développement, la Banque mondiale, l’Organisation panaméricaine de la santé, l’Institut interaméricain de coopération pour l’agriculture et la Fondation panaméricaine de développement. « Présenter un document sous l’étiquette de “solution haïtienne” alors qu’Haïti n’a pas été consultée soulève un problème de méthode et de crédibilité », a insisté la source.
Selon cette voix interne, la feuille de route a suscité un tollé au sein de la communauté haïtienne et parmi des observateurs, car elle « n’épousait pas les priorités nationales », privilégiant l’aide humanitaire « à hauteur d’un ordre de grandeur dix fois supérieur » aux moyens prévus pour le rétablissement de la sécurité. « Or, sans sécurité, il est pratiquement impossible de distribuer l’aide sans s’exposer au racket, aux enlèvements ou aux agressions de gangs », a rappelé la source. C’est dans ce contexte que l’Ambassadrice Myrtha Désulmé est intervenue en premier, « avec fermeté et sang-froid », pour « rappeler la hiérarchie des urgences d’Haïti » et exiger « l’ancrage réel de toute initiative dans le leadership haïtien ». « Elle a dit tout haut ce que la Résolution de l’OEA exigeait déjà : rien pour Haïti sans Haïti », a résumé la source.
La référence vise la Résolution adoptée le 27 juin 2025, à Antigua-et-Barbuda, lors de l’Assemblée générale de l’OEA, intitulée Appel à la mise en œuvre urgente de solutions concrètes pour résoudre la grave crise institutionnelle et sécuritaire en Haïti. Cette résolution a demandé au Secrétaire général d’élaborer, « dans les quarante-cinq jours suivant son adoption », un plan d’action global pour l’appui de l’OEA aux autorités haïtiennes, couvrant la sécurité multidimensionnelle, l’aide humanitaire, la formation d’un consensus politique et l’organisation d’élections libres et justes, « en consultation avec le gouvernement d’Haïti, le BINUH et la Mission multinationale d’appui à la sécurité ». « Le cœur du mandat, c’est la consultation avec Haïti ; la Mission permanente n’a fait que veiller à ce que ce principe soit respecté », a expliqué la source, qui qualifie l’intervention de l’Ambassadrice de « démarche strictement institutionnelle, respectueuse de la hiérarchie et conforme aux usages de la diplomatie multilatérale ».
C’est à la suite de cette prise de position que des rumeurs « malveillantes » ont cherché à faire croire que le Secrétaire général aurait demandé au gouvernement haïtien de rappelerson ambassadrice. « Non seulement c’est faux, mais ce serait contraire à la logique politique », a rétorqué la source. « Le Secrétaire général a bâti sa campagne sur l’idée qu’Haïti serait une priorité de son mandat. Il n’a aucun intérêt à se placer en posture de marginaliser un État membre ou de s’attaquer à son représentant permanent, a fortiori dans la situation particulière d’Haïti. » La source précise au contraire que « dans les jours qui ont suivi l’intervention de l’Ambassadrice, le cabinet du Secrétaire général a multiplié les appels et les propositions de rencontre afin de renouer un dialogue de travail ». « C’est la preuve que la fermeté mesurée de la Mission permanente a eu un effet utile : replacer Haïti au centre du processus, conformément à la résolution », a-t-elle ajouté.
Interrogée sur la nature des critiques visant l’Ambassadrice, la source parle d’« attaques déloyales, amplifiées par une journaliste en quête de sensation, sans fondement procédural ». « L’Ambassadrice n’a mené aucune aventure personnelle ; elle a appliqué le mandat reçu, protégé les prérogatives nationales et défendu la dignité de son pays. C’est précisément ce qu’on attend d’un représentant permanent », a-t-elle poursuivi. La Mission d’Haïti, selon cette source, « s’est immédiatement attelée à retravailler le document présenté afin d’aligner la feuille de route sur les priorités du gouvernement, en mettant la sécurité au premier rang ». « Il ne s’agit pas d’opposer l’aide humanitaire à la sécurité, mais de rappeler l’évidence : sans sécurité, l’aide ne parvient pas aux bénéficiaires et peut alimenter l’économie criminelle », a insisté la source.
Revenant sur le rôle de l’OEA, la source rappelle que « l’organisation est pilotée par ses États membres », et que « le Secrétariat général a un devoir de redevabilité ». « Parler d’une demande de rappel émanant du Secrétaire général travestit l’architecture institutionnelle de l’OEA et jette un voile de confusion volontaire sur des règles claires », a-t-elle déclaré, en soulignant que « toute décision concernant la représentation d’un État relève de cet État et de lui seul ». Selon la source, « si la Mission permanente a élevé la voix, c’est parce que la résolution du 27 juin liait explicitement l’action de l’OEA à une consultation structurée avec Haïti et ses partenaires onusiens ; omettre cette étape fondamentale revenait à fragiliser la légitimité et l’efficacité du dispositif ».
Sur la diplomate elle-même, la source évoque « une professionnelle aguerrie, connue pour son attachement à la souveraineté haïtienne et pour sa capacité à défendre, sans outrance, les positions de son pays ». « Sa visibilité, son réseau et sa constance ont contribué à accroître le respect dû à la position d’Haïti au sein de l’organisation », a-t-elle dit, estimant que « loin d’isoler Haïti, sa fermeté a renforcé sa crédibilité auprès des partenaires internationaux ». À ceux qui l’accusent d’avoir “brusqué” la discussion, la source répond que « la diplomatie n’exclut pas la clarté, surtout quand il s’agit de rappeler le cadre adopté par les États membres eux-mêmes ».
La source interne conclut que « l’objectif n’a jamais été de créer une polémique, mais d’éviter qu’un document non concerté soit estampillé “haïtien” » et réaffirme que « l’OEA ne s’honorerait pas à institutionnaliser la marginalisation d’un pays membre ». « Cette affaire doit être l’occasion de revenir au texte de la résolution et à l’esprit qui l’anime : une action internationale soutenant un leadership pleinement haïtien. Tout le reste n’est que bruit », a-t-elle tranché, condamnant « les rumeurs mensongères et les campagnes d’intimidation » visant l’Ambassadrice. « Haïti peut être fière d’une représentante qui a su, dans le respect des formes, empêcher que la voix du pays soit contournée. »
Selon la même source, le travail technique se poursuit « dans un climat plus constructif », avec pour boussole « la restauration de la sécurité, la protection des populations, l’appui humanitaire effectif, la construction d’un consensus politique et la préparation d’élections crédibles », « dans l’ordre réaliste des priorités et sous conduite haïtienne ». « Les partenaires sont prêts à contribuer, mais c’est à Haïti de fixer le cap ; notre rôle, à l’OEA, est d’appuyer, pas de substituer », a-t-elle résumé. « Les insinuations sur un prétendu “rappel” demandé par le Secrétariat général n’ont aucune base et détournent des enjeux essentiels. Revenons aux faits et avançons. »

