PORT-AU-PRINCE, mardi 30 septembre 2025 (RHINEW)– L’ambassade des États-Unis en Haïti a salué mardi l’adoption par le Conseil de sécurité des Nations Unies d’une résolution entérinant la transformation de la mission multinationale de sécurité (MSS) en une Force de suppression des gangs (GSF) et autorisant la création d’un Bureau d’appui des Nations Unies en Haïti.
Dans un communiqué officiel, la représentation américaine a affirmé : « Nous nous félicitons de l’adoption par le Conseil de sécurité de la résolution concernant la transition de la mission multinationale de sécurité vers la Force de suppression des gangs et l’autorisation d’un Bureau d’appui des Nations Unies en Haïti. Les États-Unis travailleront avec le Groupe permanent de partenaires pour garantir le déploiement de la Force de suppression des gangs et nous attendons de l’ONU qu’elle mette rapidement en place ce Bureau afin que la mission dispose des outils nécessaires pour mener la lutte contre les gangs. Le travail est loin d’être terminé, mais c’est une étape positive vers le rétablissement d’un niveau minimal de sécurité en Haïti. Le message du Conseil de sécurité est clair : l’ère de l’impunité pour ceux qui cherchent à déstabiliser Haïti est révolue. »
La résolution a été adoptée par 12 voix pour et 3 abstentions, celles de la Russie, de la Chine et du Pakistan. Elle prévoit le déploiement de 5 550 personnels en uniforme et 50 civils pour une durée initiale de 12 mois, avec un financement basé sur des contributions volontaires. Le mandat inclut la possibilité d’arrestations ciblées de membres de gangs, la protection d’infrastructures stratégiques et la lutte contre le trafic d’armes. Le Bureau d’appui de l’ONU doit fournir le soutien logistique et opérationnel nécessaire.
L’ambassadeur de Russie, Vassily Nebenzia, a justifié l’abstention de son pays par l’absence de garanties financières : « Soyons francs, si ce contributeur n’a pas fourni les fonds promis pour la MSS, quelles garanties avons-nous que la situation sera différente avec cette nouvelle mission ? » Il a aussi mis en garde contre de possibles détournements de mandat : « Nous n’avons aucune certitude que les auteurs du texte ne trouveront pas une manière – soi-disant créative – de lier leur activité militaire à une prétendue lutte contre les cartels de la drogue. »
L’ambassadeur de Chine, Fu Cong, a expliqué que Pékin n’avait pas opposé de veto « compte tenu de la situation sécuritaire dramatique en Haïti et des appels pressants de la communauté internationale », mais il a tenu à préciser : « Nous sommes profondément inquiets quant au fonctionnement et aux perspectives de la Force de suppression des gangs. » Le Pakistan a également exprimé ses réserves, notamment sur la question du financement et sur l’efficacité des mécanismes proposés.
À l’inverse, le Panama, coauteur de la résolution avec les États-Unis, a défendu un texte présenté comme indispensable au rétablissement d’une sécurité minimale, condition préalable à la reconstruction politique et à la tenue d’élections.
Du côté haïtien, le président du Conseil présidentiel de transition, Laurent Saint-Cyr, a parlé d’un « tournant décisif ». Il a rappelé devant l’Assemblée générale des Nations Unies que son pays vit une tragédie sans précédent : « Haïti est un pays en guerre, des quartiers entiers disparaissent. » Après le vote, les autorités de transition ont exprimé leur gratitude tout en insistant sur l’urgence d’un déploiement rapide et efficace.
Le Kenya, qui a assuré le leadership de la MSS depuis 2024, et la République dominicaine, voisine directe d’Haïti, ont de leur côté appelé la communauté internationale à combler les lacunes financières. Le président kényan, William Ruto, avait déjà averti qu’aucun résultat tangible ne pouvait être espéré sans « équipements, ressources et effectifs adéquats ». En mai, Nairobi et Saint-Domingue avaient conjointement dénoncé l’ampleur du sous-financement qui limitait drastiquement l’action de la MSS, laquelle n’avait déployé qu’environ 1 000 hommes sur les 2 500 prévus.
Le nouveau mandat adopté sous Chapitre VII du Conseil de sécurité confère à la GSF une capacité d’action plus robuste que celle de la MSS, permettant d’opérer seule ou conjointement avec la Police nationale d’Haïti pour « neutraliser, isoler et dissuader » les gangs. Il met également l’accent sur le contrôle des flux d’armes, considéré par plusieurs États comme un élément central de la crise haïtienne.
Pour autant, de nombreux observateurs soulignent que des zones d’ombre persistent : le financement repose toujours sur des engagements volontaires, sans mécanisme contraignant, la coordination avec les forces haïtiennes doit être précisée et le calendrier de déploiement demeure incertain. Plusieurs diplomates mettent en garde : sans une lutte résolue contre l’impunité, sans un contrôle strict du trafic d’armes et sans un soutien pérenne, la nouvelle mission risque de reproduire les échecs du passé.
La mission MSS, approuvée en 2023 et dirigée par le Kenya, devait initialement déployer 2 500 hommes, mais n’en avait mobilisé qu’un millier, faute de moyens. Son mandat expire le 2 octobre 2025, ce qui rendait l’adoption de la nouvelle résolution particulièrement urgente.
Les États-Unis présentent le vote du Conseil de sécurité comme une victoire et une étape décisive vers la stabilisation d’Haïti. Mais les réactions contrastées des autres membres du Conseil, conjuguées aux appels insistants des partenaires régionaux et des autorités haïtiennes, rappellent que la réussite de la Force de suppression des gangs dépendra non seulement de sa mise en œuvre rapide et de son financement, mais aussi de sa capacité à s’ancrer dans une stratégie globale de sécurité, de gouvernance et de lutte contre l’impunité.

