Conseil de sécurité de l’ONU : un vote prévu mardi sur le renouvellement de la Force de Répression des Gangs en Haïti…

Les membres du Conseil de Securite de l'ONU en reunion...

NEW-YORK, lundi 28 septembre 2026 (RHINEWS)– Le Conseil de sécurité des Nations unies doit se réunir ce mardi 29 septembre pour examiner le renouvellement du mandat de la Force de Répression des Gangs (FRG), déployée en Haïti depuis juin dernier pour soutenir les autorités haïtiennes dans la lutte contre les groupes armés.

Les États-Unis et le Panama, co-porte-plumes du dossier haïtien au Conseil de sécurité, ont engagé les démarches en vue de la prorogation du mandat de la FRG, initialement autorisée pour une période de douze mois par la résolution 2793, adoptée le 30 septembre 2025. Le texte avait transformé l’ancienne Mission multinationale de soutien à la sécurité (MSS) en une nouvelle force multinationale chargée de mener des opérations contre les gangs.

Selon le calendrier du Conseil, la réunion de ce mardi intervient à la veille de l’expiration du premier mandat de la FRG. Le Conseil doit ainsi se prononcer sur un projet de résolution visant à reconduire son autorisation.

La résolution 2793 avait également demandé au secrétaire général de l’ONU d’établir le Bureau d’appui des Nations unies en Haïti (UNSOH), destiné principalement à fournir un soutien logistique et opérationnel à la FRG, mais aussi à la Police nationale d’Haïti (PNH), aux Forces armées d’Haïti lorsqu’elles mènent des opérations conjointes avec la FRG, ainsi qu’au Bureau intégré des Nations unies en Haïti (BINUH).

Contrairement à la MSS, dont le mandat était principalement axé sur l’appui et la formation de la PNH, la FRG a reçu un mandat plus offensif lui permettant de conduire des opérations visant à « neutraliser, isoler et dissuader » les gangs, de manière indépendante ou en coordination avec les forces de sécurité haïtiennes. Son plafond théorique a été fixé à 5 550 personnels.

Toutefois, près d’un an après son autorisation, la FRG n’a pas encore atteint son niveau complet de déploiement. Selon les données présentées dans les documents du Conseil, sa composante militaire comptait 1 083 personnels au 8 juillet, auxquels s’ajoutaient 16 membres du personnel civil. L’UNSOH, pour sa part, est pleinement opérationnel depuis le 1er avril.

La FRG a officiellement commencé ses opérations le 1er juin, mais son activité est demeurée limitée jusqu’ici. Les autorités de la force prévoient d’atteindre sa pleine capacité opérationnelle entre octobre et la fin de l’année. Le 12 août, la FRG avait annoncé sa première importante opération en dehors de la région métropolitaine de Port-au-Prince, avec le déploiement de personnels sri-lankais dans le département de l’Artibonite.

Dans une lettre adressée au Conseil de sécurité le 29 juin, le représentant spécial de la FRG, Jack Christofides, avait présenté la stratégie de la force ainsi que les critères permettant d’évaluer ses résultats. Cette stratégie repose sur trois objectifs : retirer aux gangs le contrôle des territoires, sécuriser les infrastructures essentielles et permettre aux autorités haïtiennes de disposer des capacités nécessaires pour contenir la violence des groupes armés.

Selon ce document, l’objectif final est de réduire la capacité des gangs à menacer l’État et de créer les conditions minimales de sécurité nécessaires à la stabilisation internationale et à la reconstruction progressive des institutions haïtiennes de sécurité. La date du 30 septembre 2028 a été retenue comme échéance indicative pour parvenir à cet objectif.

La question du renouvellement de la FRG intervient alors que la situation sécuritaire demeure particulièrement préoccupante. Dans un rapport publié en août, le BINUH avait fait état d’au moins 613 personnes tuées et 375 blessées entre le 6 mars et le 31 juillet dans le cadre de la recrudescence des violences dans plusieurs secteurs de la région métropolitaine de Port-au-Prince. Plus d’un tiers des victimes n’étaient pas associées aux gangs, selon le rapport.

Le BINUH avait également fait état de plus de 176 femmes et filles victimes de viols commis par des membres de groupes armés au cours de cette période, ainsi que de plus de 18 000 personnes contraintes de fuir leurs domiciles.

L’attaque meurtrière menée à Kenscoff dans la nuit du 23 au 24 août a également illustré l’extension de la violence à des zones jusque-là considérées comme relativement moins exposées. Lors d’une réunion du Conseil de sécurité consacrée à Haïti, les membres avaient souligné les conséquences de cette attaque et la nécessité d’accélérer le déploiement de la FRG.

La situation humanitaire constitue également un élément important du débat. Selon une mise à jour de l’UNICEF couvrant la période allant du 1er janvier au 30 juin, environ 1,5 million de personnes étaient déplacées à l’intérieur du pays, dont quelque 751 000 enfants. Près de 5,8 millions de personnes étaient confrontées à des niveaux élevés d’insécurité alimentaire aiguë au cours de la même période.

Le renouvellement de la FRG intervient également dans un contexte de préparation des prochaines élections en Haïti. Le Conseil électoral provisoire (CEP) a fixé au 13 décembre 2026 le premier tour des élections présidentielle et législatives, avec un éventuel second tour le 21 février 2027. La persistance de l’insécurité demeure toutefois l’un des principaux facteurs susceptibles d’affecter le déroulement du processus électoral.

Au sein du Conseil de sécurité, le principe d’un soutien international à Haïti fait l’objet d’un large consensus, mais plusieurs délégations ont exprimé des préoccupations concernant le financement, la composition des contingents, les règles d’engagement, la supervision et les mécanismes de responsabilité de la FRG. Lors de l’adoption de la résolution 2793, la Chine, la Russie et le Pakistan s’étaient abstenus, tandis que douze membres avaient voté en faveur du texte.

Lors d’une précédente réunion consacrée à Haïti, plusieurs membres du Conseil avaient également insisté sur la nécessité de respecter les droits humains et la souveraineté haïtienne dans les opérations de la FRG. La Chine avait notamment demandé que toute assistance internationale en matière de sécurité respecte strictement le droit international et réduise autant que possible les pertes civiles. La France avait, pour sa part, estimé que la priorité devait être donnée à la poursuite de la stratégie existante tout en accélérant le déploiement de la force.

Au-delà du renouvellement du mandat de la FRG, les discussions au Conseil de sécurité portent sur la nécessité d’accompagner la réponse sécuritaire par des mesures concernant la justice, la lutte contre le trafic d’armes, la protection des civils, le développement et la réintégration des personnes sorties des groupes armés.

Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a notamment présenté en mai plusieurs options concernant un programme de désarmement, de démantèlement et de réintégration (DDR) en Haïti. L’une des propositions prévoit un programme pluriannuel évalué entre 100 et 150 millions de dollars et la création d’un fonds fiduciaire multipartenaire destiné à assurer un financement prévisible et durable.

La réunion de ce mardi doit donc permettre au Conseil de sécurité de décider de l’avenir immédiat de la FRG, alors que celle-ci n’a pas encore atteint sa pleine capacité opérationnelle et que les violences armées continuent de peser sur la sécurité de la population, l’action humanitaire et les préparatifs électoraux en Haïti.