PORT-AU-PRINCE, 28 septembre 2026 (RHINEWS)– L’avocat et politologue Samuel Madistin estime que la diaspora haïtienne dispose d’un droit légitime à participer à la vie politique et électorale du pays, tout en exprimant des réserves sur l’opportunité de faciliter immédiatement l’exercice de ce droit, au regard de ce qu’il décrit comme le contexte politique et numérique actuel en Haïti.
Dans une réflexion consacrée à la participation politique de la diaspora, Me Madistin rappelle que le droit de vote constitue, selon lui, « un droit fondamental », directement lié au droit des citoyens de participer à la gestion de la chose publique.
« Depuis des lustres, la diaspora haïtienne exprime à travers ses groupes organisés sa volonté de participer activement à la gestion de la chose publique en Haïti », souligne-t-il, estimant qu’il s’agit d’un droit que les Haïtiens vivant à l’étranger peuvent légitimement revendiquer.
L’avocat-politologue fait également valoir l’apport de la diaspora à la représentation d’Haïti sur la scène internationale, notamment à travers les sportifs haïtiens nés à l’étranger. Il cite comme exemple la participation d’Haïti à la dernière Coupe du monde de football.
« Haïti ne se résume plus dans les limites de ses frontières traditionnelles. Haïti est plus forte avec sa diaspora, sans aucun doute », écrit-il.
Toutefois, Me Madistin considère que l’implication de la diaspora dans la vie politique haïtienne constitue une question à la fois importante et sensible qui mérite, selon lui, d’être abordée sans détour.
Il précise qu’il ne s’agit pas de nier le droit de participation de la diaspora à la vie politique de son pays, mais plutôt de s’interroger sur les conditions de son exercice.
« Il ne s’agit nullement de nier le droit de participation de la diaspora à la vie politique de son pays, loin de là, mais de la nécessité de différer l’exercice de ce droit et de l’insérer dans une campagne d’éducation politique », affirme-t-il.
Cette campagne devrait, selon lui, contribuer à renforcer la conscience politique des personnes appelées à participer au choix des dirigeants haïtiens.
Me Madistin lie notamment son interrogation à l’utilisation des réseaux sociaux et à ce qu’il qualifie de « débandade numérique » en Haïti. Il évoque l’influence de certains créateurs de contenus recherchant des audiences, ainsi que ce qu’il présente comme la déréglementation de l’espace numérique, les abus liés à la citoyenneté numérique, le cyberintimidation, la criminalité cybernétique, les appels à la violence et l’intolérance en ligne.
Il mentionne également, parmi les phénomènes qui suscitent ses inquiétudes, des contenus ou pratiques qu’il associe au soutien aux trafics d’armes et de munitions ainsi qu’au financement de groupes armés.
« La diaspora [devient] un élément de déstabilisation politique qu’il convient de mieux contrôler dans le cadre d’un État fort avant de favoriser sa pleine participation dans la vie politique du pays, dans le respect des règles de l’État de droit », soutient-il.
L’avocat-politologue reconnaît que cette position pourrait susciter des critiques, mais affirme vouloir contribuer à un débat qu’il juge nécessaire.
« Ceux qui refusent d’aborder les sujets qui fâchent par manque de courage pour s’opposer au courant dominant ont fait autant de tort à la patrie que les fossoyeurs de la patrie », écrit-il, ajoutant : « Je refuse d’être de ceux-là pour avoir lu et bien compris dans mon plus jeune âge Les Causes de nos malheurs d’Edmond Paul. »
Se présentant comme un « partisan et défenseur du droit de vote de la diaspora depuis longtemps », Me Madistin explique que les événements récents l’amènent, en tant qu’observateur politique, à s’interroger sur « l’utilité du vote de la diaspora dans le contexte politique actuel ».
Il affirme notamment que, selon son observation, certaines des idées qu’il considère comme les plus préjudiciables à la démocratie et à l’État de droit bénéficieraient fréquemment du soutien ou de l’encouragement d’une partie de la diaspora.
« Tous les moyens sont bons pour atteindre cet objectif », écrit-il, en référence à ce qu’il présente comme le désir de certains membres de la diaspora de retourner un jour en Haïti.
Me Madistin estime par ailleurs que la question de l’éthique politique serait insuffisamment prise en compte dans certains choix politiques de la diaspora. Il décrit ainsi une situation qu’il qualifie de « Janus à deux visages » : respect de la loi et de la démocratie dans les pays d’accueil, mais, selon lui, soutien à la violence et au chaos en Haïti.
Dans cette perspective, l’avocat-politologue estime qu’Haïti devrait, avant de faciliter le droit de vote de la diaspora, renforcer plusieurs de ses institutions et capacités nationales.
Il cite notamment l’armée, les services de renseignement stratégique et opérationnel, la Police nationale, ainsi que les mécanismes liés à la citoyenneté numérique et au contrôle effectif des réseaux sociaux.
Il préconise également, avec l’appui de la coopération internationale, une action contre les groupes qui, selon lui, financent des activités qu’il qualifie d’antidémocratiques ainsi que les groupes armés qu’il décrit comme terroristes en Haïti.
« Pas avant ! », conclut-il à propos de la facilitation du droit de vote de la diaspora dans les conditions actuelles.
Me Madistin reconnaît enfin que sa prise de position pourrait être mal interprétée ou susciter de vives critiques.
« Mon opinion sur cette question sensible sera probablement mésinterprétée, critiquée avec violence. J’assume, car notre société ne peut pas faire l’économie de ce débat », affirme-t-il.

