SAINT-MICHEL DE L’ATTALAYE, samedi 17 octobre 2026 (RHINEWS) – La responsable du Parti Sèvitè Ayisyen (PSA), Wideline Pierre, a présenté samedi un projet de transformation économique et sociale reposant sur la production nationale, la création de richesses accessibles à tous et le renforcement des services publics, lors d’un rassemblement organisé à Saint-Michel de l’Attalaye, dans l’Artibonite, à l’occasion du lancement du parti et du 220e anniversaire de l’assassinat de Jean-Jacques Dessalines.
« Nous devons produire la plupart de ce dont nous avons besoin et produire pour exporter », a-t-elle déclaré dans son discours prononcé en créole, dont les citations sont traduites ici en français. Elle a associé cette orientation à la lutte contre la corruption et les monopoles, ainsi qu’à une redéfinition du rôle de l’État pour favoriser la justice sociale.
Présentée dans le discours comme le troisième lancement du PSA, cette rencontre réunissait des membres et sympathisants venus des sections communales de Saint-Michel de l’Attalaye, d’autres communes de l’Artibonite et de plusieurs départements du pays. Wideline Pierre a invité l’assistance à observer une minute de silence en mémoire de Dessalines, assassiné le 17 octobre 1806 au Pont-Rouge, à Port-au-Prince.
Plaçant le projet du parti dans le prolongement de l’indépendance haïtienne, elle a soutenu que la souveraineté politique devait s’accompagner d’une autonomie économique et d’une organisation sociale plus équitable. « L’indépendance politique sans autonomie économique, dans une société juste, est un corps sans âme », a-t-elle affirmé.
La responsable politique a articulé cette démarche autour de quatre objectifs : réveiller la conscience nationale, réconcilier les Haïtiens, reconstruire l’unité du pays et engager une « révolution économique et sociale » destinée à permettre à chacun de vivre « dans la paix, le respect et la dignité ».
Elle a dénoncé ce qu’elle considère comme un « système économico-politique criminel », auquel elle attribue la concentration des richesses, l’exclusion sociale, la corruption et l’affaiblissement de l’État. Selon son analyse, ce système a contribué à l’exode rural, à l’expansion des quartiers précaires et au départ de nombreux Haïtiens vers l’étranger.
La réconciliation défendue par le PSA concerne également les institutions. Wideline Pierre a plaidé pour une économie dont les ressources ne seraient pas détenues par une minorité, une justice accessible à tous, une éducation de qualité équivalente pour les enfants et un système de santé capable de répondre aux besoins de la population.
« L’unité n’est pas un choix politique, c’est une condition de survie », a-t-elle déclaré, en présentant la solidarité ayant permis l’indépendance comme une référence pour surmonter les divisions actuelles.
Sur le plan économique, le PSA propose de remplacer par une production locale les biens importés qui peuvent être fabriqués en Haïti. Wideline Pierre a notamment cité la volaille, les œufs, les aliments pour animaux, les vêtements et les tissus, estimant que ces filières pourraient créer des emplois tout en répondant à la demande intérieure et en ouvrant des possibilités d’exportation.
Elle a toutefois souligné que cette ambition exigeait une transformation des méthodes agricoles. « Nous ne pourrons pas nourrir 12 à 13 millions de personnes avec une agriculture où les paysans dépendent de la pluie », a-t-elle déclaré, reprenant l’estimation démographique utilisée dans son discours.
Dans une perspective de cinq à quinze ans, le parti préconise la disponibilité de l’eau pour l’agriculture, la modernisation de l’irrigation, la mécanisation, l’utilisation de semences certifiées, la création de centres de recherche et un accompagnement technique des producteurs. Il appelle également à des investissements publics importants dans le développement agro-industriel.
Le développement de la pêche figure aussi parmi les orientations annoncées. La responsable du PSA a mis en cause le recours aux importations de poisson alors que, selon elle, les ressources maritimes du pays pourraient être davantage valorisées.
En matière environnementale, le parti entend faire de la foresterie une activité à la fois économique et écologique. En s’appuyant sur une estimation de couverture forestière d’environ 2 %, dont le discours ne précise pas la source, Wideline Pierre a fixé un objectif de 50 % dans les trente à quarante prochaines années.
Pour réduire la consommation de bois, elle propose de remplacer progressivement le charbon par le propane et les équipements de cuisson électriques, ainsi que de moderniser les établissements de nettoyage à sec, les boulangeries et les distilleries de clairin qui utilisent du bois.
Le PSA préconise également le recyclage des déchets plastiques pouvant être traités et l’interdiction d’entrée sur le territoire des plastiques non recyclables. Son projet d’aménagement du territoire prévoit de distinguer les espaces destinés à l’habitat des terres agricoles et d’inscrire la construction des routes dans une planification économique et sociale.
Dans le domaine éducatif, Wideline Pierre a défendu une éducation « émancipatrice, souveraine, inclusive et compétitive ». Elle lui attribue un rôle dans la souveraineté nationale, la justice sociale, le développement économique, la cohésion de la société, la préservation culturelle et la démocratie.
Le projet sanitaire du parti repose sur une approche communautaire et une couverture universelle, organisées autour de trois niveaux de soins. Le discours prévoit la gratuité des soins primaires et des médicaments essentiels, sans détailler les modalités de financement de cette politique.
Pour combattre l’insécurité, le PSA associe la création d’emplois, présentée comme un moyen de prévenir le recrutement dans les groupes armés, au renforcement de la justice et des forces de sécurité. Il propose aussi de recourir à la technologie pour améliorer les contrôles dans les ports et les aéroports afin de bloquer l’entrée des armes et des munitions. Un service civique et communautaire destiné aux jeunes compléterait cette approche préventive.
Sur les élections, Wideline Pierre a posé la sécurité comme une condition préalable et réclamé des garanties de neutralité des autorités et d’impartialité des organisateurs. « Des élections, oui ; une sélection, non », a-t-elle déclaré.
Elle a exprimé l’opposition du PSA à l’organisation d’élections sous un gouvernement de transition qui disposerait de ses propres candidats ou de son propre regroupement politique. « Il ne peut pas y avoir d’élections sans sécurité », a-t-elle insisté, en refusant que le processus se déroule au prix de nouvelles pertes humaines.
La responsable politique a enfin appelé les Haïtiens vivant dans le pays et dans la diaspora à participer à ce projet. Elle a inscrit l’ambition du PSA dans une perspective de trente à cinquante ans, avec pour objectif de construire un État plus solide et une société garantissant le bien-être sans distinction de couleur de peau, de sexe ou de religion.
Tout en critiquant les pratiques de responsables haïtiens qui, selon elle, détournent les ressources nationales puis imputent les difficultés du pays aux puissances étrangères, Wideline Pierre a insisté sur la responsabilité des Haïtiens dans la recherche d’une issue à la crise.
« Aucun Américain, aucun Canadien, aucun Français, aucun Russe ni aucun Chinois ne nous sortira de cette situation », a-t-elle déclaré. « Nous en sortirons le jour où nous comprendrons que la clé est entre nos mains. »
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