Kenscoff : sept mois après l’invasion, le maire Jean Massillon dénonce l’occupation terroriste de Viv Ansanm, appelle à la consolidation des espaces et alerte sur l’impact humanitaire, politique et économique…

Jean Massillon, Maire de Kenscoff...

PORT-AU-PRINCE, 27 août 2025 (RHINEWS) Sept mois après l’assaut sanglant de la commune de Kenscoff par Viv Ansanm, organisation unanimement qualifiée de terroriste par les Etats-Unis, les autorités haïtiennes et les organisations de défense des droits humains, le maire Jean Massillon a livré un constat accablant et lancé un appel pressant à l’État haïtien et à la communauté internationale pour mettre fin à cette occupation meurtrière. Dans une interview accordée à RHINEWS, il a rappelé que « du 27 janvier au 27 août, plus de 300 à 350 personnes ont été tuées par ces terroristes, sans compter les centaines de familles déplacées, privées d’accès à la nourriture et aux soins médicaux ». Pour l’édile, Kenscoff vit depuis « sept mois de peur, de deuil et d’incertitude, pendant que des milliers de citoyens attendent encore un accompagnement pour réintégrer leurs foyers et retrouver leurs terres ».

Le maire a insisté sur la gravité de l’occupation de sites stratégiques par les hommes de Viv Ansanm, notamment l’espace Téléco, infrastructure essentielle où se trouvent l’antenne de la Digicel, celle de NatCom et celle de l’Office national de l’aviation civile (OFNAC), en charge du contrôle de l’espace aérien. « Ce site représente un enjeu national. Que des terroristes aient pu le contrôler dans une zone limitrophe au centre-ville de Kenscoff a semé la panique, en exposant non seulement la population locale mais aussi la sécurité du pays tout entier », a dénoncé Massillon.

La Police nationale d’Haïti (PNH) a repris la Téléco lors d’une récente opération, aujourd’hui toujours sous son contrôle. « Il faut applaudir le commandant en chef et les unités engagées. Ils ont rendu à l’État un espace vital », a déclaré le maire. Toutefois, il a averti que la victoire reste fragile sans une consolidation durable : « Faire une opération est une chose, consolider et sécuriser en est une autre. C’est pourquoi l’armée haïtienne (FADH) prépare un déploiement de soldats en appui à la police. Cette étape est cruciale pour que Kenscoff sorte de l’emprise terroriste. »

Massillon a souligné que la libération ne peut pas se limiter aux bâtiments stratégiques. « Il faut déloger Viv Ansanm des routes, des quartiers périphériques, des zones rurales. Les artères reliant Kenscoff au Sud-Est, les places publiques et les marchés doivent être sécurisés. Tant que ces terroristes contrôleront les axes de circulation, la population sera prisonnière », a-t-il insisté. Concernant le dernier coup de filet, l’édile a confirmé un bilan lourd : « Au moins 6 présumés bandits et deux citoyens paisibles ont été ttués. »

Depuis sa création en 2020, Viv Ansanm s’est imposé comme la plus puissante organisation criminelle et terroriste d’Haïti. Fédérant plusieurs gangs armés, elle a mené une série d’attaques meurtrières spectaculaires et coordonnées. En 2021, des commissariats de Port-au-Prince furent pris d’assaut ; en 2022, ce sont des établissements scolaires et universitaires qui furent incendiés ; en 2023, des hôpitaux et des églises furent attaqués, aggravant la crise humanitaire ; en 2024, l’organisation a orchestré l’évasion massive de prisonniers dans la région métropolitaine. L’année 2025 s’est ouverte par l’invasion de Kenscoff, l’une des opérations les plus meurtrières de son histoire.

Viv Ansanm est accusée d’avoir détruit ou occupé des prisons, des écoles, des universités, des bibliothèques, des lieux de culte, des commissariats, des pharmacies et des hôpitaux. Selon des sources crédibles, à peine 40 % des infrastructures hospitalières de la région métropolitaine fonctionnent encore. Le groupe est aussi tenu pour responsable du déplacement forcé de plus de 1,3 million de personnes, du viol de centaines de femmes et de filles, de milliers d’exécutions sommaires et d’enlèvements massifs, faisant de lui la principale menace sécuritaire et humanitaire du pays.

Le 12 août dernier, la juge fédérale Jeanine Pirro a annoncé le déblocage d’un acte d’accusation visant Jimmy Cherizier, alias “Barbecue”, chef de gang haïtien sanctionné, et son co-conspirateur Basile Richardson. Les deux hommes sont accusés de complot en vue de violer l’International Emergency Economic Powers Act (IEEPA), une loi encadrant les sanctions économiques. Cet acte, qui ne comporte qu’un seul chef d’accusation, marque une première historique : Cherizier devient le premier individu sanctionné en vertu du Global Magnitsky Human Rights Accountability Act à être poursuivi pénalement par le Département de la Justice américain.

Ancien policier de la PNH, Jimmy Cherizier est accusé d’avoir orchestré plusieurs épisodes sanglants de violence en Haïti, dont le massacre de La Saline en novembre 2018, où environ 71 civils – hommes, femmes et enfants – furent tués, leurs corps souvent brûlés ou mutilés. Selon les procureurs, son complice Basile Richardson, citoyen naturalisé américain vivant en Caroline du Nord, aurait collecté et transféré des fonds depuis la diaspora haïtienne aux États-Unis vers Cherizier, en dépit de son inscription sur la liste des personnes sanctionnées par la loi Magnitsky. Richardson, chauffeur routier de profession, a été arrêté au Texas.

Lors de la conférence de presse, Jeanine Pirro a souligné que le Département d’État américain offrait déjà une prime pouvant atteindre 5 millions de dollars pour toute information menant à l’arrestation ou à la condamnation de Cherizier. « Quiconque finance Barbecue, malgré ses actes de violence et ses violations des droits humains, ne pourra pas prétendre ignorer qu’il est sanctionné par les États-Unis. Nous les poursuivrons et nous les retrouverons », a-t-elle averti. La magistrate a replacé cette affaire dans le contexte de l’extrême instabilité d’Haïti, marquée par l’expansion des gangs armés, rappelant que son bureau avait déjà obtenu la condamnation de Jolie German dans l’affaire de l’enlèvement de seize missionnaires américains en 2021.

Darren Cox, directeur adjoint par intérim de la Division des enquêtes criminelles du FBI, a salué le travail conjoint des forces de l’ordre américaines et internationales contre le crime organisé transnational, qualifié de menace directe pour « la sécurité des communautés aux États-Unis et à l’étranger ». Il a annoncé qu’une récompense de 5 millions de dollars s’appliquait également aux informations menant à l’arrestation de membres clés de Viv Ansanm, l’organisation terroriste dirigée par Cherizier. « Des acteurs violents comme Cherizier et ses complices doivent comprendre qu’il n’existe aucun refuge sûr pour ceux qui exportent la violence dans nos communautés », a-t-il insisté.

Pour sa part, Ivan Arbelo, assistant directeur de l’Office des enquêtes de sécurité intérieure (HSI), a précisé que l’inculpation de Cherizier était l’aboutissement de près de trois ans d’enquêtes sur ses réseaux d’armes et de financement illicite. Il a dénoncé un « chef de guerre barbare » ayant détourné des fonds américains pour commettre des crimes en Haïti. Chris Landberg, du Département d’État, a confirmé que Washington mobiliserait « tous ses outils » pour neutraliser Viv Ansanm et son chef, déclarant que « l’âge de l’impunité pour ceux qui soutiennent la violence en Haïti est révolu ».

L’impact économique de l’occupation de Kenscoff est également dévastateur. Commune montagneuse et fertile, Kenscoff est l’un des principaux bassins agricoles qui alimentent Port-au-Prince en légumes, fruits, plantes vivrières et fleurs. Depuis l’invasion, une grande partie des terres agricoles est abandonnée, les paysans ayant fui sous la menace des armes. Les routes d’approvisionnement sont contrôlées ou détruites, ce qui perturbe gravement l’approvisionnement de la capitale. « Ce n’est pas seulement Kenscoff qui souffre, c’est tout le pays. L’occupation terroriste a fait grimper les prix des denrées, appauvri les cultivateurs et raréfié les produits sur les marchés », a déploré le maire.

Les organisations de défense des droits humains, telles que le RNDDH, le CARDH, la FJKL, et la POHDH, parlent de « crimes contre l’humanité » et dénoncent l’abandon des populations déplacées, contraintes de survivre dans des conditions précaires sans accès à l’eau potable, aux soins et à l’éducation. La Commission épiscopale Justice et Paix (JILAP) a, de son côté, évoqué « une guerre menée contre des civils désarmés ».

La communauté internationale a réagi avec inquiétude. Le BINUH a rappelé « la nécessité impérieuse de protéger les civils et de renforcer la capacité des forces de sécurité haïtiennes ». L’OEA a demandé « une réponse ferme et coordonnée face aux groupes armés terroristes qui déstabilisent la région ». La CARICOM a souligné que « la lutte contre Viv Ansanm est une responsabilité collective qui engage la région tout entière ». Les États-Unis, par la voix du Département d’État, ont salué la reprise de Télécoa comme « une étape décisive », tout en exhortant le gouvernement haïtien à poursuivre le démantèlement total du groupe.

« Nous faisons face à des terroristes qui se comportent comme des envahisseurs, semant la mort et la désolation. Mais nous ne pouvons pas céder. Kenscoff doit retrouver la paix et ses habitants doivent rentrer chez eux », a conclu Jean Massillon. Pour lui, l’unité entre la CSPN, la police, l’armée, la société civile et la population est la seule voie pour mettre fin à l’emprise de Viv Ansanm.

Cette déclaration intervient alors que plusieurs autres communes de la région métropolitaine restent encore sous occupation, confirmant que Viv Ansanm demeure la principale menace pour la sécurité, la démocratie et l’économie du pays.