UCREF : un rapport d’analyse financière révèle des transactions suspectes de Jean Bernard Joseph, chef de service à la Douane du Cap-Haïtien…

Symbole de Justice...

CAP-HAITIEN, mercredi 1er octobre 2025 (RHINEWS) – L’Unité Centrale de Renseignements Financiers (UCREF) a transmis au parquet du tribunal de première instance du Cap-Haïtien un rapport d’analyse financière accablant visant Jean Bernard Joseph, identifié par son Numéro d’Identification Nationale Unique (NINU) n°1256170953. Fonctionnaire de l’Administration Générale des Douanes (AGD), où il occupe le poste de chef de service, l’intéressé est soupçonné d’activités de blanchiment de capitaux et de manipulations financières incompatibles avec son profil économique.

Dans ce rapport signé par le directeur général de l’UCREF, Me Michelin Festable, et daté d’août 2025, l’institution indique avoir « relevé de fortes suspicions selon lesquelles l’enquêté Jean Bernard Joseph a manipulé de sommes considérables sans justifications économiques réelles sur son compte détenu à la Sogebank et qui semblent provenir d’activités illégales ». Le document rappelle que l’affaire s’inscrit dans le cadre de l’application du décret du 30 avril 2023, qui sanctionne le blanchiment de capitaux, le financement du terrorisme et celui de la prolifération des armes de destruction massive.

L’ouverture du compte bancaire n°4111052926 à la Sogebank remonte au 15 mai 2023. Lors de cette opération, Jean Bernard Joseph avait déclaré percevoir un salaire mensuel de quarante-sept mille gourdes (HTG 47,000.00). Or, l’UCREF constate que, pour la période allant de mai 2023 à juin 2024, « le cumul des apports sur le compte équivaut à douze fois le total de ses revenus déclarés », soit un montant estimé à cinquante-et-un mille trois cents dollars américains (USD 51,300.00). Cet écart « significatif » entre ses revenus officiels et les flux financiers enregistrés « soulève de sérieuses interrogations quant à l’origine réelle des fonds ».

L’enquête révèle un schéma répétitif de dépôts en dollars américains variant entre deux mille (USD 2,000.00) et dix mille (USD 10,000.00), suivis rapidement de retraits sans aucune indication sur la finalité des fonds. Pour les enquêteurs, « le mouvement transitoire des fonds a permis de déduire que ce compte n’existait que pour faciliter le transit des fonds », sans qu’aucune activité économique réelle ne soit identifiée.

Parmi l’ensemble des opérations, une transaction attire particulièrement l’attention : le 5 janvier 2024, un dépôt par chèque de neuf mille quatre cent vingt dollars américains (USD 9,420.00), émis par une société dénommée CAP-TERMINAL S.A, domiciliée au 101, Rue 15 B au Cap-Haïtien. Le libellé de l’opération, « Overtime Customs gate opening », suscite de lourdes suspicions. Selon le rapport, « la mention inscrite au mémo du chèque laisse supposer que monsieur Joseph aurait pu tirer profit de sa fonction de chef de service à la douane du Cap-Haïtien pour s’engager dans des activités génératrices de revenus en dehors du cadre de ses fonctions ».

Cette transaction pose directement la question des relations d’affaires qui auraient pu exister entre Jean Bernard Joseph et l’entreprise CAP-TERMINAL S.A. Le rapport souligne que, vu leur proximité, « le nommé Joseph pourrait bien profiter de sa position pour favoriser certaines opérations frauduleuses au profit de l’entreprise en contrepartie d’une quelconque rémunération ».

L’UCREF n’écarte pas la possibilité que de telles pratiques constituent plusieurs infractions graves : « détournement de fonds publics par une personne exerçant une fonction publique, corruption, perception indue d’avantages personnels, contrebande, trafic d’influence, favoritisme ou autres, et ce en marge des réglementations en vigueur ».

L’institution insiste sur l’inadéquation manifeste entre le profil économique du fonctionnaire et l’importance des fonds manipulés. « Autant de faits saillants sur lesquels planent des doutes et qui requièrent de recherches approfondies en vue d’une meilleure qualification des différentes infractions sous-jacentes pouvant conduire au blanchiment de capitaux », souligne le rapport.

L’UCREF rappelle avoir transmis ce rapport au parquet du Cap-Haïtien pour les suites de droit, conformément à l’article 77 du décret du 30 avril 2023. « En attendant que de nouvelles informations soient disponibles, ce rapport d’enquête financière est transmis aux autorités judiciaires compétentes », écrit Me Michelin Festable, précisant que l’affaire demeure sous investigation.

Ce dossier s’inscrit dans une série de scandales mis à jour par les organes de contrôle haïtiens. Ces derniers mois, l’Unité de Lutte Contre la Corruption (ULCC) et l’UCREF ont multiplié les rapports révélant des malversations financières au sein de l’administration publique. En février 2025, l’ULCC avait épinglé Gamall Jules Augustin, ancien directeur général de la Télévision Nationale d’Haïti (TNH), pour de graves suspicions de corruption et de gestion frauduleuse des fonds publics. En juillet 2025, un rapport de l’ULCC sur le Service National de Gestion des Résidus Solides (SNGRS) avait révélé des irrégularités majeures dans la gestion du carburant, impliquant plus de deux cent vingt-sept millions de gourdes (HTG 227,485,000.00).

Face à ces répétitions de scandales, les analystes soulignent que les institutions de contrôle disposent d’une capacité de détection, mais que les suites judiciaires tardent souvent à se concrétiser. Plusieurs rapports transmis aux parquets restent sans résultats tangibles en termes de poursuites et de condamnations. Le rapport de l’UCREF sur Jean Bernard Joseph illustre encore une fois cette difficulté : « En attendant que de nouvelles informations soient disponibles, ce rapport d’enquête financière est transmis aux autorités judiciaires compétentes », écrit Me Michelin Festable, tout en rappelant que la justice doit désormais agir.

Dans un contexte où l’État haïtien tente de restaurer l’autorité de ses institutions et de combattre la mainmise des réseaux criminels sur les finances publiques, ce nouveau dossier met en exergue l’urgence d’une réponse judiciaire ferme. Pour de nombreux observateurs, la crédibilité des organes de contrôle et la lutte contre la corruption passent par la capacité du système judiciaire à transformer ces rapports en procédures judiciaires effectives et en sanctions exemplaires.