LA GONAVE, mercredi 6août 2025 (RHINEWS) — À quelques heures du passage de témoin au sein du Conseil présidentiel de transition (CPT), l’avocat et professeur de droit constitutionnel Me Sonet Saint-Louis lance un réquisitoire virulent contre ce qu’il qualifie de continuité de l’« élite sauvage » à la tête de l’État haïtien. Le 7 août, Fritz Alphonse Jean cédera en effet la présidence tournante du CPT à Laurent Saint-Cyr, représentant du secteur privé.
Selon Me Saint-Louis, cette rotation à la tête du pouvoir exécutif ne représente aucun changement de cap. « L’élite sauvage aux commandes d’Haïti depuis quelques décennies va encore renforcer la bêtise et la stupidité », écrit-il dans une déclaration datée du 5 août 2025.
Laurent Saint-Cyr, président de la Chambre de commerce et d’industrie d’Haïti et jusqu’ici inconnu de l’administration publique, est décrit par le professeur comme « un consommateur inutile des fonds du Trésor public ». Il l’assimile à ses collègues du CPT, accusés collectivement d’assurer « la stratégie du pillage de l’État d’Haïti ».
Dans sa critique, Me Saint-Louis revient sur la mise à l’écart du Premier ministre Ariel Henry, aujourd’hui détenu aux États-Unis. Il rappelle que ce dernier avait été nommé par feu le président Jovenel Moïse peu avant son assassinat. « Cette gouvernance ne se distingue en rien de celle du Dr Ariel Henry », affirme-t-il, en soulignant que le renversement du chef du gouvernement par une initiative internationale pourrait, selon lui, relever du droit international comme un coup d’État.
Me Sonet Saint-Louis ne ménage pas non plus le président sortant du CPT, Fritz Alphonse Jean. Il l’accuse de n’avoir démontré aucune compétence économique malgré sa réputation d’économiste. « C’est ce manipulateur hors pair qui, pendant de longs mois, s’est mis avec le secteur privé pour gouverner ensemble le pays », écrit-il, avant de souligner l’ironie de ses dénonciations du même secteur privé.
Il révèle également l’existence d’un dossier de corruption contre M. Jean, « en traitement au cabinet d’instruction, déposé dans les tiroirs depuis le départ du juge Lamarre Bélizaire », affirmant qu’« une affaire connue de tous » pèse sur le président en fin de mandat.
« Le “président” en fin de “mandat” n’est pas meilleur que son collègue Saint-Cyr », tranche Me Saint-Louis, dénonçant une collusion entre les deux dans une présidence tournante « dansée sur les dépouilles de la République ».
L’arrivée de Laurent Saint-Cyr à la tête du CPT fait craindre à certains, selon Me Saint-Louis, une « prise de pouvoir totale du secteur privé ». Il cite les noms de deux figures centrales : « Didier Fils-Aimé, un ancien allié de René Préval, et Laurent Saint-Cyr, le délégué du secteur privé au sein du CPT ». Cette dualité au sommet de l’exécutif est perçue comme une menace directe à l’intérêt général.
« La défense de l’intérêt général — le but ultime que poursuit l’État — risque d’être compromise ou noyée dans les intérêts privés », avertit le professeur de droit, tout en rejetant tout discours purement racialiste. « Le discours anti-mulâtre est signé d’imbécillité », écrit-il, dénonçant une diversion qui masque la faillite collective de toutes les élites haïtiennes, sans distinction.
Pour Me Saint-Louis, la création du CPT n’a fait qu’institutionnaliser la déchéance. « Ce n’était pas la formule politique qui aurait pu fonctionner », soutient-il, estimant que « l’international et les acteurs locaux l’avaient voulue ainsi ». Il en appelle à une prise de conscience nationale : « C’est collectivement que nous avons choisi de nous tromper. »
Selon lui, l’échec du développement d’Haïti « est le résultat combiné du crétinisme et de l’incompétence de toutes les classes sociales et tendances idéologiques qui se sont illustrées au pouvoir ». Il fustige « ceux qui, dans une logique de manipulation de la conscience nationale, activent la question de la couleur », au lieu d’assumer leur échec et de rendre des comptes.
La transition du 7 août est perçue par Me Saint-Louis comme un non-événement dans la chronique d’un échec annoncé. « Fritz Jean s’en va donc et Laurent Saint-Cyr arrive. La tragédie haïtienne se poursuivra », prédit-il, ajoutant que le nouveau président aura « six mois pour continuer la catastrophe haïtienne qui les conduira tous dans le dépotoir de l’histoire ».
Dans une tonalité plus constructive, l’auteur lance un appel à une refondation. Il insiste sur le rôle des élites dans la transformation de la société haïtienne. « Une élite véritable assume ses responsabilités dans son propre pays », dit-il, soulignant que « notre politique est celle qui s’étend sur la longue durée. »

