L’ULCC met en garde contre les dérives électorales : “Sans probité, la démocratie n’est qu’une illusion”…

Symbole l'Unite de Lutte Contre la Corruption (ULCC)...

OUANAMINTHE (Haïti), vendredi 10  octobre 2025 (RHINEWS) – L’Unité de Lutte Contre la Corruption (ULCC), à travers son bureau départemental du Nord-Est, a organisé ce mardi une journée de formation à l’intention des membres des Bureaux Électoraux Départementaux (BED) et Communaux (BEC) du Nord-Est, autour du thème « Les risques d’atteinte à la probité dans le processus électoral en Haïti ». La rencontre s’est tenue dans les locaux de l’ULCC à Ouanaminthe, en présence de 70 participants, parmi lesquels les conseillers électoraux Patrick Saint-Hilaire et Magalie Georges, ainsi que des représentants de la presse locale.

Animée par Me Évens Fils, Directeur départemental de l’ULCC pour le Nord et le Nord-Est, cette séance de formation a mis en lumière les dangers que représentent la corruption, le favoritisme et le trafic d’influence dans le déroulement des élections en Haïti. « Les élections constituent le moment le plus noble de la vie démocratique. Mais quand la corruption, les intérêts partisans ou les pressions illicites s’y mêlent, ce noble exercice perd son sens et ouvre la voie à la méfiance et à l’instabilité », a déclaré Me Fils dans son allocution d’ouverture.

Soulignant que la probité n’est pas une simple vertu morale mais une obligation légale et républicaine, le directeur de l’ULCC a insisté sur la responsabilité individuelle des agents électoraux : « Servir sans calcul personnel ni compromission est un devoir. Là où la probité recule, la corruption avance et avec elle s’éteint la confiance du peuple. »

Le formateur a rappelé que les crises électorales à répétition en Haïti trouvent souvent leurs racines dans l’absence de transparence et dans l’achat de conscience. Ces pratiques, selon lui, constituent des atteintes graves à la probité publique, sanctionnées par la loi du 12 mars 2014 sur la prévention et la répression de la corruption. En vertu du décret du 8 septembre 2004, l’ULCC se donne pour mission de placer l’intégrité électorale au cœur de son action de prévention.

« Une élection propre ne garantit pas la démocratie, mais sans probité électorale, la démocratie n’est qu’une illusion », a martelé Me Fils, appelant les participants à intégrer cette exigence morale et légale dans toutes les étapes du processus électoral.

La session a également abordé le principe de redevabilité applicable à tout fonctionnaire, rappelant les dispositions du décret du 1er février 2006 sur l’organisation des collectivités territoriales. Ce texte consacre le droit des contribuables à consulter les registres des délibérations communales et les comptes municipaux sans autorisation préalable. « La transparence locale est un pilier de la gouvernance démocratique », a rappelé le directeur.

S’appuyant ensuite sur la loi du 23 avril 2013 relative à la formation et au financement des partis politiques, Me Fils a insisté sur l’obligation de publication des financements reçus, ainsi que sur la reddition de comptes à la Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif (CSCCA). Le décret électoral du 5 juillet 2021 renforce ces exigences, notamment par ses articles 203, 225 et 354, qui proscrivent toute forme de corruption, d’incitation à la violence et de trafic d’influence durant les campagnes électorales.

La formation a également mis un accent particulier sur la déclaration de patrimoine, instrument essentiel de moralisation de la vie publique. Cette obligation légale, prévue par l’article 238 de la Constitution de 1987 et par la loi du 12 février 2008, impose à tout agent public, élu ou nommé, de déclarer ses biens au moment de son entrée en fonction et à sa sortie. « Les membres des BED, BEC et du CEP sont eux aussi assujettis à cette exigence, trente jours après leur entrée en fonction », a précisé Me Fils, soulignant que l’ULCC est chargée de collecter et d’analyser ces informations afin de prévenir tout enrichissement illicite.

En conclusion, le Directeur départemental a rappelé que l’ULCC, conformément au décret du 8 septembre 2004, est tenue de surveiller l’utilisation des fonds publics relatifs aux opérations électorales. Il a exhorté les agents électoraux à faire preuve d’intégrité absolue dans l’exercice de leurs fonctions : « Toute action capable de porter atteinte à la probité – bourrage d’urnes, favoritisme, falsification de documents ou usage illicite de biens publics – constitue une trahison de la mission républicaine confiée par le peuple. »

Cette initiative de sensibilisation, saluée par les participants, s’inscrit dans le cadre d’une campagne nationale de l’ULCC visant à promouvoir la probité et la transparence dans les institutions publiques à la veille du prochain cycle électoral.