NEW-YORK, mercredi 22 oct. 2025 (RHINEWS) — Le Conseil de sécurité des Nations unies se réunit cet après-midi pour un briefing public – suivi de consultations à huis-clos – dédié à la situation en Haïti. Le nouveau Représentant spécial du Secrétaire général et chef de la mission intégrée des Nations unies en Haïti (BINUH), Carlos Ruiz Massieu, doit présenter son premier rapport au Conseil depuis sa prise de fonction. Selon le Conseil de sécurité, l’heure est « cruciale » pour Haïti, qui traverse simultanément une profonde crise politique, sécuritaire et humanitaire.
Le rapport du Secrétaire général, publié le 14 octobre, indique que la date fixée au 7 février 2026 pour le transfert de l’autorité des institutions de transition à des autorités élues demeure, mais qu’« aucune date d’élection n’a encore été annoncée ». Le Conseil de sécurité souligne que « des décisions critiques doivent être prises sans délai » car le pays « ne peut pas se permettre un vide politique ». Le gouvernement provisoire ayant annulé ses plans de référendum constitutionnel, le risque d’un blocage institutionnel s’accroit. Le Conseil insiste pour qu’un dialogue inter-haïtien « inclusif » soit engagé et que les conditions de sécurité soient garanties « afin de permettre des élections sûres et réussies ».
Les violences armées restent galopantes. Le rapport sur la BINUH relève que les gangs — en conflit avec les forces de sécurité et des groupes d’autodéfense — ont certes vu leur activité ralentir dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince, mais qu’ils poursuivent leur expansion vers les départements de l’Ouest, de l’Artibonite et du Centre. Le Conseil de sécurité rappelle que ces groupes commettent « des meurtres ciblés, des blessures, des privations de liberté, des extorsions et de l’esclavage sexuel ». Par ailleurs, les partenaires humanitaires onusiens alertent sur la violence sexuelle et sexiste à grande échelle (« SGBV ») comme arme de contrôle social. Le Conseil condamne « toutes les formes de violations des droits humains, y compris la violence sexuelle et sexiste », et appelle à ce que les auteurs rendent des comptes.
Sur le plan des opérations de sécurité, le rapport indique que « 22 % des victimes des opérations des forces de sécurité étaient des résidents touchés par des tirs de projectiles perdus à leur domicile ou lors de leurs activités quotidiennes ». Il ajoute que certains agents de sécurité « ont continué à exécuter sommairement des personnes suspectées de liens avec des gangs ». Entre le 1er mars et le 20 septembre, les opérations de drones ont entraîné au moins 547 morts, dont 527 supposés membres de gangs et 20 civils, parmi lesquels 11 enfants.
Le 30 septembre, le Conseil de sécurité a adopté la résolution 2793 autorisant, dans la logique de son mandat, la transition de la mission multinationale de soutien à la sécurité (MSS) en Haïti vers une « Force de suppression des gangs » (GSF) et la création d’un « Bureau de soutien de l’ONU en Haïti » (UNSOH). Le texte a été adopté par 12 voix pour et 3 abstentions (Chine, Pakistan, Russie). Lors de la réunion d’aujourd’hui, les membres du Conseil pourraient interroger M. Ruiz Massieu sur la mise en œuvre de ces nouveaux dispositifs, le rôle précis de la BINUH dans ce nouveau cadre, ainsi que sur le soutien international requis. Certains délégations pourraient insister sur l’importance que la nouvelle force respecte le droit international humanitaire et soit dotée de critères clairs de succès, de chaîne de commandement identifiée et de transparence.
Le Conseil de sécurité rappelle que l’approche en Haïti doit être « holistique et dirigée par les Haïtiens ». Outre la dimension purement sécuritaire, il est demandé aux autorités haïtiennes, avec l’appui de la BINUH et d’autres partenaires, d’« élaborer un programme structuré, sensible au genre, de défection volontaire et de réintégration des filles et des garçons conformément aux normes des droits de l’enfant », et de désigner une institution nationale chargée du désarmement, démantèlement et réintégration des acteurs armés.
Sur le plan humanitaire, le constat est alarmant. Le Conseil de sécurité rappelle que selon l’Organisation internationale pour les migrations, Haïti compte plus de 1,4 million de personnes déplacées internes, soit une hausse d’environ 10 % depuis le dernier pointage, principalement en raison de la détérioration de la sécurité dans l’Artibonite et le Centre. De même, la dernière évaluation de la sécurité alimentaire révèle que plus de la moitié de la population — près de 5,7 millions de personnes — se trouve en situation d’insécurité alimentaire aiguë. Le Plan de réponse humanitaire 2025, qui requiert environ 908 millions de dollars, n’était financé qu’à 14,5 % au 21 octobre. Le Conseil appelle donc la communauté internationale à intensifier son soutien à la réponse humanitaire en Haïti.
Les délégations au Conseil devraient saluer le renouvellement, le 17 octobre, du régime de sanctions sur Haïti à travers la résolution 2794, qui ajoute notamment deux personnes — Dimitri Hérard et Kempes Sanon — à la liste ciblée. Le Conseil de sécurité rappelle que ce régime fait partie intégrante de la stratégie visant à freiner l’accès des groupes criminels aux armes et aux circuits financiers illicites.
Au terme de cette session, le message du Conseil de sécurité à destination d’Haïti et de la communauté internationale est sans ambiguïté : il reste peu de temps avant que la transition politique n’atterrisse dans un vide institutionnel durable. Il faut d’urgence une feuille de route électorale crédible, une dynamique de dialogue politique inclusif, des conditions de sécurité rénovées et un engagement international accru. « Le temps presse », avertit le Conseil, soulignant que sans un sursaut national appuyé par la communauté internationale, le pays risque un effondrement institutionnel irréversible.

