Le Conseil de sécurité se réunit demain lundi 19 octobre, sur fond de lacunes dans l’application des sanctions…

Les membres du Conseil de Securite de l'ONU en reunion...

NEW YORK, dimanche 18 octobre 2026 (RHINEWS) – Le Conseil de sécurité des Nations unies tiendra demain, lundi 19 octobre, une réunion publique consacrée à Haïti, alors que l’insécurité persiste et que les préparatifs électoraux restent fragiles. Cette séance intervient dans un contexte où les experts de l’ONU relèvent des lacunes dans l’application des sanctions destinées à affaiblir les gangs et leurs réseaux de soutien.

Le chef du Bureau intégré des Nations unies en Haïti (BINUH), Carlos Ruiz Massieu, figure parmi les intervenants attendus. Il doit présenter les développements récents dans le pays ainsi que le dernier rapport du secrétaire général sur le BINUH, référencé S/2026/800. Transmis aux membres du Conseil le 12 octobre, ce document couvre la période du 15 juillet au 12 octobre 2026.

Les discussions de demain devraient notamment porter sur les conditions de sécurité nécessaires au rétablissement de la gouvernance démocratique, la poursuite des préparatifs électoraux et le soutien aux forces de sécurité haïtiennes ainsi qu’à la Force de répression des gangs.

La situation humanitaire devrait également retenir l’attention des membres du Conseil. Au 16 octobre, le plan de réponse humanitaire des Nations unies pour 2026, qui prévoit des besoins de financement de 880,3 millions de dollars, n’était financé qu’à hauteur de 49,1 %.

La réunion se tiendra quelques jours après le renouvellement, le 14 octobre, du régime de sanctions visant les personnes et les entités considérées comme responsables d’actes menaçant la paix, la sécurité ou la stabilité d’Haïti.

Établi le 21 octobre 2022 par la résolution 2653, ce dispositif prévoit notamment le gel des avoirs et l’interdiction de voyager pour les personnes désignées. Initialement ciblé, l’embargo sur les armes a été élargi à l’ensemble du territoire haïtien par la résolution 2699 du 2 octobre 2023, puis renforcé en 2024. Des exceptions sont prévues, notamment pour les missions autorisées et les unités de sécurité relevant du gouvernement haïtien, dans les conditions fixées par le Conseil.

La liste comprend neuf personnes et deux entités. Jimmy Chérizier, dit « Barbecue », a été le premier à y être inscrit, le 21 octobre 2022. Les motifs de sa désignation mentionnent notamment sa participation à l’attaque de La Saline, en novembre 2018, ainsi que son rôle dans d’autres attaques contre des quartiers de Port-au-Prince. Le blocage du terminal pétrolier de Varreux, en 2022, figure également parmi les faits retenus, en raison de ses conséquences économiques et humanitaires.

Quatre chefs de gangs ont ensuite été ajoutés à la liste le 8 décembre 2023 : Johnson André, Renel Destina, Wilson Joseph et Vitelhomme Innocent. Les notices du Comité des sanctions font état, pour chacun, d’actes menaçant la sécurité du pays et de graves atteintes aux droits humains.

Johnson André, dit « Izo », dirigeant du gang 5 Segond, est notamment visé pour des enlèvements, des viols, des trafics de stupéfiants et d’armes ainsi que des entraves à l’acheminement de l’aide humanitaire. Le Comité mentionne également les attaques de son groupe contre des institutions publiques, des détournements de marchandises et des actes de piraterie.

Renel Destina, dit « Ti Lapli », chef du gang de Grand Ravine, a été sanctionné pour des meurtres, des viols, des enlèvements contre rançon et des destructions de biens. Les motifs de sa désignation comprennent les attaques contre Carrefour-Feuilles et Savane Pistache, qui ont provoqué des déplacements de population, ainsi que les activités d’extorsion de son groupe sur la route nationale numéro 2.

Wilson Joseph, dit « Lanmò San Jou », dirigeant de 400 Mawozo, est visé pour des attaques contre des civils, des violences sexuelles, le recrutement d’enfants et des enlèvements. Le Comité cite notamment l’enlèvement de 17 missionnaires étrangers et membres de leurs familles en octobre 2021, ainsi que l’implication de son gang dans le trafic d’armes et de munitions.

Vitelhomme Innocent, chef de Kraze Barye, a été inscrit pour des meurtres, des viols, des enlèvements contre rançon, le recrutement d’enfants et des spoliations. Le Comité lui attribue aussi des attaques contre la police et des violences ayant entraîné le déplacement de milliers d’habitants dans plusieurs communes de la région métropolitaine de Port-au-Prince.

Le 27 septembre 2024, les sanctions ont été étendues à Prophane Victor, ancien député de Petite-Rivière de l’Artibonite, et à Luckson Elan, chef de Gran Grif.

Selon le Comité, Prophane Victor a soutenu et armé des gangs, participé au trafic d’armes et utilisé la violence pour préserver ses intérêts politiques et financiers. Sa notice de désignation indique qu’il avait armé des jeunes hommes qui ont ensuite constitué le gang Gran Grif.

Luckson Elan est sanctionné pour les activités de ce groupe dans l’Artibonite, notamment des exécutions extrajudiciaires, des viols, des enlèvements, le recrutement d’enfants et le trafic d’armes. Le Comité rapporte que Gran Grif avait commis neuf enlèvements collectifs touchant 157 personnes entre octobre 2023 et janvier 2024.

Deux autres personnes ont été ajoutées à la liste le 17 octobre 2025 : Dimitri Hérard, ancien responsable de l’Unité de sécurité générale du Palais national, et Kempes Sanon, chef du gang Les Argentins, également connu sous le nom de gang de Bel-Air.

Les motifs de la désignation de Dimitri Hérard font état d’un soutien à des réseaux criminels. Il lui est notamment reproché d’avoir contribué à la création d’une unité de combat du gang Ti Bwa, appelée « Back up 100 plak », et d’avoir facilité le trafic d’armes et de munitions.

Kempes Sanon est visé pour des extorsions, des enlèvements, des prélèvements illégaux et sa participation à l’expansion de la coalition Viv Ansanm. Le Comité mentionne notamment les attaques contre Solino ainsi que des relais au sein d’institutions publiques qui lui permettraient d’échapper à son arrestation.

Les groupes Gran Grif et Viv Ansanm figurent eux-mêmes sur la liste des sanctions depuis le 8 juillet 2025.

Dans leur rapport final référencé S/2026/714, les experts de l’ONU dressent un bilan limité de l’application du dispositif. Ils constatent que l’embargo sur les armes reste régulièrement violé, malgré les saisies et les poursuites engagées. Les gangs continuent de renouveler leurs stocks grâce, notamment, aux trafics transnationaux et aux détournements d’armes.

Les experts relèvent également des retards dans le gel des avoirs. Selon les informations qu’ils ont reçues, seuls des comptes appartenant à Kempes Sanon et à Prophane Victor, contenant de faibles montants, avaient effectivement été gelés. L’absence de mécanisme national coordonné et la lenteur des mesures d’exécution facilitent, selon leur analyse, la dissimulation de biens au nom de tiers.

Aucune tentative de violation de l’interdiction de voyager n’a été identifiée dans les informations examinées. Les experts signalent toutefois que les fraudes aux passeports demeurent un sujet de préoccupation.

« Cibler les chefs de gangs sans s’attaquer aux réseaux qui les soutiennent sera inévitablement insuffisant », soulignent-ils, selon une traduction de leur rapport. Ils préconisent de viser également les acteurs politiques, économiques et sécuritaires qui facilitent les activités de ces groupes.

Ces constats mettent en évidence les difficultés d’exécution des sanctions et les limites de leur ciblage. Ils placent la question de leur application concrète parmi les enjeux de la réunion prévue demain, lundi 19 octobre, alors que les gangs conservent des moyens de financement et d’approvisionnement en armes.