Lors d’un forum organisé par “Ayiti Nap Bati a”, le président de la FJKL, Me Samuel Madistin, a décrit un système de corruption enraciné où détournement de fonds, faux appels d’offres et emplois fictifs constituent la règle plutôt que l’exception…
PORT-AU-PRINCE, jeudi 2 octobre 2025 (RHINEWS)-
Lors d’un forum organisé par l’organisation “Ayiti Nap Bati a”, l’avocat et président de la Fondasyon Je Klere (FJKL), Me Samuel Madistin, a livré un exposé détaillé sur ce qu’il appelle « les mécanismes bien huilés de la corruption en Haïti », affirmant qu’ils vont bien au-delà d’actes isolés et constituent « un système généralisé de détournement et de faux appels d’offres qui paralyse l’État et condamne la société à l’échec » .
Il a décrit la corruption comme « une violation grave du devoir de probité » qui fragilise la démocratie, affaiblit les institutions et entretient une spirale d’impunité. « En Haïti, les fonctionnaires ou élus abusent de leur pouvoir aux fins d’obtenir des avantages indus, minant ainsi la confiance du public. Les appels d’offres ne sont plus qu’une farce, transformés en appels bluffs », a dénoncé l’avocat, ajoutant que « presque chaque ingénieur du ministère des Travaux publics possède sa propre firme de construction pour capter les contrats de l’État » .
Le juriste a identifié deux pratiques centrales : le délit d’initié et le détournement de biens publics. « Le fonctionnaire qui prépare un appel d’offres tout en étant propriétaire d’une firme qui y participe est un corrupteur et un corrompu à la fois », a-t-il expliqué. Concernant le détournement, il a souligné que « la loi sanctionne non seulement le détournement de fonds mais aussi l’usage abusif du bien public ». Il a cité en exemple les fonctionnaires utilisant les véhicules de l’État pour des activités privées : « Aller à la plage ou au bal avec un véhicule de service constitue déjà un délit », a-t-il insisté .
Selon lui, ces mécanismes alimentent un cycle de surfacturation, d’emplois fictifs et de négligence volontaire. « Les cas les plus spectaculaires se retrouvent au Parlement, où des fonds sont alloués pour des bureaux qui n’existent pas », a rappelé Me Madistin. Il a également dénoncé les « voyages officiels transformés en excursions familiales aux frais de l’État », ainsi que le détournement de fonds affectés au renseignement, au carburant ou encore aux kits scolaires .
Au-delà des pratiques, le président de la FJKL a pointé les racines structurelles de la corruption : « La faiblesse normative et institutionnelle est criante. La Cour Supérieure des Comptes est incapable de réaliser ses audits annuels. Voyez l’exemple de PetroCaribe : des audits incomplets, aucun jugement, aucun arrêt de débet, et donc aucune poursuite. » Il a ajouté que « le système judiciaire, gangrené par la corruption, est incapable de répondre aux attentes du peuple » .
Madistin a également mentionné les facteurs économiques et culturels. « L’absence de concurrence et la mainmise de certains monopoles sur les politiques publiques offrent un terreau fertile à la corruption », a-t-il expliqué. Sur le plan culturel, il a dénoncé des formules populaires comme degaje pa peche ou je wè bouch pe qui, selon lui, « légitiment la tolérance sociale de la corruption et dissuadent toute dénonciation » .
Face à ce constat alarmant, il a proposé une approche en trois volets : prévention, détection et sanction. « Intégrer la lutte anticorruption dans l’éducation, renforcer la sensibilisation par les médias et former une conscience citoyenne sont des étapes cruciales », a-t-il plaidé. Pour la détection, il a préconisé « des audits financiers et opérationnels systématiques, des codes de conduite clairs, et des mécanismes d’alerte avec la participation active de la société civile et des journalistes ». Quant à la sanction, il a appelé à « un renforcement du système judiciaire et des enquêtes administratives capables de garantir des poursuites judiciaires effectives » .
Me Madistin a averti : « Le délit d’initié et le détournement de biens publics sont les portes d’entrée d’un enchaînement de crimes économiques qui condamnent Haïti au sous-développement. L’effort à fournir est immense, mais il est urgent. Tous ensemble donc contre la corruption, pour transformer l’horreur de vivre en honneur de vivre » .

