PORT-AU-PRINCE, mercredi 6 août 2025 ( RHINEWS)- Dans une correspondance officielle adressée au ministre de l’Éducation nationale, Augustin Antoine, également président du Conseil d’administration du Fonds National de l’Éducation (FNE), la Centrale Unitaire des Travailleurs/euses des Secteurs Public et Privé d’Haïti (CUTRASEPH) tire la sonnette d’alarme sur un « dysfonctionnement ou fonctionnement hors norme » de cet organisme public clé, et exige un audit approfondi de ses récentes gestions, y compris celle de la Directrice Générale en poste, Madame Sterline Civil.
Dans cette lettre cosignée par le Secrétaire général Josué Mérilien et plus d’une douzaine de membres du directoire, la centrale syndicale interpelle directement le ministre : « Le FNE est placé sous la tutelle du ministère chargé de l’éducation nationale et de la formation professionnelle et donc sous votre garde […]. Vous avez la responsabilité de veiller à sa bonne marche », écrivent les signataires.
L’élément déclencheur de cette intervention est l’absence de réunion du Conseil d’administration depuis « plus de quatre longs mois », une situation que la CUTRASEPH considère comme une violation manifeste de l’article 11 de la loi du 17 août 2017 régissant le FNE, qui stipule que le Conseil d’administration doit se réunir « à l’ordinaire au moins une fois par mois ».
Le non-fonctionnement du Conseil d’administration laisserait un vide institutionnel potentiellement propice à des dérives, s’inquiète la centrale. « Pendant ces quatre mois où le Conseil d’Administration ne s’est pas réuni ni à l’ordinaire, ni à l’extraordinaire, à qui l’actuelle Directrice Générale, Madame Sterline CIVIL, a-t-elle rendu compte ? », interroge-t-elle, évoquant un « boulevard laissé pour toutes sortes de mauvaises pratiques administratives, à la corruption, au népotisme, etc. »
La CUTRASEPH soupçonne également un silence complice de la part de la Directrice Générale, censée, selon la loi, demander elle-même une réunion extraordinaire du Conseil dans son rôle de Secrétaire exécutive : « Serait-elle assez confortable dans cette situation suspecte pour ne pas se permettre de produire une telle demande aussi salutaire ? Combien d’actions occultes ont été perpétrées durant ces quatre mois ? », s’interroge encore la lettre.
La centrale rappelle la mission fondamentale du FNE : « participer à l’effort de l’éducation pour tous et toutes » en Haïti, notamment par la gestion de fonds pour les frais de scolarité, la construction d’infrastructures et le soutien aux étudiants. Mais elle déplore que cette mission soit sabotée par la mauvaise gouvernance : « Combien de parents, notamment ceux pourchassés par les gangs, se retrouvent dans l’impossibilité de payer les frais de scolarité de leurs enfants ? […] Combien d’étudiants haïtiens à l’étranger attendent en vain un appui financier du FNE ? »
Pour la CUTRASEPH, cette situation est le résultat direct d’une « gestion opaque », du « clientélisme », et d’un Conseil d’administration devenu inopérant. Elle accuse le ministre Augustin Antoine d’avoir laissé passer quatre mois sans convoquer le Conseil, contrairement aux prescriptions de la loi, et souligne les « risques d’arrestation, d’emprisonnement » auxquels pourrait s’exposer l’administration civile du Fonds si ces pratiques venaient à être judiciairement examinées.
En conclusion, la CUTRASEPH lance un appel urgent au redressement de la situation : « La réalisation en urgence d’un audit sur les administrations passées et celle de Madame Sterline CIVIL, ne se révèle-t-elle pas nécessaire ? », insistent les signataires, espérant « une suite célère » de la part du ministre.
La correspondance a également été transmise aux autres membres du Conseil d’administration du FNE, à plusieurs ministres du gouvernement ainsi qu’à Madame Sterline Civil elle-même.
Le ministère de l’Éducation n’avait pas encore réagi aux accusations au moment de la publication.

