Affaire Jovenel Moïse : le procès de Christian Emmanuel Sanon s’ouvre à Miami, cinq ans après le meurtre…

Jovenel Moise, ex-president d'Haiti

MIAMI, lundi 28 septembre 2026 (RHINEWS)- La sélection du jury a débuté lundi devant un tribunal fédéral de Miami dans le procès de Christian Emmanuel Sanon, poursuivi aux États-Unis pour son rôle présumé dans le complot ayant conduit à l’assassinat du président haïtien Jovenel Moïse, le 7 juillet 2021 à Port-au-Prince.

Sanon, médecin, pasteur et citoyen haïtiano-américain âgé de 67 ans, fait face à huit chefs d’accusation liés au complot, dont celui de conspiration en vue d’enlever ou de tuer une personne à l’extérieur des États-Unis. Il a plaidé non coupable. Les débats pourraient commencer mardi après la constitution du jury.

Le procès se déroule à Miami, dans le district fédéral sud de la Floride, où les autorités américaines ont établi une partie importante de leur dossier en raison des activités de planification, de financement et de recrutement qui auraient été menées dans le sud de la Floride avant l’attaque contre Jovenel Moïse.

Jovenel Moïse a été tué dans la nuit du 7 juillet 2021 dans sa résidence privée de Pèlerin, à Port-au-Prince. Il avait été atteint de plusieurs projectiles lors de l’attaque menée par un groupe comprenant des ressortissants colombiens ayant une formation militaire. Son épouse, Martine Moïse, avait également été grièvement blessée.

Selon les procureurs américains, le projet avait initialement pour objectif de renverser Jovenel Moïse et de le remplacer par un dirigeant choisi par les conspirateurs. Les autorités américaines soutiennent que le plan a évolué au cours des mois précédant l’assassinat, passant de projets d’enlèvement et de renversement forcé à celui de tuer le président.

Les documents judiciaires indiquent que Sanon avait été présenté initialement comme le bénéficiaire politique potentiel du projet. Des réunions tenues en Floride en avril 2021 auraient associé Sanon à Arcangel Pretel Ortiz, Antonio Intriago, Joseph Joel John et James Solages. Selon l’accusation, l’objectif était notamment de permettre à Sanon de prendre le pouvoir, tandis que certaines personnes impliquées espéraient obtenir des contrats gouvernementaux en Haïti.

Les procureurs affirment toutefois qu’en juin 2021, les conspirateurs avaient conclu que Sanon ne disposait ni des qualifications constitutionnelles ni du soutien populaire nécessaires pour devenir président. Ils auraient alors porté leur choix sur l’ancienne juge de la Cour suprême haïtienne Wendelle Coq Thélot.

Parallèlement, une vingtaine de ressortissants colombiens ayant une formation militaire avaient été recrutés. Leur mission initiale aurait été d’assurer la sécurité de Sanon, mais le groupe a ensuite été intégré au dispositif préparant l’opération contre Jovenel Moïse. Les documents américains font état de l’acquisition d’armes, de munitions, de gilets pare-balles et d’autres équipements destinés à l’opération.

Les autorités américaines soutiennent également qu’une partie du financement du complot provenait frauduleusement de programmes d’aide économique mis en place aux États-Unis pendant la pandémie de Covid-19, notamment le Paycheck Protection Program (PPP) et les Economic Injury Disaster Loans (EIDL).

Le volet financier du dossier s’est encore développé cette année. Keegan Harricharan, un collecteur de fonds et financier de Floride, a plaidé coupable de complot en vue de blanchir de l’argent et a été condamné, le 23 juillet 2026, à 20 ans de prison fédérale. Selon le ministère américain de la Justice, il avait blanchi des centaines de milliers de dollars provenant de fonds PPP et EIDL frauduleusement obtenus afin de soutenir le complot.

Le ministère de la Justice américain indique qu’environ 840 827 dollars de fonds PPP avaient été frauduleusement obtenus par Harricharan et Jacob Israel, dont environ 126 124 dollars auraient été reversés sous forme de commissions. Entre mai et juin 2021, Harricharan aurait notamment transféré quelque 175 000 dollars, puis 80 000 dollars supplémentaires, à Walter Veintemilla, qui aurait redistribué ces fonds à d’autres membres du complot.

Jacob Israel a pour sa part plaidé coupable de complot en vue de blanchir de l’argent. Sa condamnation est prévue en décembre 2026.

Le premier groupe de prévenus américains comprenait notamment Rodolphe Jaar, Joseph Joel John, Mario Antonio Palacios Palacios, Joseph Vincent, Germán Alejandro Rivera García, James Solages, Arcangel Pretel Ortiz, Antonio Intriago, Walter Veintemilla et Frederick Bergmann, ainsi que Christian Emmanuel Sanon. Les neuf premiers cités, à l’exception de Bergmann et Sanon, avaient été poursuivis pour des infractions liées directement au complot visant à enlever ou tuer Jovenel Moïse.

Plusieurs de ces accusés ont par la suite plaidé coupable. Rodolphe Jaar, homme d’affaires haïtiano-chilien, a reconnu sa participation au complot et a été condamné à la réclusion à perpétuité en juin 2023. Le ministère américain de la Justice a indiqué qu’il avait notamment contribué à obtenir des armes et fourni d’autres formes de soutien aux conspirateurs.

Joseph Joel John, ancien sénateur haïtien, avait été extradé de Jamaïque vers les États-Unis en mai 2022. Il était accusé d’avoir contribué à obtenir des véhicules et tenté de procurer des armes pour l’opération contre Jovenel Moïse.

Mario Antonio Palacios Palacios, ancien militaire colombien, Joseph Vincent et Germán Alejandro Rivera García avaient également été transférés de détention haïtienne vers les États-Unis au début de 2023. Les autorités américaines les accusaient d’avoir participé à la préparation et à l’exécution du complot.

En mai 2026, un jury fédéral de Miami a franchi une nouvelle étape majeure dans le dossier en déclarant coupables quatre autres prévenus : Arcangel Pretel Ortiz, Antonio Intriago, Walter Veintemilla et James Solages. Le verdict est intervenu après un procès de neuf semaines.

Les quatre hommes ont été reconnus coupables de plusieurs infractions, notamment de conspiration visant à fournir un soutien matériel ayant entraîné la mort, de soutien matériel à une conspiration visant à tuer ou enlever une personne à l’étranger, de conspiration en vue de tuer ou enlever une personne hors des États-Unis, ainsi que de conspiration visant à commettre certaines infractions contre les États-Unis et d’expédition contre une nation amie. Intriago a également été reconnu coupable d’infractions liées à l’exportation de matériel. Ils encourent chacun la réclusion à perpétuité, mais leurs peines doivent être déterminées par la juge fédérale Jacqueline Becerra.

Au cours de ce procès, l’accusation a présenté Pretel Ortiz comme ayant dirigé une partie de la planification tactique et opérationnelle. Intriago, son associé au sein de sociétés de sécurité basées en Floride, aurait assuré notamment la logistique, les équipements et les paiements. Veintemilla aurait participé au financement, tandis que Solages aurait joué un rôle de liaison avec les acteurs présents en Haïti. Ces éléments ont été présentés comme des faits établis par les preuves soumises au jury dans cette procédure.

Le ministère américain de la Justice affirme que huit co-conspirateurs avaient plaidé coupable dans le cadre de l’affaire et que six d’entre eux avaient témoigné au procès de mai.

Le dossier judiciaire américain a connu un nouveau développement majeur en septembre 2026. Les autorités américaines ont annoncé le transfert d’Haïti vers Miami de 18 prévenus, dont Joseph Félix Badio et 17 ressortissants colombiens. Ils font partie d’un groupe de 30 personnes inculpées par un grand jury fédéral dans le cadre du nouveau volet de l’enquête.

Le transfert a été effectué par un avion militaire américain dans le cadre d’une opération impliquant le FBI, notamment son Hostage Rescue Team, ainsi que Homeland Security Investigations. Les autorités américaines ont indiqué que l’opération avait nécessité des mesures de sécurité particulières autour de l’aéroport international de Port-au-Prince.

Joseph Félix Badio, ancien employé du ministère haïtien de la Justice, figure parmi les nouveaux prévenus transférés à Miami. Il avait été arrêté en Haïti en octobre 2023 après avoir été recherché pendant plus de deux ans. Il est désormais poursuivi devant la justice fédérale américaine dans le cadre du nouvel acte d’accusation.

Parmi les autres personnes inculpées dans ce nouveau volet figurent Vitel’Homme Innocent, Byron Sherrod Rainer, Samir Handal, Ashkard Pierre et plusieurs ressortissants colombiens. Les documents du ministère américain de la Justice identifient notamment Carlos Giovanni Guerrero Torres, Victor Albeiro Pineda Cardona, Juan Carlos Yepes Clavijo, Naiser Franco Castaneda, Angel Mario Yarce Sierra, Jheyner Alberto Carmona Flores, Edwin Enrique Blanquicet Rodriguez, Manuel Antonio Grosso Guarin, Jhon Jairo Ramirez Gomez, Francisco Eladio Uribe Ochoa, Alejandro Giraldo Zapata, Neil Caceres Duran, Jhon Jader Andela, Enalber Vargas Gomez, John Jairo Suarez Alegria, Gersain Mendivelso Jaimes, Alex Miyer Peña et plusieurs autres personnes dans le cadre du nouvel acte d’accusation.

Le ministère américain de la Justice précise que certains des nouveaux prévenus sont également poursuivis dans un volet distinct portant sur une fraude et un blanchiment d’argent liés aux programmes américains de secours contre la Covid-19. Les accusations ne constituent pas des déclarations de culpabilité et tous les prévenus sont présumés innocents jusqu’à ce que leur culpabilité soit établie par un tribunal.

L’acte d’accusation récemment rendu public affirme qu’au moins 22 des personnes nouvellement nommées auraient participé directement à une conspiration internationale portant sur le financement, le recrutement et la logistique de l’opération. Les procureurs affirment également que certains prévenus auraient fourni un soutien matériel en sachant que la conspiration pouvait aboutir à une attaque violente contre le président haïtien.

À l’occasion du transfert des 18 prévenus, le procureur fédéral du district sud de la Floride, Jason A. Reding Quiñones, a déclaré : « Cinq ans plus tard, nous continuons à présenter des accusés devant les tribunaux américains, et nous n’avons pas terminé. » Le FBI et Homeland Security Investigations ont de leur côté affirmé vouloir poursuivre l’enquête sur les personnes soupçonnées d’avoir financé, facilité ou soutenu l’opération.

Le procès de Sanon constitue toutefois une procédure distincte de celles concernant les 18 prévenus récemment transférés. Son dossier avait initialement été regroupé avec celui des quatre hommes jugés en mai, mais son procès avait été séparé et reporté, notamment en raison de problèmes de santé.

Les avocats de Sanon avaient demandé la semaine dernière un délai supplémentaire pour préparer sa défense, invoquant notamment l’ampleur du dossier et l’arrivée de nouveaux éléments dans la procédure fédérale. La demande a été rejetée par la juge, permettant à la sélection du jury de commencer comme prévu lundi.

Sanon avait été arrêté par les autorités haïtiennes quelques jours après l’assassinat de Jovenel Moïse, avant d’être transféré aux États-Unis en janvier 2023. Lors d’une perquisition de son domicile en Haïti, les autorités avaient notamment retrouvé des munitions et 19 passeports, selon les éléments rapportés dans le cadre de la procédure américaine.

Le ministère américain de la Justice avait initialement poursuivi Sanon pour des infractions liées à l’exportation de gilets pare-balles et à la transmission de fausses informations d’exportation. Le dossier a depuis été considérablement élargi dans le cadre du nouvel acte d’accusation.

Les procureurs américains considèrent le sud de la Floride comme l’un des principaux centres de préparation de l’opération. Des réunions, des opérations financières, le recrutement de personnel, l’achat d’équipements et l’organisation de déplacements entre les États-Unis et Haïti auraient été effectués dans cette région avant l’attaque.

La procédure américaine s’est ainsi progressivement étendue au-delà des personnes présentes lors de l’attaque du 7 juillet 2021, pour englober, selon les actes d’accusation, des personnes soupçonnées d’avoir participé à la planification politique, au financement, au recrutement, à la fourniture d’armes et d’équipements ainsi qu’au blanchiment de fonds utilisés pour soutenir l’opération.

En Haïti, parallèlement, l’enquête judiciaire sur l’assassinat de Jovenel Moïse demeure distincte de la procédure fédérale américaine. Les autorités haïtiennes ont sollicité en 2025 l’assistance des États-Unis et du Canada après qu’une cour d’appel eut ordonné une nouvelle enquête sur l’assassinat. Selon l’Associated Press, cette nouvelle démarche faisait suite à plusieurs difficultés rencontrées par les précédentes investigations, notamment les problèmes de sécurité auxquels étaient confrontés les magistrats et le contexte sécuritaire à Port-au-Prince.

Cinq ans après l’assassinat, le dossier américain compte donc plusieurs personnes déjà condamnées, quatre nouveaux condamnés à l’issue du procès de mai, des procédures financières distinctes et une nouvelle série de poursuites visant 30 prévenus, dont 18 ont été transférés à Miami en septembre. Le procès de Christian Emmanuel Sanon, dont la sélection du jury a commencé lundi à Miami, constitue le prochain procès majeur devant un jury fédéral dans cette affaire.

Sanon demeure présumé innocent jusqu’à ce que sa culpabilité soit établie conformément aux règles de preuve applicables devant le tribunal fédéral. Il encourt, s’il est reconnu coupable des chefs d’accusation retenus contre lui, des peines pouvant aller jusqu’à la réclusion à perpétuité pour certains chefs.