Haïti officialise le 14 août comme fête nationale du Bois-Caïman, acte fondateur de la Révolution…

Image reproduisant la scene de la ceremonie du Bois-Caiman...

PORT-AU-PRINCE, jeudi 7 août 2025 (RHINEWS)– Dans une déclaration empreinte de mémoire historique et de symbolisme politique, le président sortant du Conseil présidentiel de transition (CPT), Fritz Alphonse Jean, a annoncé ce jeudi l’officialisation de la date du 14 août comme fête nationale en Haïti, en hommage à la cérémonie du Bois-Caïman de 1791, acte fondateur de la révolution haïtienne. Cette annonce a été faite à l’occasion de la transmission de la coordination du CPT au conseiller-président entrant, Laurent Saint-Cyr.

« Cette semaine, pour la première fois dans l’histoire du pays, nous allons célébrer officiellement le moment de Bwaka’iman. C’est une première. Et nous en sommes fiers au sein du Conseil présidentiel », a déclaré Fritz Alphonse Jean, dans un discours mêlant français, créole et anglais, prononcé à Cap-Haïtien, à quelques jours des célébrations.

La cérémonie du Bois-Caïman, tenue dans la nuit du 14 août 1791 à Morne-Rouge, est reconnue comme le point de départ du soulèvement des esclaves qui allait mener à l’indépendance d’Haïti en 1804. En érigeant cette date au rang de fête nationale, le Conseil présidentiel entend raviver la conscience historique et symbolique du peuple haïtien. « Un peuple, une nation, ce n’est pas seulement l’environnement physique. C’est aussi, et surtout, l’imaginaire collectif », a souligné Fritz Alphonse Jean, citant des figures mythiques de l’insurrection comme Bookman, Cécile Fatiman et Makandal.

« Notre devoir, comme héritiers de ces grands romans, c’est de les entretenir, de les sauvegarder et de les chérir. C’est ainsi que l’on nourrit l’âme du peuple », a-t-il martelé, rappelant que l’effondrement d’un pays commence souvent par la perte de sa mémoire collective.

Cette initiative s’inscrit dans un effort plus large de réhabilitation des hauts lieux de mémoire en Haïti et de réappropriation des récits fondateurs. « La reconstitution de la mémoire ne peut pas se faire sans la reconstitution persistante des lieux de mémoire », a-t-il insisté.

Fritz Alphonse Jean en a également profité pour rappeler une autre date historique majeure : le 17 avril 1825, marquant le bicentenaire de l’imposition de l’indemnité de 150 millions de francs par la France en échange de la reconnaissance de l’indépendance d’Haïti. Il a salué la nomination de Madame Gusti Gaillard, historienne et universitaire, à la tête de la commission binationale franco-haïtienne chargée d’ouvrir une nouvelle conversation avec la France sur cette « double dette ». « Nous l’avons fait avec embrassement. Il y a plusieurs conversations qui doivent se tenir par rapport à ce que nous avons vécu dans l’histoire de ce pays », a-t-il déclaré.

Enfin, l’ancien président du CPT a dénoncé la mauvaise compréhension internationale de la nature des violences actuelles en Haïti : « Il y a toujours eu cette méprise par rapport à la nature de la violence que nous subissons. Et cette mauvaise appréciation a conduit à un désappui inadéquat face aux défis que nous vivons », a-t-il expliqué.

La passation à Laurent Saint-Cyr s’est ainsi déroulée dans un climat de gravité patriotique, renforcé par l’officialisation d’un symbole fort de la liberté haïtienne. Le 14 août entre désormais dans le calendrier des fêtes nationales aux côtés du 1er janvier (Indépendance) et du 18 mai (Drapeau et Université).

« C’est en reconstruisant l’âme de ce pays que nous pourrons le sauver », a conclu Fritz Alphonse Jean, sous les applaudissements de l’assistance réunie à Cap-Haïtien.