Haïtiens du Maryland : la fin du TPS et les opérations de l’ICE plongent la communauté dans la peur des expulsions…

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SALISBURY, (Maryland), vendredi 28 août 2026 (RHINEWS)– La communauté haïtienne du Maryland vit dans un climat de peur depuis la fin du Statut de protection temporaire (TPS), alors que les opérations de l’Immigration and Customs Enforcement (ICE) et les premières expulsions vers Haïti se multiplient. À Salisbury, sur la côte Est du Maryland, des habitants évitent désormais les lieux publics, les églises et certains déplacements par crainte d’être interpellés.

Selon ABC News, des dizaines de résidents ont rapporté des églises et des lieux de travail désertés depuis le début des opérations de l’ICE. Une mère haïtienne interrogée par le média, dont le nom complet n’a pas été divulgué pour des raisons de sécurité, a expliqué que sa famille devait modifier ses itinéraires afin d’éviter les endroits où elle pourrait rencontrer la police.

« En sortant de la maison, il faut toujours faire attention », a déclaré son fils, expliquant que les membres de sa famille prennent désormais « différents itinéraires » pour réduire le risque d’être contrôlés.

La situation s’est aggravée depuis la décision américaine de mettre fin au TPS accordé à des centaines de milliers de ressortissants haïtiens. ABC News, citant le Pew Research Center, estime à plus de 330.000 le nombre de migrants haïtiens concernés par la perte de cette protection et désormais exposés aux opérations de l’ICE et aux procédures d’expulsion.

À Salisbury, où les Haïtiens représentent environ 10 % d’une population de 33.000 habitants, l’inquiétude touche particulièrement les travailleurs employés dans l’agriculture, les services de soins et les usines de transformation de volailles. L’Associated Press rapporte que la fréquentation du Word of Life Center, une importante église de la communauté haïtienne, a chuté de plus de moitié, plusieurs fidèles préférant rester chez eux par peur d’une arrestation.

« Il n’y a aucune sécurité chez nous. Si vous nous renvoyez là-bas, vous nous envoyez mourir », a déclaré le pasteur Roosevelt Toussaint, qui dirige cette congrégation depuis 1995. Il a appelé le président Donald Trump à faire preuve de compassion envers les Haïtiens qui, selon lui, sont venus aux États-Unis pour travailler et contribuer à l’économie.

Les méthodes employées par l’ICE semblent également évoluer. Des avocats et des organisations de défense des immigrés rapportent que les autorités convoquent certains Haïtiens dans leurs bureaux, où ils peuvent être placés en détention ou équipés de bracelets électroniques. Certains auraient reçu l’instruction de ne pas s’éloigner de plus de 75 miles, soit environ 121 kilomètres, de leur domicile.

« Au lieu de descendre massivement dans les communautés, ils utilisent des méthodes qui consistent à faire venir ces personnes dans leurs bureaux pour les détenir ou leur mettre un bracelet électronique », a expliqué Guerline Jozef, présidente de la Haitian Bridge Alliance. Selon elle, certaines personnes sont ensuite invitées à se présenter de nouveau aux autorités dans le délai d’un mois si elles ne se sont pas autodéportées.

Des arrestations auraient également été signalées dans des stations-service et à proximité de supermarchés. Marie D. Fouché, responsable de Safe Harbor Circles, une organisation qui accompagne les communautés immigrées de la côte Est du Maryland, a indiqué que son groupe avait recensé récemment plus d’une douzaine d’arrestations, dont certaines concernant des personnes bénéficiant auparavant du TPS.

« Ils sont allés faire des courses chez Walmart pour acheter de quoi nourrir leur famille. Mais ils ont été arrêtés sur le parking et ne sont jamais rentrés chez eux », a-t-elle rapporté.

Le département de la Sécurité intérieure (DHS) a indiqué à l’AP qu’il ne commentait pas les opérations en cours ou à venir. L’administration américaine défend la fin du TPS, affirmant que ce dispositif est par définition temporaire et qu’il ne devait pas devenir une forme d’amnistie permanente.

À l’échelle nationale, la pression exercée par l’ICE s’est fortement accrue. Selon des données fournies à l’Associated Press par l’agence et analysées par le Deportation Data Project, l’ICE a procédé à 49.571 arrestations en juillet 2026, soit 15 % de plus qu’en juin et 70 % de plus qu’en février. Plus de la moitié des personnes arrêtées en juillet n’avaient pas été condamnées pour un crime et ne faisaient pas l’objet de poursuites pénales.

La stratégie ne repose plus uniquement sur les raids spectaculaires dans les grandes villes. Les autorités recourent davantage aux contrôles routiers, aux arrestations dans les communautés et à la coopération avec les forces de l’ordre locales. En juillet, environ la moitié des arrestations de l’ICE étaient des interpellations effectuées hors du cadre carcéral, directement dans les communautés.

Dans le Maryland, la progression des opérations inquiète particulièrement les Haïtiens qui avaient auparavant un statut légal. Un avocat spécialisé en immigration à Salisbury, Kenson Raymond, a déclaré à ABC News que six membres de sa communauté étaient actuellement engagés dans des procédures d’expulsion. Il affirme également que la communication avec les proches devient souvent impossible dès qu’une personne est placée en détention. « Personne n’est en sécurité », a-t-il résumé.

Cette inquiétude intervient alors que les premiers vols d’expulsion visant des Haïtiens bénéficiant ou ayant bénéficié de protections migratoires ont repris après les décisions judiciaires américaines autorisant la fin du TPS. Le 20 août, un vol affrété par l’ICE transportant plus de 160 ressortissants haïtiens a atterri au Cap-Haïtien, plutôt qu’à Port-au-Prince, en raison de l’insécurité dans la capitale.

Un deuxième vol est arrivé en Haïti jeudi, avec 57 personnes, selon les autorités haïtiennes. D’après la Haitian Bridge Alliance, le groupe comprenait notamment des familles et des enfants nés aux États-Unis, même si leur éventuel statut TPS n’a pas été établi.

Ces expulsions interviennent dans un contexte particulièrement critique en Haïti. Cette semaine, une attaque de gangs à Kenscoff, près de Port-au-Prince, a fait au moins 47 morts et plus de 50 personnes ont été enlevées, selon les autorités haïtiennes. La Haitian Bridge Alliance a dénoncé le renvoi de personnes vers un pays confronté à une crise sécuritaire et humanitaire majeure.

À l’ONU, un haut responsable humanitaire a indiqué vendredi que près de 200.000 personnes avaient été renvoyées de force en Haïti au cours des huit premiers mois de 2026, soit au moins 20.000 de plus que durant la même période de 2025. Cette situation ajoute une pression considérable sur un pays déjà confronté à des déplacements massifs de population et à l’emprise des groupes armés.

Pour les Haïtiens du Maryland, la fin du TPS ne constitue donc pas seulement une modification de leur statut administratif. Elle bouleverse les habitudes quotidiennes, les familles, les lieux de culte et les activités économiques. À Salisbury, des responsables communautaires disent désormais voir des personnes qui hésitent à sortir de chez elles, tandis que des familles se préparent à l’éventualité d’une séparation.

La contestation se poursuit néanmoins. Des responsables religieux et des organisations haïtiennes ont organisé des marches et des manifestations à Salisbury pour dénoncer les opérations de l’ICE et demander un traitement différent de la communauté haïtienne. « Même les citoyens, même ceux qui ont une carte verte, ont peur », a déclaré la pasteure Gabrielle Montilus lors d’une manifestation, illustrant l’ampleur du climat d’inquiétude.

La situation du Maryland illustre ainsi les conséquences concrètes de la nouvelle politique migratoire américaine pour une communauté qui, pendant des années, avait bénéficié d’une protection légale tout en travaillant dans des secteurs essentiels de l’économie locale. Avec la reprise des expulsions vers Haïti et l’intensification des arrestations de l’ICE, la peur d’une interpellation s’est désormais installée au cœur de la vie quotidienne de nombreux Haïtiens de l’État.

Sources principales : ABC News, Associated Press, The Guardian, Reuters et The Baltimore Banner.