PORT-AU-PRINCE, jeudi 7 août 2025 (RHINEWS)- Lors de la cérémonie officielle de son investiture comme nouveau coordonnateur du Conseil présidentiel de transition (CPT), Laurent Saint-Cyr a prononcé un discours dense et sans concession, mêlant compassion, réalisme et engagement ferme, dans un contexte national marqué par la violence endémique des groupes armés, la misère grandissante de la population et l’effondrement progressif des institutions.
Dès l’entame de son allocution, M. Saint-Cyr a exprimé sa solidarité envers les victimes des violences criminelles. « Je pense tout spécialement à tous nos frères et sœurs qui sont en Haïti, qui souffrent dans leur chair, dans leurs maisons, à cause de la violence de groupes criminels sans foi ni loi. » Il a souligné la situation tragique des personnes déplacées, des enfants privés d’éducation, et des femmes et jeunes filles exposées aux violences. « Ces fourmis travailleuses ont été écrasées, elles ont dû abandonner leur terre dans la terreur. » Il a martelé : « Nous devons combattre ces groupes criminels jusqu’à leur démantèlement total, pour que notre peuple puisse enfin respirer, trouver un répit, et revendiquer le droit de vivre dans la paix et la dignité. »
Dans cette logique de mobilisation collective, le nouveau président du CPT a salué la jeunesse haïtienne qui persiste à croire en un avenir dans leur pays, malgré les périls. « Ils méritent des signaux clairs que leur voix compte, que l’espoir est encore vivant. » Il a aussi adressé un hommage appuyé au secteur privé, aux travailleurs de l’économie formelle et informelle, aux paysans, commerçants et artisans, « qui malgré tous les coups portés, restent debout, continuent de créer des emplois et empêchent l’effondrement total de notre économie. »
La diaspora haïtienne a également été honorée : « Une salutation spéciale à nos frères et sœurs de la diaspora, en particulier ceux qui souffrent en silence loin de chez eux. La diaspora est une grande force pour Haïti. Elle continue de soutenir des millions de familles, d’investir, de s’impliquer activement dans la vie économique et sociale. Leur intégration pleine et entière doit devenir une réalité. »
M. Saint-Cyr a exprimé sa gratitude à la communauté internationale pour sa solidarité continue, tout en appelant à une coopération plus soutenue, notamment en matière de sécurité : « Envoyez plus de soldats, offrez plus de formations. Aidez-nous à mettre en place une force multinationale plus solide, dans le respect de la souveraineté nationale et des droits humains. »
Il a rendu hommage aux forces de sécurité – Police nationale d’Haïti, Forces armées d’Haïti et membres de la force multinationale – pour leur engagement et leur sacrifice : « Ceux qui exposent leur vie pour défendre le peuple et protéger nos concitoyens méritent notre reconnaissance éternelle. »
S’il reconnaît ses racines dans le secteur privé, le coordonnateur a tenu à clarifier sa posture : « Ce n’est un secret pour personne que je viens du secteur privé. Mais je tiens à dire à tous que je suis ici pour servir tous les secteurs, tous les Haïtiens, sans distinction, sans privilège. Tel est mon engagement, telle est ma vision. » Il a affirmé son objectif de préserver l’unité au sein du CPT : « C’est uniquement par la concertation que nous pourrons agir avec efficacité et offrir les résultats que le peuple attend. »
Il a rappelé que le Conseil présidentiel de transition est issu d’un accord politique et non d’un processus électoral : « Nous avons une mission claire : restaurer la sécurité, relancer l’économie, organiser les élections. Il nous faut éviter tout ce qui pourrait compromettre cette mission. »
« Depuis le premier jour, je m’engage au dialogue avec tous ceux qui croient en la justice, la paix et les principes républicains », a-t-il déclaré, annonçant son intention de rencontrer anciens présidents, anciens Premiers ministres, leaders politiques et représentants de la société civile. « Je tends la main, j’écoute, je rassemble. »
Le coordonnateur a souligné que la priorité de la transition reste la sécurité. Il a appelé à un renforcement des moyens humains, logistiques et financiers alloués aux forces de l’ordre, et a insisté sur la nécessité de désarmer les groupes violents, tout en mettant en œuvre des politiques de réintégration des enfants enrôlés par les gangs. « Il est crucial de briser ces chaînes de violence et d’offrir à ces jeunes des alternatives solides, plus simples, loin des armes. »
Se gardant de toute rhétorique démagogique, il a prévenu : « Je ne viens pas faire de belles promesses. Je vous garantis que je mettrai toutes mes forces pour produire des résultats concrets. » Il a répété avec insistance : « Ce n’est plus le temps des discours, mais celui de l’action. Trop de sang a coulé, trop de temps a été perdu. »
M. Saint-Cyr a dénoncé les pratiques clientélistes dans la gestion publique. Il a plaidé pour un système de recrutement basé sur le mérite et l’éthique : « Le mérite doit primer sur l’amitié ou les alliances politiques. » Il a évoqué les jeunes diplômés qui, selon lui, doivent pouvoir obtenir des postes sans se soumettre à l’humiliation, au parrainage ou à la compromission de leur dignité.
Concernant la presse, il a salué le travail rigoureux des médias responsables, tout en alertant contre la montée de la désinformation : « La liberté de la presse est un pilier fondamental de toute démocratie, mais elle doit s’accompagner de responsabilité. »
Le coordonnateur a aussi mis en lumière la détresse économique du pays. « Cela fait trop longtemps que nous ne créons plus de richesse. Une grande partie de la population vit dans l’extrême précarité. » Il appelle à la relance rapide de l’économie par de grands chantiers susceptibles de générer des emplois, le renforcement des programmes d’urgence, notamment pour les déplacés internes, et un soutien ciblé aux jeunes entrepreneurs et aux diplômés. « Malgré les difficultés, Haïti reste un pays d’opportunités. »
Il a invité les partenaires internationaux à accompagner les filières économiques à fort potentiel, notamment dans le Grand Nord et le Grand Sud, tout en intégrant l’université et la recherche dans une stratégie nationale de développement. Il a évoqué une « nouvelle carte de coopération économique où tout le monde y trouve son compte. »
Lucide sur la durée limitée de son mandat de six mois, il a admis que « toutes les grandes réformes structurelles ne pourront être mises en œuvre en six mois », mais il s’est engagé à lancer les fondations d’un changement durable dans les domaines de l’éducation, de la santé, de la culture, du sport, de la formation professionnelle et de l’accès aux soins.
Sur le plan politique, il a réaffirmé son soutien aux travaux du comité de pilotage de la Conférence nationale, se disant ouvert aux critiques émises à l’encontre de l’avant-projet de Constitution : « Nous sommes à l’écoute. Mais je le répète : c’est uniquement ensemble, dans le dialogue, que nous pourrons redéfinir les bases de la gouvernance nationale. »
Enfin, il a appelé à la mobilisation générale en faveur de l’organisation d’élections crédibles : « Il est impératif de rendre au peuple la possibilité de choisir ses dirigeants légitimes. » Il a exhorté les partis politiques, les organisations de la société civile, la population et les partenaires internationaux à se mobiliser autour de ce processus.
Laurent Saint-Cyr a conclu son allocution sur un ton déterminé : « Ce n’est plus le moment de faire de beaux discours. Aujourd’hui, c’est le moment de passer à l’action. Trop de sang a coulé, trop de temps a été perdu. Il est temps que nous nous mettions ensemble pour donner au peuple les résultats qu’il attend. »

