NEW YORK, lundi 19 octobre 2026 (RHINEWS) – Plus de 1 000 personnes ont été tuées et plus de 100 autres enlevées en Haïti entre juillet et septembre, a annoncé lundi au Conseil de sécurité le chef du Bureau intégré des Nations unies en Haïti (BINUH), Carlos Ruiz Massieu. Réuni sur la crise haïtienne, le Conseil a également entendu plusieurs condamnations de l’embuscade menée la veille contre quatre militaires salvadoriens, dont les autorités de leur pays cherchaient toujours à établir la localisation.
« Au moment où je vous présente cet exposé, les gangs armés continuent de défier l’autorité de l’État et d’infliger des violences à la population haïtienne, tandis que les forces de sécurité, avec le soutien croissant de la Force de répression des gangs, ont intensifié leurs opérations », a déclaré M. Ruiz Massieu, représentant spécial du secrétaire général de l’ONU en Haïti.
Il s’est dit préoccupé par les informations concernant l’embuscade contre les militaires salvadoriens. Selon lui, les groupes armés recourent de plus en plus aux attaques de représailles contre les communautés, aux prises d’otages et à d’autres formes d’intimidation pour affaiblir l’autorité de l’État et terroriser les civils.
Les violences sexuelles demeurent très répandues et les groupes d’autodéfense poursuivent leur expansion, a-t-il indiqué. Le recrutement d’enfants et les déplacements massifs de population figurent également parmi les préoccupations évoquées au cours de la séance.
L’ambassadrice du Salvador, Egriselda López, a précisé que les quatre hommes visés par l’attaque étaient des techniciens de l’aviation de son pays. Ils ont été pris dans une embuscade tendue par des groupes criminels lourdement armés.
« Au cours de l’attaque, les groupes criminels ont utilisé des armes à feu et des engins explosifs, incendiant le véhicule », a-t-elle déclaré. Les hélicoptères déployés en appui ont également essuyé des tirs, selon son intervention.
Mme López a indiqué que les efforts se poursuivaient pour établir le contact avec les techniciens et déterminer où ils se trouvaient. Elle n’a annoncé aucun bilan humain les concernant.
« Cet incident rappelle les graves risques auxquels sont confrontés les personnels qui contribuent aux efforts internationaux visant à assurer la sécurité en Haïti », a-t-elle souligné, remerciant les délégations pour leur solidarité et appelant le Conseil à protéger les participants à ces opérations.
Le représentant des États-Unis, Michael G. Waltz, a condamné une « attaque horrible », précisant que les quatre militaires salvadoriens regagnaient leur base après s’être rendus dans un marché à l’extérieur de Port-au-Prince.
S’adressant aux chefs de gangs, il a averti : « Si vous pensez pouvoir intimider cette coalition pour la contraindre à battre en retraite, vous commettez une terrible erreur. »
Selon M. Waltz, cette attaque souligne la nécessité d’une nouvelle approche de l’assistance sécuritaire internationale. Il a accusé les groupes armés de priver les Haïtiens de libertés élémentaires : « exercer un travail honnête, circuler dans leurs propres rues et envoyer leurs enfants à l’école sans crainte ».
« Ce Conseil doit au peuple haïtien mieux que la poursuite des pratiques habituelles », a-t-il déclaré, rappelant que les Nations unies déploient des missions en Haïti depuis 1993, avec une succession de rapports, de réunions d’information et de résolutions.
Il a présenté la nouvelle force comme une « mission dotée de moyens d’action », soutenue par une « coalition de pays volontaires ». Tout en désignant les gangs comme la principale menace sécuritaire, il a estimé que leur défaite ne constituait qu’une partie du travail nécessaire pour permettre aux Haïtiens de reprendre possession de leur pays. « Ils aspirent à une vie normale », a-t-il ajouté.
Le représentant spécial de la Force de répression des gangs (FRG), Jack Christofides, a annoncé que ses effectifs avaient dépassé 2 000 personnes provenant de six pays contributeurs, soit, selon lui, un peu plus du tiers de l’effectif autorisé. Des contingents supplémentaires sont attendus d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine.
Il a toutefois souligné que l’augmentation des engagements en personnel ne suffisait pas à assurer les déploiements, qui nécessitent aussi des équipements, un soutien logistique et des financements.
« Envoyer des militaires et des policiers sur le terrain sans les outils appropriés met en danger à la fois notre personnel et les civils haïtiens », a-t-il averti. La force et ses partenaires travaillent à accélérer l’acheminement du matériel et de l’appui logistique nécessaires.
« La force produit des résultats avec les moyens dont elle dispose », a affirmé M. Christofides, expliquant qu’elle concentrait ses opérations dans des secteurs prioritaires afin d’éviter de disperser ses ressources limitées.
Agissant de manière autonome ou aux côtés de la Police nationale d’Haïti, elle a démantelé des barricades, saisi des armes, partagé des renseignements avec les autorités et contribué à réduire l’influence des gangs dans plusieurs zones, a-t-il indiqué.
« Nous devons reconnaître ces progrès sans les exagérer. Les gangs mettent la FRG à l’épreuve », a-t-il toutefois prévenu, faisant état d’une augmentation des incidents hostiles et des représailles violentes contre les communautés locales. Il a notamment cité l’attaque de dimanche contre les personnels de la force.
M. Christofides a assuré que toutes les opérations avaient été conduites dans un cadre de maintien de l’ordre et conformément aux normes relatives aux droits humains. Les personnes interpellées sont remises aux autorités haïtiennes dans un délai de 48 heures, tandis que des garanties particulières sont prévues pour les enfants.
« Déloger les gangs d’une zone constitue une étape importante, mais ce n’est pas une fin en soi », a-t-il déclaré. La force a été créée pour « aider les autorités haïtiennes à reprendre le dessus, et non pour remplacer l’État ».
La cheffe du Bureau d’appui des Nations unies en Haïti (UNSOH), Daniela Kroslak, a présenté les progrès réalisés dans les quatre domaines prioritaires de son bureau, à commencer par le soutien au déploiement et à l’expansion de la FRG.
« Lorsque j’ai présenté mon dernier exposé au Conseil en juillet, la force comptait un peu plus de 1 000 personnes. Depuis, l’UNSOH a soutenu des déploiements supplémentaires du Bangladesh, du Tchad, du Guatemala et du Sri Lanka, doublant les effectifs de la force sur le terrain », a-t-elle indiqué.
Elle a fait état des efforts engagés pour surmonter les difficultés liées à la préparation des contingents, à la disponibilité des équipements et à leur transport. Elle prévoit « une accélération importante des déploiements d’ici à la fin de 2026 », susceptible d’augmenter sensiblement les effectifs présents en Haïti.
Mme Kroslak a affirmé que le Département de l’appui opérationnel et l’UNSOH avaient accordé une attention particulière à la maîtrise des coûts tout en assurant des déploiements rapides. Le bureau adapte ses infrastructures et ses dispositifs logistiques afin de recevoir, d’héberger et de soutenir les nouveaux contingents.
Depuis juillet, il a appuyé plusieurs opérations en fournissant des moyens de transport, des communications, du carburant, des rations et une assistance médicale. Un accord définit par ailleurs les responsabilités respectives de l’UNSOH et du BINUH, ainsi que des objectifs mesurables et des mécanismes de responsabilité réciproque.
Le renforcement des capacités institutionnelles de l’UNSOH constitue sa quatrième priorité, a-t-elle précisé. Le bureau poursuit ses recrutements et entend accroître le recrutement national grâce à des partenariats avec les universités, le secteur privé et les réseaux professionnels haïtiens.
« Nous sommes prêts à accueillir et à soutenir des contingents supplémentaires dès qu’ils seront prêts à être déployés, tout en continuant à fournir au BINUH l’ensemble des services prescrits par le Conseil », a-t-elle déclaré.
Sur le plan politique, Carlos Ruiz Massieu a fait état de progrès dans les préparatifs électoraux, malgré l’insécurité. Selon lui, ces préparatifs ont atteint un niveau d’avancement inédit depuis plus d’une décennie, avec l’inscription de plus de 35 partis et regroupements politiques et de plus de 3 500 candidats.
Il a également cité la prolongation récente de la période d’inscription des candidats, les dispositions facilitant les candidatures féminines et l’introduction de l’inscription électorale en ligne comme des mesures favorisant un processus plus participatif et inclusif. Le nombre d’électeurs inscrits demeure toutefois très inférieur à l’électorat estimé, a-t-il relevé.
Alors que les élections présidentielle et législatives sont annoncées pour le 13 décembre, le chef du BINUH a souligné que les autorités électorales réexaminaient le calendrier. Tout ajustement doit, selon lui, reposer sur une appréciation réaliste des conditions logistiques et sécuritaires.
« Il faut être clair : l’annonce répétée de dates électorales sans une véritable évaluation de leur faisabilité ne fait qu’affaiblir la crédibilité des institutions haïtiennes », a-t-il averti.
Il a demandé une coopération étroite entre le gouvernement et le Conseil électoral provisoire, dans le respect de leurs mandats respectifs. Le BINUH continuera d’élargir ses échanges avec les partis politiques, la société civile et les autres acteurs concernés, a-t-il ajouté.
Le représentant permanent adjoint d’Haïti, Wien-Weibert Arthus, a insisté sur la nécessité d’interrompre les circuits transnationaux qui approvisionnent les gangs en armes et en munitions, lesquelles, a-t-il rappelé, « ne sont pas fabriquées en Haïti ».
Il a demandé la pleine application de la résolution 2831 (2026), qui, selon son intervention, appelle les États membres à prendre des mesures urgentes pour mettre fin aux flux illicites d’armes vers le pays.
Le budget national récemment adopté consacre des ressources importantes au renforcement de la police et des forces armées, a-t-il indiqué, tout en reconnaissant que « les opérations de sécurité ne suffiront pas à elles seules ».
M. Arthus a évoqué les efforts gouvernementaux de désarmement, de démantèlement et de réinsertion, le programme de réduction de la violence communautaire et les mesures destinées à assurer une prise en charge adaptée des enfants recrutés par les gangs.
Il a salué le lancement du Fonds pour les dividendes de la paix, conduit conjointement par le gouvernement haïtien et les Nations unies, comme un moyen de transformer les avancées sécuritaires en possibilités de paix, de justice et de relèvement des communautés.
Réaffirmant l’engagement des autorités en faveur d’élections « libres, crédibles, inclusives et transparentes », il a mentionné les consultations politiques, la révision du décret électoral, l’inscription des électeurs et des candidats ainsi que les crédits budgétaires affectés aux activités électorales.
« Piti piti, zwazo fè nich », a-t-il déclaré, citant le proverbe créole selon lequel, petit à petit, l’oiseau fait son nid.
« Notre objectif commun n’est pas simplement de contenir la violence, mais d’empêcher sa résurgence, de rétablir la confiance dans les institutions et de créer les conditions d’une paix durable et d’un retour à l’ordre constitutionnel », a-t-il ajouté.
Le représentant de la République dominicaine, Wellington Darío Bencosme Castaños, a demandé que la FRG atteigne sa pleine capacité opérationnelle. Il a, pour sa part, situé ses effectifs à moins du tiers du niveau prévu, alors que les violences s’étendent aux zones rurales et à de nouveaux départements.
« Chaque contingent qui arrive élargit le territoire qui peut être reconquis ; mais chaque retard donne aux gangs le temps de se regrouper », a-t-il déclaré.
Saluant la prorogation de six mois du mandat de la force, il a plaidé pour une prolongation plus longue en mars afin de rendre les déploiements et les opérations plus prévisibles.
« Une force pleinement déployée contribuera à créer les conditions permettant à la société haïtienne de commencer à retrouver une vie normale et au peuple haïtien de reprendre en main son destin », a-t-il affirmé.
Les progrès sécuritaires doivent ouvrir la voie à des élections libres, légitimes et inclusives, a-t-il poursuivi. Il a également demandé un relèvement économique et social ainsi que des perspectives pour les jeunes afin de prévenir leur recrutement par les gangs, saluant le Fonds pour les dividendes de la paix comme un soutien aux initiatives haïtiennes de désarmement, de réintégration et de justice.
Le vice-ministre mexicain chargé des Affaires multilatérales et des Droits humains, Enrique Ochoa, a insisté sur la protection des femmes et des enfants. Les Haïtiens doivent conduire le processus de stabilisation comme des « participants actifs », a-t-il déclaré.
Il a affirmé que la représentation des femmes parmi les candidats restait très inférieure au quota légal de 30 % et a demandé des mesures garantissant leur participation effective. Il a aussi appelé à renforcer la protection des personnes ayant subi des violences sexuelles et à proposer aux jeunes des solutions viables pour échapper au recrutement des groupes armés.
« Seule une approche globale — qui protège les femmes et les jeunes, renforce les institutions nationales et répond aux besoins humains fondamentaux — permettra de jeter les bases d’une paix juste, inclusive et durable », a-t-il déclaré, réaffirmant le soutien du Mexique.
Il a également demandé une mobilisation internationale accrue pour l’aide humanitaire, indiquant qu’au 6 octobre, le plan de réponse humanitaire pour Haïti n’était financé qu’à hauteur de 48,7 %.
L’ambassadeur du Panama, Eloy Alfaro de Alba, a pour sa part demandé que la protection des civils soit placée « au cœur de toute réponse sécuritaire ». Il a souligné que des communautés entières subissaient des représailles liées aux opérations de la FRG, évoquant des habitants « qui souffrent déjà des conséquences de cette violence et deviennent ensuite les cibles de nouvelles atrocités ».
« De tels actes ne peuvent rester impunis », a-t-il affirmé.
Saluant les recommandations du secrétaire général sur le désarmement, la démobilisation et la réintégration, ainsi que le Fonds pour les dividendes de la paix, il a estimé que « la réponse sécuritaire ne peut progresser de manière isolée ».
Le diplomate panaméen a plaidé pour une stratégie coordonnée, adaptée aux besoins du pays, et pour un processus politique inclusif « conduit par les Haïtiens eux-mêmes ». Il a exhorté les acteurs politiques et sociaux à privilégier le dialogue afin de réunir les conditions nécessaires à des élections libres et crédibles.
« L’assistance internationale en matière de sécurité doit être temporaire », a-t-il ajouté, soulignant la nécessité de renforcer les capacités de l’État haïtien.

