Cinq ans après l’assassinat du bâtonnier Monferrier Dorval, l’instruction stagne et les commanditaires restent dans l’ombre. Dans un entretien avec RHINEWS, Me Samuel Madistin dénonce l’impunité, fustige la peur qui paralyse la justice et appelle à un procès équitable pour que la vérité éclate enfin.
PORT-AU-PRINCE, jeudi 28 août 2025 (RHINEWS) – Cinq ans après l’assassinat de Me Monferrier Dorval, ancien bâtonnier de l’Ordre des avocats de Port-au-Prince, le dossier judiciaire reste enlisé dans une impasse, déplore Me Samuel Madistin, engagé de longue date dans la quête de justice pour le bâtonnier.
« Le dossier n’avance pas. L’ordonnance de clôture n’est toujours pas rendue. Les commanditaires du crime ne sont toujours pas identifiés ou inquiétés », regrette Me Madistin. Selon lui, même les individus arrêtés juste après le meurtre « en possession ou en lien avec le SIM du téléphone du bâtonnier » ont pu s’évader lors de l’attaque du pénitencier national par la coalition Viv Ansanm, qui avait vidé presque tout son contenu.
Aucune ordonnance n’a été rendue à ce jour, confirme l’avocat, qui explique que le premier juge d’instruction chargé du dossier « a quitté le pays vraisemblablement par peur et faute de moyens sécuritaires mis à sa disposition par l’État ». Son successeur « s’est déporté de l’affaire officiellement pour des raisons de convenance personnelle, mais personne n’est dupe », ajoute-t-il. « Le traitement du dossier inspire la peur. »
Interrogé sur la décision de Martine Moïse, veuve de l’ex-président, de récuser systématiquement tous les juges en charge du dossier, Me Madistin reconnaît qu’« il s’agit d’un droit que la loi lui accorde ». Toutefois, prévient-il, « cela ne doit pas constituer un obstacle à la poursuite de l’instruction. Les justiciables ne peuvent pas entraver durablement le cours de la justice, sinon aucune enquête criminelle n’aboutirait. » L’avocat dénonce une justice haïtienne qui « a montré beaucoup de faiblesses quand il s’agit de traiter de grands dossiers ou des dossiers à caractère politique ». En guise d’exemple, il cite l’affaire Jean Dominique, « qui traîne depuis plus de vingt-cinq ans en dépit du fait qu’il y a un inculpé en prison préventive ».
Concernant les déclarations de l’ex-président Jovenel Moïse, qui avait évoqué l’existence d’une vidéo liée à l’assassinat du bâtonnier, Me Madistin parle d’« une déclaration troublante » qui « ouvre une piste pour l’enquête ». « Aucune piste ne peut être négligée dans le traitement de ce dossier, d’autant que l’une des personnes arrêtées est un proche de Martine Moïse. C’est désolant que la justice n’ait pas réussi à l’interroger sur cette déclaration et à la confronter avec l’inculpé arrêté avec le SIM du téléphone du bâtonnier », déplore-t-il.
Malgré ces blocages, Me Madistin affirme ne pas désespérer : « Je suis optimiste par nature. J’apprends à espérer même au-delà de l’inespérance. Je fais confiance à la justice de mon pays. Je souhaite que toute la lumière soit faite dans le cadre d’un procès libre, oral et contradictoire. Le bâtonnier Dorval le mérite. »
Pour de nombreux observateurs, l’affaire Dorval illustre l’ampleur des défis structurels de la justice haïtienne face à des crimes impliquant potentiellement de hautes personnalités. Cinq ans après, la vérité et la justice restent attendues.

