GENEVE, (Suisse), jeudi 2 octobre 2025 (RHINEWS) – Deux jours après l’adoption par le Conseil de sécurité de la résolution autorisant le déploiement d’une nouvelle Force de répression des gangs (FRG) en Haïti, le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Volker Türk, a dressé un constat alarmant d’un pays au bord de l’explosion. « La situation a atteint un point d’ébullition », a-t-il averti jeudi devant le Conseil des droits de l’homme réuni à Genève.
La résolution onusienne du 30 septembre a autorisé pour une période initiale d’un an le déploiement de 5.500 soldats et policiers au sein d’une force internationale conçue par les États-Unis et le Panama à la demande du gouvernement haïtien. Cette FRG, qui succède à la Mission multinationale d’appui à la sécurité (MMAS) dirigée par le Kenya et affaiblie par le manque de moyens, a pour mandat de « neutraliser et désarmer les gangs », de sécuriser les infrastructures vitales, d’épauler la Police nationale d’Haïti et de préparer des élections libres. Un nouveau Bureau d’appui des Nations Unies en Haïti (BANUH) est également prévu pour assurer un soutien logistique et opérationnel.
Volker Türk a toutefois averti qu’« une réponse strictement sécuritaire » ne suffirait pas. « Les efforts pour rétablir la sécurité doivent être ancrés dans le respect des droits de l’homme et aller de pair avec la reconstruction de l’État de droit », a-t-il insisté.
Depuis janvier 2022, plus de 16.000 Haïtiens ont été tués et environ 7.000 blessés dans les violences liées aux gangs, selon les chiffres de l’ONU. L’organisation estime à près d’un demi-million le nombre d’armes illégales circulant dans le pays, pour la plupart aux mains de ces groupes criminels. « Les gangs tuent et enlèvent, rançonnent à des barrages illégaux, détournent les camions de vivres, incendient et détruisent maisons, hôpitaux, écoles et bâtiments publics », a dénoncé M. Türk. De plus en plus d’enfants, a-t-il souligné, sont enrôlés de force comme coursiers, guetteurs ou porteurs d’armes, certains étant envoyés directement au combat.
Le Haut-Commissaire a également pointé la responsabilité des autorités. « Les opérations de maintien de l’ordre représentent plus de la moitié des homicides recensés cette année », a-t-il indiqué. Le recours croissant aux drones explosifs contre les gangs aurait causé la mort d’au moins 559 personnes, dont 11 enfants, depuis mars. « L’usage de la force par la police et les forces de sécurité doit respecter les principes de légalité, de nécessité, de proportionnalité, de non-discrimination, de précaution et de responsabilité », a-t-il rappelé.
Alors qu’Haïti reste dirigé depuis 2024 par un Conseil présidentiel de transition présidé par Laurent Saint-Cyr, chargé d’organiser des élections générales, M. Türk a exhorté la communauté internationale à aller au-delà du seul soutien militaire. Il a appelé les États membres à appliquer pleinement l’embargo sur les armes visant Haïti, à renforcer la lutte contre l’impunité et la corruption et à accompagner la reconstruction durable de l’État de droit.
« Nous pouvons – et nous devons – inverser le cours des choses pour le peuple haïtien », a-t-il conclu, soulignant l’urgence d’une mobilisation internationale coordonnée.

