Bocchit Edmond propose un plan hybride ONU-OEA pour sortir Haïti de l’impasse…

Edmond Bocchit, Ambassadeur d'Haiti a Washington...

« Trop de promesses envers Haïti n’ont jamais été tenues. Cette fois, il faut livrer des résultats », avertit l’ex-ambassadeur d’Haïti à Washington. Bocchit Edmond appelle l’ONU et l’OEA à unir leurs forces dans une stratégie coordonnée pour ramener la stabilité et la démocratie…

 

PORT-AU-PRINCE, mercredi 27 (RHINEWS)L’ancien ambassadeur d’Haïti à Washington, Bocchit Edmond, a rendu publique une proposition ambitieuse visant à mobiliser de manière conjointe l’Organisation des Nations Unies (ONU) et l’Organisation des États américains (OEA) pour répondre à la crise multidimensionnelle qui déchire Haïti. Dans son document, il « commande le Secrétaire général Ramdin et son équipe pour une feuille de route ambitieuse », tout en rappelant avec lucidité que « trop de promesses passées envers Haïti n’ont jamais été honorées ». Pour lui, « il est impératif cette fois de livrer des résultats au peuple haïtien » et de « faire preuve de plus de pragmatisme et de cibler avec précision les objectifs ».

La proposition met en lumière l’extrême gravité de la situation : « insécurité généralisée, paralysie politique, effondrement institutionnel et détresse humanitaire » plongent le pays dans une spirale de violence et de pauvreté. Edmond plaide pour « une approche hybride tirant parti des mandats et des forces respectives » des deux organisations internationales afin de « restaurer la stabilité, rétablir l’ordre démocratique et jeter les bases de la paix et du développement à long terme ».

Un partage clair des responsabilités

Selon ce plan, l’ONU serait chargée de la sécurité, de l’aide humanitaire et du développement durable. Bocchit Edmond demande « le déploiement rapide d’une mission internationale de sécurité via une résolution du Conseil de sécurité, en coordination avec les autorités haïtiennes », afin de « rétablir l’ordre public et démanteler les gangs armés ». L’ONU devrait également accompagner « des réformes profondes de la police, des programmes de désarmement et des opérations ciblées contre les réseaux criminels ».

L’ancien ambassadeur appelle en outre à « un renforcement massif de l’aide d’urgence » pour subvenir aux besoins vitaux : « nourriture, eau potable, soins de santé et abris pour les déplacés ». Il insiste sur la nécessité de « mieux coordonner cette assistance avec les ONG et les partenaires locaux » pour qu’elle atteigne « les plus vulnérables ». Sur le long terme, l’ONU devrait « aider à relancer l’économie, reconstruire les infrastructures et renforcer durablement les services publics », en fournissant une assistance technique dans « l’éducation, la santé et la protection sociale ».

L’OEA, pour sa part, se concentrerait sur le volet politique et institutionnel. La proposition recommande qu’elle « facilite un dialogue national inclusif », réunissant « société civile, partis politiques, secteur privé et diaspora ». L’objectif est de « bâtir des structures de gouvernance de transition consensuelles et légitimes » et de « restaurer la confiance de la population dans ses institutions ».

Sur le plan électoral, Edmond suggère que l’OEA apporte « un appui technique complet à la planification, l’organisation et le monitoring d’élections crédibles », incluant « le rétablissement et la garantie de l’indépendance des organes électoraux », ainsi que des campagnes d’« éducation civique pour encourager une large participation des électeurs ».

Une coordination et un financement structurés

Pour éviter les doublons et renforcer la cohérence, Edmond préconise la création d’une « Task Force conjointe de coordination » (Joint Coordination Task Force – JCTF). Elle regrouperait des représentants de l’ONU, de l’OEA, du gouvernement haïtien de transition, de la société civile et des principaux bailleurs internationaux. Cette instance serait chargée d’« assurer l’alignement stratégique, la coordination opérationnelle et l’optimisation des ressources », tout en produisant des rapports réguliers « garantissant transparence et redevabilité ».

Le financement du plan passerait par des mécanismes multilatéraux : l’ONU mobiliserait des fonds via le Fonds central d’intervention d’urgence (CERF) et d’autres canaux internationaux, tandis que l’OEA solliciterait ses États membres et la Banque interaméricaine de développement. « Un sommet international des donateurs pourrait être convoqué », précise Edmond, pour assurer « un soutien durable et à la hauteur des défis ».

Un appel pressant à la communauté internationale

Dans la conclusion de son document, Bocchit Edmond souligne l’urgence : « Nous devons agir vite et mobiliser immédiatement les ressources, en solidarité avec le peuple haïtien et pour la défense de la paix régionale et des valeurs démocratiques ». Il salue « la décision de l’administration Trump de soutenir l’initiative du Secrétaire général de l’ONU » et exhorte « les membres permanents du Conseil de sécurité à s’y rallier ». L’ancien ambassadeur appelle aussi à « refondre la Mission de soutien à la sécurité (MSS) pour obtenir des résultats plus concrets ».

Pour Edmond, ce plan hybride représente « un cadre pragmatique, inclusif et efficace » qui offre enfin à la communauté internationale « une chance réelle d’aider Haïti à sortir de l’impasse » et à s’engager sur la voie de « la stabilité, de la démocratie et du développement » .