Affaire Shelson Sanon: Une correspondance confidentielle du Parquet, retrouvée en possession de Shelson Sanon, confirme l’absence de tout appel avec Pierre Espérance en prison, selon la DCPJ…

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PORT-AU-PRINCE, mardi 5 août 2025 (RHINEWS)Une correspondance officielle de la compagnie Digicel Haïti adressée à Gérald Norgaisse, alors Commissaire du Gouvernement de Port-au-Prince, révèle de troublants éléments dans le cadre d’une enquête portant sur plusieurs numéros de téléphone, notamment ceux de Pierre Espérance, directeur exécutif du RNDDH, et de Shelson Sanon, figure controversée récemment inculpée.

La lettre, datée du 20 février 2023, fait suite à une requête formelle du Parquet en date du 9 février 2023, dans laquelle le substitut-commissaire Gérald Norgaisse demandait la transmission des relevés d’appels entrants et sortants entre les numéros 4749-0511 et 3776-2101 pour la période allant du 2 janvier au 7 février 2023.

« Le Département Juridique de la Unigestion S.A., opérant sous le nom commercial Digicel, s’empresse de vous communiquer les appels entrants et sortants entre les numéros de téléphone 4749-0511 et 3776-2101 pour la période du 2 janvier au 7 février 2023, ce sous toutes réserves généralement quelconques », indique la lettre.

Mais cette correspondance, aujourd’hui rendue publique, a été retrouvée en possession de Shelson Sanon lors d’une perquisition menée par la Direction Centrale de la Police Judiciaire (DCPJ). Fait plus grave encore, cette note sensible a également été partagée avec l’avocat de Sanon, ce qui pose des questions fondamentales sur la confidentialité des actes d’enquête judiciaire en Haïti.

Le document laisse entrevoir une tentative de géolocalisation indirecte, via les relevés d’appels, visant potentiellement à retracer les déplacements de Pierre Espérance, en plus d’identifier ses communications. En effet, les informations demandées ne se limitaient pas à des appels directs, mais visaient l’entourage téléphonique élargi de plusieurs personnes.

Digicel, dans sa réponse, précise également que les recherches effectuées n’ont révélé aucune communication entre plusieurs autres numéros mentionnés par le Parquet, à savoir : 4902-6707, 4849-2190, 3738-3636, ainsi qu’un quatrième numéro non cité dans la retranscription initiale.

« Après des recherches effectuées au sein du département concerné, il n’y a pas eu d’appels entre les numéros de téléphones 4902-6707, 4849-2190 et 3738-3636 », confirme la correspondance.

Ce détail est capital : contrairement aux affirmations publiques antérieures de Shelson Sanon, aucune trace de conversation entre lui et Pierre Espérance pendant son incarcération n’a été retrouvée, selon ce document officiel, ce qui affaiblit considérablement ses déclarations médiatiques accusant ce dernier de connivence.

Ces révélations jettent une lumière crue sur les méthodes employées dans le cadre de cette affaire, à la croisée de la justice, de la politique et de la sécurité publique. Elles soulèvent de graves interrogations sur l’usage des institutions judiciaires à des fins de représailles ou de surveillance illégitime, ainsi que sur la compromission de procédures censées rester confidentielles.

La divulgation de documents judiciaires à des individus ou à leurs avocats avant toute ordonnance officielle constitue une violation des règles de procédure et pourrait faire l’objet de poursuites disciplinaires ou pénales.

À ce jour, ni Digicel, ni l’ancien Commissaire Norgaisse, ni le Parquet de Port-au-Prince n’ont fourni d’explication publique sur cette fuite. La DCPJ, de son côté, n’a pas encore commenté officiellement les implications de la découverte de cette lettre chez Shelson Sanon. Une enquête interne serait toutefois en cours.