“L’illusion du renouveau et l’urgence d’un sursaut citoyen en Haïti”- Me Jennifer Surfin…

Jennifer Surfin, Avocate…

TROU-DU-NORD, dimanche 13 septembre 2026 (RHINEWS)– À l’approche des prochaines élections en Haïti, l’avocate Jennifer Surfin appelle les électeurs à ne pas confondre renouvellement des visages et renouvellement de la classe politique, estimant que certains candidats présentés comme des « nouveaux venus » ont déjà exercé d’importantes responsabilités au sein de l’administration publique.

Alors que le Conseil électoral provisoire (CEP) poursuit la mise en œuvre du calendrier électoral, Me Surfin considère que le pays se trouve à un « carrefour historique », après plusieurs années de crise institutionnelle, d’insécurité et de dysfonctionnement des institutions.

Dans une réflexion intitulée « L’illusion du renouveau et l’urgence d’un sursaut citoyen en Haïti », elle met notamment en garde contre le mot d’ordre « Fòk nou vote nouvo vizaj » (« Il faut voter des visages neufs »), qui tend, selon elle, à réduire le renouvellement politique à la seule apparence des candidats.

« Certes, ces prétendus “nouveaux venus” n’ont jamais foulé le tapis rouge du Parlement à la rue du Magasin de l’État, ni siégé au Palais législatif. Ils n’ont été ni députés, ni sénateurs. Pourtant, leur nouveauté s’arrête aux portes du pouvoir législatif », écrit-elle.

Pour Me Surfin, plusieurs candidats qui se présentent comme des figures nouvelles ont déjà occupé des fonctions importantes dans l’administration, notamment comme directeurs généraux, ministres ou hauts cadres de l’État. Elle estime que leur passé dans la gestion publique doit être pris en compte par les électeurs avant tout choix électoral.

L’avocate critique ainsi ce qu’elle qualifie de « recyclage politique », considérant que l’élection au Parlement ne doit pas servir à soustraire d’anciens gestionnaires publics à leurs responsabilités éventuelles.

« Pour ces candidats, le Parlement ne représente pas un espace de service, mais une blanchisserie républicaine », affirme-t-elle, estimant que certains pourraient chercher à obtenir un mandat électif afin de bénéficier de l’immunité parlementaire et de se protéger contre d’éventuelles poursuites ou procédures liées à leur gestion antérieure.

Elle appelle notamment les électeurs à s’intéresser aux rapports et décisions des institutions chargées du contrôle de la gestion publique, notamment la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif (CSCCA) et l’Unité de lutte contre la corruption (ULCC).

Dans cette perspective, Me Surfin accorde une importance particulière au rôle de la jeunesse et des femmes dans le processus électoral.

« Les jeunes, qui représentent la majorité écrasante de notre population, ne peuvent plus se cantonner au rôle de simples agents électoraux, de diffuseurs de propagande sur les réseaux sociaux ou de chair à canon pour des politiciens véreux », soutient-elle.

Elle encourage les jeunes à participer activement aux débats électoraux, à questionner les candidats sur leurs programmes et à refuser les pratiques d’achat de conscience ou les promesses sans lendemain.

« La jeunesse doit être le filtre par lequel aucun corrompu ne peut passer, en transformant son indignation légitime en un vote de sanction massif et éclairé », écrit-elle.

Me Surfin appelle également les femmes haïtiennes à renforcer leur participation à la vie politique, à la fois comme électrices et comme candidates, en soulignant leur rôle historique dans l’économie informelle et la survie des ménages.

« Au-delà du quota constitutionnel des 30 %, leur participation massive comme électrices et comme candidates intègres est indispensable », affirme-t-elle.

Elle cite notamment les « Madan Sara », figures centrales du commerce informel et de l’économie populaire, estimant que leur expérience des difficultés quotidiennes peut contribuer à une meilleure prise en compte des besoins des communautés dans les politiques publiques.

Au-delà de l’identité des candidats, l’avocate invite les électeurs à privilégier trois critères : leur intégrité financière et morale, leur compétence et leur capacité à présenter des projets concrets, ainsi que leur éthique et leur engagement au sein de leurs communautés.

Elle estime notamment que les personnes ayant déjà géré des fonds publics devraient être en mesure de présenter des éléments permettant aux électeurs d’évaluer leur gestion.

« Aucun candidat ayant géré des fonds publics ne devrait solliciter nos suffrages sans présenter un rapport d’audit transparent ou un arrêt de décharge en bonne et due forme de la CSCCA », soutient-elle.

Sur le plan programmatique, elle appelle également les candidats à aller au-delà des slogans de campagne et à présenter des propositions précises sur des enjeux tels que la sécurité, l’éducation et la relance économique.

« Le travail législatif demande une connaissance pointue de la machine d’État. Nous devons exiger des candidats des propositions concrètes pour la sécurité, l’éducation et la relance économique, et non de simples slogans creux », écrit-elle.

Me Surfin considère enfin que l’expérience communautaire et les services rendus à la collectivité devraient constituer des éléments importants dans l’évaluation des candidats.

« Le leadership se mesure à l’aune des services déjà rendus à la communauté, et non à l’épaisseur du portefeuille déployé durant la campagne », affirme-t-elle.

Alors que le processus électoral doit conduire notamment aux élections présidentielles et législatives prévues le 13 décembre 2026, Me Surfin estime que l’enjeu dépasse le simple renouvellement des personnes appelées à siéger dans les prochaines institutions.

« Haïti ne peut plus se payer le luxe de la naïveté électorale. Remplacer de vieux routiers de la politique par des technocrates corrompus n’est pas un renouvellement, c’est une continuité dans la déchéance », écrit-elle.

Elle conclut en appelant les électeurs à dépasser le critère de la nouveauté pour privilégier celui de l’intégrité : « Pour que le pays respire enfin, ne votons pas pour des visages, votons/choisissons pour l’intégrité. »