MIAMI, lundi 7 septembre 2026 (RHINEWS)– Soixante-deux mois après l’assassinat du président haïtien Jovenel Moïse, sa veuve, Martine Moïse, réclame à nouveau que les commanditaires présumés du meurtre soient poursuivis et arrêtés, dénonçant ce qu’elle présente comme l’instrumentalisation et la corruption d’une partie du système judiciaire haïtien.
Dans une longue déclaration publiée lundi, correspondant au 62e mois depuis l’assassinat de Jovenel Moïse le 7 juillet 2021, l’ancienne Première dame affirme qu’une « coalition oligarchique » et des responsables politiques auraient conspiré pour tuer son mari et tenter de la tuer elle-même. Ces accusations, formulées par Martine Moïse, ne sont pas toutes établies judiciairement en Haïti.
« Ils l’ont réellement tué », écrit-elle, en affirmant que son mari lui aurait auparavant fait part de menaces de mort liées, selon elle, à des intérêts économiques opposés à ses initiatives dans le secteur de l’électricité.
Martine Moïse reproche notamment à une partie de la justice haïtienne de n’avoir pas exécuté certains mandats d’arrêt délivrés dans le cadre de l’enquête. Elle accuse également des responsables politiques, économiques et judiciaires d’avoir participé à des tentatives de renversement du pouvoir de Jovenel Moïse avant son assassinat.
Elle revient notamment sur les événements du 7 février 2021, lorsqu’une partie de l’opposition avait contesté le maintien de Jovenel Moïse à la présidence et que le chef de l’État avait dénoncé une tentative de coup d’État. Martine Moïse accuse dans ce contexte plusieurs anciens magistrats de la Cour de cassation d’avoir été impliqués dans ces événements.
La veuve du président cite en particulier l’ancienne magistrate Wendelle Coq Thélot, dont un mandat d’arrêt avait été émis en juillet 2021 dans le cadre de l’enquête sur l’assassinat. Les autorités haïtiennes l’avaient alors recherchée notamment pour des accusations d’assassinat, de tentative d’assassinat et de vol à main armée.
Martine Moïse affirme également que « le même groupe corrompu de la justice » aurait été impliqué dans différentes opérations politiques et dans des manipulations de l’enquête sur l’assassinat. Elle ne fournit toutefois pas, dans sa déclaration, de nouveaux éléments judiciaires permettant d’étayer ces accusations.
Certaines affirmations de la déclaration sont par ailleurs contredites par des faits établis depuis. Wendelle Coq Thélot, que Martine Moïse présente comme étant toujours en fuite, est décédée en 2025, selon des informations rapportées avant le procès fédéral de Miami.
La déclaration intervient alors que la procédure judiciaire aux États-Unis a connu d’importants développements cette année. Le 8 mai 2026, un jury fédéral de Miami a reconnu coupables quatre hommes — Arcangel Pretel Ortiz, Antonio Intriago, Walter Veintemilla et James Solages — pour leur participation au complot ayant conduit à l’assassinat de Jovenel Moïse.
Selon le ministère américain de la Justice, les accusés avaient élaboré plusieurs projets visant d’abord à enlever Jovenel Moïse avant de se tourner vers son assassinat. Le 7 juillet 2021, James Solages et des mercenaires colombiens ont attaqué la résidence du président avec l’aide de plusieurs complices haïtiens, selon les éléments présentés au procès.
Martine Moïse dit vouloir s’appuyer sur ces procédures américaines pour poursuivre la quête de justice en Haïti. « Nous n’arrêterons pas jusqu’à ce que tous les criminels soient arrêtés », affirme-t-elle, appelant les magistrats qu’elle considère comme indépendants à faire appliquer les mandats d’arrêt délivrés dans le dossier.
Elle évoque également les condamnations prononcées ou attendues aux États-Unis dans le cadre de dossiers liés à l’assassinat. En juillet 2026, Keegan Harricharan, présenté par le ministère américain de la Justice comme un financier lié au complot, a notamment été condamné à 20 ans de prison pour blanchiment d’argent ayant contribué au financement de l’opération.
L’ancienne Première dame condamne par ailleurs la profanation du mausolée de Jovenel Moïse, qu’elle situe au 7 juillet 2026, jour du 60e mois de la commémoration de l’assassinat. Elle affirme que des individus auraient ensuite tenté d’incendier le site et qualifie ces actes de « sacrilège criminel ».
Dans la dernière partie de son message, Martine Moïse élargit ses critiques à la situation sécuritaire et politique actuelle. Elle dénonce notamment les violences affectant plusieurs régions et communes, citant notamment Mirebalais, Kenscoff, Léogâne, Croix-des-Bouquets, Delmas et La Saline. Elle accuse le gouvernement de faire preuve de « mépris » à l’égard des populations victimes de la violence et de la corruption.
Elle met enfin en garde contre ce qu’elle qualifie de « tentative de coup d’État électoral » et appelle les Haïtiens à « se préparer à défendre » leur pays, sans préciser davantage les mesures auxquelles elle fait référence.
« Le peuple haïtien n’a pas oublié et n’a pas perdu son bon sens », affirme-t-elle, avant de remercier ses compatriotes et la diaspora pour leur soutien à sa famille et à sa démarche judiciaire.
L’assassinat de Jovenel Moïse, tué par balle dans sa résidence privée à Port-au-Prince le 7 juillet 2021, demeure l’un des principaux dossiers criminels et politiques non résolus de l’histoire récente d’Haïti. Si plusieurs personnes ont été condamnées ou inculpées aux États-Unis, la question des commanditaires et des responsabilités en Haïti continue de faire l’objet de procédures et de controverses.

