Haïti-Politique: « Faux débats et vraies continuités » : Hugues Célestin dénonce la duplicité des élites et la tutelle persistante des États-Unis…

Hugues Celestin, Sociologue et ancien depute de Quartier-Morin...

QUARTIER-MORIN (Nord), mardi 5août 2025 (RHINEWS)- Dans un texte au vitriol intitulé « Faux débats et vraies continuités », le sociologue et ancien député de Quartier-Morin, Hugues Célestin, dénonce sans détour ce qu’il appelle « la tragédie cyclique des élites haïtiennes soumises », tout en pointant du doigt la responsabilité constante des puissances étrangères, en particulier des États-Unis, dans la fabrication et le maintien des crises politiques haïtiennes.

Reprenant l’exemple irakien comme miroir cruel de la trajectoire haïtienne, Célestin évoque le renversement de Saddam Hussein comme une leçon de realpolitik néocoloniale : « On est utile jusqu’à ce qu’on gêne », résume-t-il. Pour lui, Haïti rejoue à l’infini ce scénario, avec des acteurs interchangeables, mais des logiques invariables. « Il faut une dose remarquable d’innocence ou d’amnésie pour croire qu’on peut servir l’Empire sans être sacrifié au premier virage », écrit-il.

Alors que la date symbolique du 7 août, marquant le transfert de coordination du Conseil Présidentiel de Transition (CPT), approche, Hugues Célestin critique vertement l’émergence de « résistants de dernière heure », qu’il qualifie d’indignés circonstanciels. Ces derniers dénoncent aujourd’hui une prise en main du pouvoir par les élites économiques, mais, selon lui, étaient parfaitement silencieux lorsque la première version du CPT, composée de Fritz Alphonse Jean, Edgard Leblanc Fils et Lesly Voltaire, consolidait les mêmes intérêts.

« Tant que leurs messies respectifs siégeaient dans le fauteuil du coordonnateur et géraient la façade, tout allait pour le mieux dans la république des arrangements opaques », ironise-t-il. Pour Célestin, la continuité du pouvoir réel – économique, étranger, mafieux – n’a jamais été interrompue, et ce changement d’équipe au CPT ne serait qu’un « changement cosmétique au service des mêmes maîtres ».

Il revient également sur le rôle du Département d’État américain, qu’il accuse de diriger dans l’ombre tous les processus politiques en Haïti. « Le CPT, c’est le dernier gadget institutionnel fabriqué aux USA, vendu sous le label “transition démocratique”, livré avec un manuel d’usage rédigé par le Département d’État », affirme-t-il. Selon lui, les membres du Conseil sont « soigneusement triés, testés, formatés pour ne jamais déranger le pouvoir de l’Internationale, des classes dominantes locales et de la mafia économique ».

La récente arrestation de l’ex-sénateur Nenel Cassy est interprétée par Célestin comme un message politique clair envoyé à ceux qui voudraient « tousser à contretemps » : « Sa tête brandie comme un trophée, trône désormais dans le salon VIP de l’ambassade américaine », écrit-il, qualifiant la procédure de mise en scène servile par un État sous-traitant.

Hugues Célestin revient aussi sur la mémoire de l’occupation américaine de 1915, qu’il estime toujours active sous des formes modernisées : « Les fusils ont cédé la place aux accords humiliants, les soldats d’occupation avancent masqués sous les titres de “conseillers techniques”, “envoyés spéciaux” ou “partenaires stratégiques” », affirme-t-il. Pour lui, le CPT – quel que soit le profil de ses membres – n’est que le bras civil d’un projet de domination sous habillage transitionnel.

L’ancien parlementaire en appelle à une rupture franche avec le système de dépendance structurelle qui selon lui enchaîne le pays à une tutelle sans fin : « La liberté ne s’obtient ni par protocole diplomatique, ni par consensus entre élites complices, ni par nomination étrangère. Il faut renvoyer les nouveaux Conze ; signer leurs feuilles de route ailleurs et affirmer haut et fort que seule une souveraineté populaire, arrachée par les masses, pourra clore ce feuilleton tragique des transitions sous tutelle ».