Kenscoff : le renforcement de la sécurité tarde, la mairie appelle à une présence durable des forces de l’ordre…

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PORT-AU-PRINCE, lundi 7 septembre 2026 (RHINEWS)- Le renforcement du dispositif de sécurité et le déploiement accru des forces de l’ordre à Kenscoff tardent encore à devenir pleinement effectifs, malgré les violences meurtrières qui ont frappé la commune ces derniers mois, a indiqué le maire Massillon Jean, appelant à la poursuite des opérations contre les groupes armés présents dans plusieurs secteurs.

« Le renforcement du dispositif de sécurité et le déploiement des forces de l’ordre tardent encore à être effectifs, mais c’est en cours », a déclaré Massillon Jean, sans fournir davantage de précisions sur les effectifs actuellement déployés dans la commune.

Le maire a également fait état de la situation des personnes déplacées par les violences. Selon lui, plusieurs organisations non gouvernementales sont mobilisées pour leur apporter une assistance, tandis qu’un soutien est prévu pour les familles touchées. « Beaucoup d’ONG sont mobilisées pour apporter de l’aide », a-t-il indiqué, précisant que les autorités avaient notamment attendu la fin des funérailles avant de mettre en œuvre certains dispositifs d’accompagnement.

Une partie des personnes déplacées aurait été identifiée et se trouverait notamment dans un site à Fermathe, ainsi que dans d’autres espaces d’accueil. D’autres familles auraient trouvé refuge auprès de proches ou de familles d’accueil, selon le maire.

La commune de Kenscoff fait face depuis janvier 2025 à une succession d’attaques meurtrières  menées par  groupes armés affiliés à l’organisation criminelle “Viv Ansanm”, ayant entraîné des morts, des enlèvements, des incendies de maisons et d’importants déplacements de population. Le 27 janvier 2025, une offensive avait notamment touché plusieurs localités, dont Belot, Berthé, Bois Major, Bongard, Carrefour Bête et Furcy.

Selon un rapport conjoint du Bureau intégré des Nations unies en Haïti (BINUH) et du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme, cité dans le document, l’attaque avait commencé aux environs de 3 heures du matin et impliqué environ une centaine d’hommes armés appartenant à plusieurs groupes criminels. Les autorités municipales avaient, avant cette offensive, adopté certaines mesures préventives et lancé des alertes concernant les risques pesant sur la commune.

La situation s’est de nouveau aggravée avec l’attaque menée dans la nuit du 23 au 24 août 2026. Selon les informations rapportées par l’Associated Press et Reuters et reprises dans le document, cette offensive a fait au moins 47 morts et entraîné l’enlèvement de plus de 50 personnes. Des habitations ont également été incendiées et plus de 2 600 personnes auraient été contraintes de quitter leur domicile.

Pour Massillon Jean, la priorité demeure désormais la poursuite des opérations visant les groupes armés qui occupent encore certains espaces de la commune. « La chose la plus importante, c’est la continuité des opérations de démantèlement des gangs qui occupent toujours des espaces au niveau de plusieurs endroits de la commune », a-t-il déclaré.

Le maire a exprimé la crainte de nouvelles attaques en raison, selon lui, du caractère cyclique des offensives. « On craint d’autres attaques car, à chaque fois, ils attaquent la population et la police prend du temps pour la réalisation des opérations, et ils attaquent à nouveau », a-t-il expliqué.

La mairie défend ainsi une stratégie reposant non seulement sur des opérations ponctuelles, mais aussi sur le maintien d’une présence sécuritaire après la reprise des territoires. Elle estime que la sécurisation des principaux axes d’accès à Kenscoff doit être suivie d’une présence durable des forces de l’ordre afin d’empêcher une nouvelle infiltration des groupes armés.

Parmi les axes considérés comme stratégiques figurent notamment Tête-Bwapin, Fermathe-Carrefour Saint-Jacques, Carrefour Dourette, Viard 2, Robin, Téléco et Wynn Farm, selon l’état des lieux communiqué par la municipalité.

La mairie affirme avoir, depuis le début de la crise, multiplié les démarches auprès de la Police nationale d’Haïti (PNH), des autorités départementales et centrales ainsi que des responsables de la sécurité nationale afin d’obtenir davantage de policiers, des unités spécialisées, des véhicules blindés et une meilleure coordination entre les forces de sécurité.

Elle soutient également avoir sollicité une implication accrue des Forces armées d’Haïti (FAD’H), ainsi que la mise en place d’un mécanisme de coordination entre les différentes institutions chargées de la sécurité.

Dans cette approche, la municipalité insiste sur le fait que son rôle ne consiste pas à se substituer à la PNH dans les opérations policières. Elle dit privilégier la coordination locale, la transmission d’informations, l’accompagnement des forces de sécurité et l’assistance aux populations affectées par les violences.

La question humanitaire constitue également une préoccupation majeure pour les autorités locales. La mairie indique avoir participé à des actions d’assistance aux personnes déplacées, notamment à travers l’approvisionnement en eau, la distribution de kits alimentaires, l’appui aux familles vulnérables et l’accompagnement de certaines personnes déplacées.

L’ampleur des déplacements consécutifs aux violences représente un défi supplémentaire pour une administration municipale dont les moyens demeurent limités. La mairie estime qu’un retour durable des populations ne pourra être envisagé qu’après la sécurisation effective des zones concernées et le rétablissement des principaux services.

Massillon Jean a par ailleurs évoqué la possibilité d’ériger un monument en mémoire des victimes des violences. « On pense à ériger effectivement un monument, mais actuellement on fait l’étude de l’espace », a-t-il déclaré, précisant que cette réflexion était encore à l’étude.

Il estime toutefois que la priorité immédiate demeure la sécurité. Pour la municipalité, la construction d’un lieu de mémoire ne saurait se substituer aux mesures nécessaires pour empêcher de nouvelles attaques et garantir la protection des habitants.

La mairie considère que la crise de Kenscoff dépasse désormais le cadre d’un problème strictement communal. Dans son état des lieux couvrant la période allant du 27 janvier 2025 au 5 septembre 2026, elle décrit une situation caractérisée par une dégradation progressive du contrôle territorial, des déplacements de population et des perturbations importantes des activités agricoles, commerciales, scolaires et sociales.

Kenscoff, importante zone agricole située dans les hauteurs de Port-au-Prince, joue en effet un rôle économique qui dépasse les limites de la commune. La persistance de l’insécurité affecte ainsi la circulation des personnes et des marchandises et compromet les activités des producteurs et des commerçants.

La municipalité plaide par conséquent pour une stratégie de reconquête territoriale suivie d’un maintien des forces de sécurité sur les zones reprises, puis d’une reprise progressive des services publics, de l’agriculture et du commerce.

Elle demande également que les auteurs des massacres, assassinats, enlèvements et destructions soient identifiés, arrêtés et poursuivis par la justice. Elle estime que les enquêtes doivent aussi permettre de déterminer les éventuelles défaillances institutionnelles ayant pu contribuer à certaines attaques.

Après plus d’un an et demi de violences répétées, la mairie estime ainsi que des interventions ponctuelles ne suffisent plus à garantir la sécurité de Kenscoff. Elle appelle à une stratégie durable associant sécurisation des axes, contrôle territorial, présence continue des forces de l’ordre, protection des civils et accompagnement du retour des personnes déplacées.

La situation demeure toutefois fragile dans plusieurs secteurs de la commune, où la présence de groupes armés continue de susciter des inquiétudes parmi les habitants et les autorités locales.