Nenel Cassy rejette en bloc les accusations de l’ONU et les qualifie d’attaque politique…

Nenel Cassy, dirigeant du Secteur Ddemocratique et Populaire (SDP)...

PORT-AU-PRINCE, jeudi 8 octobre 2026 (RHINEWS) – L’ancien sénateur des Nippes, Nenel Cassy, rejette les accusations de soutien à des gangs, d’implication dans des violences et de corruption formulées à son encontre dans le rapport du Groupe d’experts de l’ONU sur Haïti, transmis au Conseil de sécurité. Dénonçant une « attaque politique » et un « abus de pouvoir », il demande le retrait de son nom du document, invoque le classement sans suite du dossier le concernant et a communiqué à RHINEWS des pièces judiciaires à l’appui de sa contestation.

Les documents comprennent des procès-verbaux du tribunal de paix de Delmas relatifs à sa garde à vue, à l’examen de deux téléphones lui appartenant et à leur non-restitution, ainsi qu’une lettre adressée au Bureau intégré des Nations unies en Haïti (BINUH). Un constat du 18 août 2025 consigne notamment les déclarations d’un enquêteur de la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ), selon lesquelles l’exploration des appareils n’avait fourni aucun élément utile à l’enquête.

Dans sa réaction au rapport, Cassy qualifie le dossier provenant de la DCPJ de « vide, sans fondement » et affirme qu’il ne repose sur « aucune démarche scientifique ». Il accuse l’ancien membre du Conseil présidentiel de transition, Fritz Alphonse Jean, de l’avoir commandité en raison de ses positions politiques. Il le présente comme le protecteur de l’ancien directeur général de la Police nationale d’Haïti, Rameau Normil, qui l’aurait injustement désigné comme l’une des personnes souhaitant obtenir sa révocation.

« On ne peut pas remettre en question les décisions de la justice d’un pays souverain. C’est un manque de respect envers toutes les institutions du pays », déclare l’ancien parlementaire, qui voit dans le rapport une démarche « d’intimidation politique et électorale ».

Dans les paragraphes 52 à 59 du document référencé S/2026/714, le Groupe d’experts affirme que Nenel Cassy, sénateur des Nippes de 2006 à 2012, puis de 2016 à 2020, « a apporté son soutien à divers acteurs armés afin de promouvoir son programme politique et de servir ses intérêts ». Dans sa correspondance au BINUH, l’ancien parlementaire situe, pour sa part, son second mandat entre 2016 et 2022.

Les experts lui attribuent le contrôle du groupe criminel « BLTS », actif à Chalon, dans la commune de Miragoâne. Ils décrivent ce groupe comme impliqué dans la détention illégale d’armes à feu, des meurtres, des tentatives de meurtre, des enlèvements contre rançon, des viols collectifs, des détournements de véhicules et de camions de marchandises ainsi que des vols à main armée. Le rapport précise que cette appellation ne désigne pas le Bureau de lutte contre le trafic de stupéfiants de la PNH.

Le document accuse également Cassy d’avoir contribué à la création, en 2018, de Fantome 509, un groupe composé d’individus armés, dont des policiers. Selon les experts, ce groupe a participé à des troubles à l’ordre public, à des incendies volontaires, à des actes de vandalisme contre des biens publics et privés ainsi qu’à des meurtres de policiers.

Le Groupe d’experts lui impute, avec des complices, une tentative d’enlèvement suivie de l’assassinat d’un diplomate haïtien en février 2021. Il l’accuse aussi d’avoir planifié des attaques contre des infrastructures aéroportuaires à Port-au-Prince, aux Cayes et au Cap-Haïtien, et d’avoir organisé des réunions ayant conduit à des attaques destinées à déstabiliser Kenscoff, en collusion avec Viv Ansanm.

Selon des informations communiquées aux experts par deux États membres, Cassy aurait distribué des armes à des gangs de Gressier en 2018 et dirigé, à la fin de 2022, une attaque contre la résidence d’un ancien sénateur avec l’appui du gang Ti-Makak. Il aurait fourni des armes à ce groupe, démantelé en avril 2023, et soutenu la coalition G-Pèp ainsi que le gang Kraze Baryè, dirigé par Vitelhomme Innocent.

« Je n’ai jamais vendu ni acheté d’armes, ni fourni d’armes à qui que ce soit », répond Cassy. Il soutient qu’aucune preuve ne permet d’établir son implication dans des activités de gangs et qualifie de mensongère l’accusation relative à un assassinat à Delmas.

Le rapport rappelle son arrestation, le 2 août 2025, pour complot contre la sûreté de l’État, financement de groupes criminels, tentative de meurtre et association de malfaiteurs, puis sa remise en liberté le 19 août suivant. Selon les experts, cette libération a suscité des dénonciations d’impunité de la part d’organisations de la société civile et d’autres parties prenantes. Le document relève toutefois que des sources proches de l’enquête ont indiqué que l’affaire avait été classée sans suite, malgré des déclarations officielles faisant état d’un nouvel examen du dossier.

Les procès-verbaux communiqués à RHINEWS documentent plusieurs étapes de cette procédure. Le premier a été établi le 18 août 2025 à partir de 13 h 39 par le juge de paix suppléant de Delmas, Pierre Raphaël, assisté du greffier Paplito Louiceus. Il reproduit une requête des avocats de Cassy demandant un constat de sa garde à vue à la DCPJ.

Selon cette requête, l’ancien sénateur avait été interpellé à la mi-journée du samedi 2 août au restaurant La Réserve, dans les hauteurs de Pétion-Ville, par des policiers cagoulés qui ne lui auraient présenté aucun mandat. Il aurait ensuite été conduit à la DCPJ et entendu dès le lendemain.

Invoquant les articles 24, 24-1, 24-2 et 24-3 de la Constitution, ses défenseurs demandaient au magistrat de constater sa détention, de recueillir les déclarations de l’autorité responsable de sa garde et de vérifier l’existence d’un mandat émis par une autorité compétente. La requête mentionne Mes Sergot Oreste, Frantzso Jean Jacques, Jimmy Brice, Widmayer Lefruy, Frantz Jules, Fanfan Guérilus et Bedy Daphnis, avocats aux barreaux de Port-au-Prince, de Petit-Goâve et d’Aquin.

Le juge rapporte s’être rendu à la DCPJ avec Me Jean Jacques et son greffier. Au bureau de la cellule contre enlèvement, l’enquêteur Belly Jacques Remy lui a présenté Cassy, décrit comme âgé de 52 ans, originaire d’Arnaud, dans les Nippes, économiste, agriculteur et consultant. Clos à 14 h 10, le constat confirme sa présence dans les locaux, sans consigner de conclusion explicite sur l’existence ou l’absence d’un mandat.

Un second procès-verbal, établi le même jour à partir de 17 h 13, fait suite à une réquisition verbale de la DCPJ, plus précisément du Bureau des affaires criminelles, représenté par le commissaire Jean Garry Ph/Isab, dont le nom apparaît sous cette graphie dans la copie. Le magistrat devait constater l’état physique de Cassy, examiner des messages sur deux téléphones et recueillir les déclarations utiles.

L’opération s’est déroulée en présence de Mes Frantz Jules et Frantzso Jean Jacques ainsi que de l’enquêteur Belly Jacques Remy. Les appareils étaient un iPhone 16 Pro, décrit comme dépourvu de carte SIM et dysfonctionnel, et un Tecno Spark utilisant le réseau Natcom. Cassy a reconnu qu’ils lui appartenaient.

Selon les déclarations de l’enquêteur consignées dans le document, l’iPhone ne contenait pas l’application WhatsApp, mais comportait une capture d’écran datée du 29 juillet 2025 à 8 h 51, dont le contenu n’est pas précisé. Pour cet appareil, l’enquêteur indique qu’« aucune évidence n’a été trouvée pour mener cette enquête ». Concernant le Tecno Spark, le procès-verbal rapporte qu’après exploration, « aucun élément utile n’a été trouvé pour mener cette enquête ».

Dans les déclarations recueillies à cette occasion, Cassy affirme s’être présenté volontairement au parquet avec ses avocats après un avis de recherche de février 2025. Selon son récit, le commissaire du gouvernement l’avait entendu, avait relevé son adresse et l’avait laissé libre, en lui demandant de rester à la disposition de la justice.

Il décrit ensuite son interpellation au restaurant La Réserve par des hommes vêtus de noir, dont certains portaient des signes de la police. Ceux-ci l’auraient approché avec des armes munies de dispositifs laser, puis lui auraient attaché les mains derrière le dos à l’aide d’un foulard. Il affirme avoir demandé à voir un mandat sans obtenir de réponse.

Cassy rapporte avoir été conduit au « Djoune Bar Restaurant », à Delmas 40B, puis à son domicile de Pèlerin 6 pour des perquisitions qui, selon lui, n’avaient permis de découvrir aucun élément compromettant. Il mentionne également la présence, à la DCPJ, d’un juge nommé Florestal lors de la fouille de son véhicule.

Le 18 août, il affirmait être détenu depuis seize jours sans avoir été présenté à une autorité judiciaire chargée de l’entendre sur les faits reprochés. Qualifiant son arrestation d’arbitraire et d’illégale, il demandait sa libération immédiate. Ces passages du procès-verbal consignent sa version des événements.

Une autre pièce, dressée le 18 décembre 2025 à 12 h 56 par le juge Pierre Raphaël, assisté du greffier Paplito Louiceus, concerne la restitution de ses biens. Cassy y déclare que les enquêteurs lui avaient rendu ses effets, à l’exception des deux téléphones et, dans un premier temps, de son véhicule.

Il affirme que le parquet près le tribunal de première instance de Port-au-Prince avait demandé à la DCPJ, par correspondance, de remettre les appareils et le véhicule, mais que seul ce dernier lui avait finalement été restitué. « Je décline toutes responsabilités quant à tout événement ou toute altération pouvant survenir concernant ces téléphones portables », déclare-t-il.

Ces constats documentent les démarches de ses avocats, ses déclarations et les résultats de l’examen des téléphones tels que rapportés par un enquêteur. Ils ne constituent pas, à eux seuls, une décision clôturant l’ensemble de la procédure. Cassy invoque néanmoins le classement sans suite du dossier pour soutenir que la justice a déjà tranché en sa faveur.

Sur le volet financier, le Groupe d’experts affirme qu’il a utilisé son influence, durant son mandat de 2016 à 2020, pour obtenir la nomination de deux responsables du Bureau de monétisation des programmes d’aide au développement (BMPAD), dont Patrick Noramé. Selon le rapport, une partie des sommes que ce dernier aurait détournées et blanchies aurait été illégalement versée à l’ancien sénateur.

Cassy affirme n’avoir jamais géré de fonds publics ni signé de lettre de nomination et souligne que Patrick Noramé avait été nommé directeur général du BMPAD par arrêté présidentiel. « Je conteste formellement toutes les affirmations du rapport relatives à la corruption, alors que je n’ai jamais géré d’argent pour l’État », déclare-t-il. Il accuse Ariel Henry d’avoir commandité le rapport sur lequel les autorités américaines auraient fondé leur décision à son encontre et qualifie ce dossier de « montage politique ».

Le rapport de l’ONU rappelle les sanctions canadiennes prises contre lui en mars 2023 dans le cadre de mesures visant des personnes accusées de corruption grave et de liens avec des bandes criminelles. Il mentionne son interdiction d’entrée en République dominicaine, en avril 2023, au motif qu’il représentait une menace pour la sécurité nationale, ainsi que les sanctions américaines de décembre 2023 pour des actes de corruption liés à l’exercice de ses fonctions publiques.

L’ancien sénateur conteste les accusations canadiennes, qu’il présente comme portant sur une incitation à la violence. Il affirme qu’elles ne sont étayées par aucune preuve ni déclaration de sa part et indique poursuivre, après plusieurs échanges de correspondance avec les autorités canadiennes, des démarches pour faire réexaminer une décision qu’il juge « illégale et infondée ».

Il estime que ces mesures illustrent des rapports « discriminatoires » entre petits et grands pays. Concernant la République dominicaine, il affirme que les reproches seraient liés à sa participation à une manifestation pacifique contre Ariel Henry et y voit une « atteinte grave » à ses droits de citoyen.

Dans sa lettre du 31 mars 2025, rédigée à Miragoâne et adressée à Maria Isabel Salvador, alors représentante du BINUH, Cassy sollicitait déjà l’intervention de la mission. « Je vous demande formellement votre soutien afin d’exiger le retrait de toutes les mesures abusives et non fondées prises à mon encontre », écrivait-il.

Il y présentait son engagement comme une lutte pacifique pour la démocratie et l’État de droit et affirmait avoir été maltraité et arrêté pour avoir défendu une population victime des violences de gangs sous les administrations de Joseph Michel Martelly et de Jovenel Moïse. Ces affirmations ne sont pas établies par les constats judiciaires décrits.

Revenant sur l’accord politique du 11 septembre 2021, Cassy expliquait avoir initialement soutenu la gouvernance d’Ariel Henry avant de s’en retirer en août 2022, après onze mois d’observation, de consultations et de recommandations. Il estimait que les autorités ne répondaient pas aux attentes de sécurité et de stabilité de la population.

Il attribuait à ce retrait une campagne dirigée contre lui, affirmant que le gouvernement d’Ariel Henry aurait sollicité certaines missions diplomatiques étrangères pour faire prendre des mesures contre ses adversaires politiques. Il citait également l’ancien Premier ministre Garry Conille comme une autre victime de pratiques arbitraires, sans que les pièces décrites permettent de vérifier cette affirmation.

« Je demeure un pacifiste convaincu, défenseur des valeurs morales et démocratiques », écrivait-il, assurant n’avoir jamais recouru à la violence dans ses luttes politiques. Il contestait également l’avis de recherche de la police du 18 février 2025 et réclamait des excuses. « Heureusement, la justice a triomphé et j’en suis sorti indemne », soutenait-il.

Invoquant l’article 19 et les dispositions suivantes de la Constitution amendée de 1987 ainsi que l’article premier de la Convention américaine relative aux droits de l’homme, Cassy appelait le BINUH à défendre ses droits. Il proposait de collaborer avec la mission pour renforcer la démocratie et poursuivre la réforme judiciaire. Il affirmait ne nourrir aucune hostilité envers la communauté internationale et évoquait la réévaluation des décisions de l’administration américaine précédente par celle de Donald Trump.

Sur la possibilité de répondre aux accusations du rapport, le Groupe d’experts indique lui avoir adressé une lettre, sans avoir reçu de réponse au moment de l’élaboration du document. Cassy affirme n’avoir jamais reçu cette invitation et demande par quel intermédiaire et par quel moyen elle lui aurait été transmise, soulignant que le BINUH dispose, selon lui, de son numéro de téléphone et de son adresse électronique.

« Je reste disponible pour vous rencontrer et vous fournir les preuves que toutes ces affirmations à mon sujet sont fausses », déclare-t-il, précisant avoir déjà fait part de cette disponibilité au BINUH.

L’ancien sénateur demande le retrait de son nom du rapport dans une période politique et électorale qu’il juge propice aux manipulations et aux abus. « Il n’est pas normal que de telles décisions soient prises sur la base d’allégations fantaisistes et de malveillance politique. Le moment exige beaucoup de recul et d’objectivité », conclut-il.