SAINT-DOMINGUE, lundi 19 octobre 2026 (RHINEWS) – La Fondation Zile a demandé aux autorités dominicaines de revoir l’interdiction faite aux sélections et aux clubs haïtiens de disputer des matchs dans les installations sportives du pays et d’en préciser la portée, notamment pour les équipes de la communauté haïtienne établies en République dominicaine.
Dans une note de presse datée du 18 octobre, cette organisation binationale qualifie la mesure de disproportionnée et estime qu’elle risque de porter préjudice aux relations entre les deux peuples. Elle réclame une disposition formelle précisant ses conditions d’application et sa durée.
Cette prise de position intervient après des déclarations du ministre dominicain des Sports, Kelvin Cruz, concernant la rencontre entre le Violette Athletic Club d’Haïti et le Portmore United de Jamaïque, initialement prévue le mardi 20 octobre au stade Cibao FC de Santiago, dans le cadre des demi-finales du tournoi des Clubs champions des Caraïbes de la Concacaf.
Selon la Fondation, le Violette utilise cette enceinte depuis 2022, moyennant une redevance par match, sans difficulté. L’organisation souligne qu’il s’agit d’une installation privée située sur le campus de l’Université pontificale catholique Mère et Maîtresse (PUCMM).
Edwin Paraison, directeur exécutif de la Fondation Zile, a dénoncé un manque de clarté dans les annonces officielles. Selon lui, une première interdiction générale semblait viser la sélection masculine haïtienne, avant qu’une précision ne l’autorise à jouer comme visiteuse, mais pas comme équipe locale. Les clubs haïtiens ont ensuite été expressément inclus dans la mesure, a-t-il relevé.
« Si chaque nouveau match oblige le ministre à formuler une nouvelle clarification, il est évident que la communication initiale a été très confuse. Il faut une disposition formelle qui établisse la portée, les conditions et la durée de la mesure », a déclaré M. Paraison.
D’après la note, la controverse fait suite à une rencontre de la Ligue des nations de la Concacaf disputée le 1er octobre au stade olympique Félix Sánchez et remportée 4-1 par Haïti. La Fondation rappelle que le ministre avait lui-même salué le succès de cet événement, auquel avaient assisté une majorité de supporters haïtiens.
L’organisation explique cette affluence par le fait qu’il s’agissait, selon elle, du premier match de la sélection haïtienne sur l’île après sa participation à la Coupe du monde. Des supporters avaient effectué le déplacement depuis Haïti, les États-Unis, le Canada, la France et les Antilles, rejoignant ceux de la communauté haïtienne résidant en République dominicaine.
Pour illustrer la diversité de cette communauté, la Fondation cite près de 15 000 Haïtiens enregistrés auprès de la sécurité sociale, environ 12 000 étudiants universitaires et plus de 244 000 personnes inscrites dans le cadre du Plan national de régularisation des étrangers (PNRE) depuis 2014-2015.
Concernant les incidents aux accès du stade, la Fondation estime qu’ils doivent être examinés au regard des défaillances dans l’organisation et la gestion de la foule. Selon son récit, des milliers de spectateurs se trouvaient déjà à l’intérieur alors que d’autres attendaient encore pour entrer, lorsqu’une bousculade s’est produite et que la porte 22 a cédé.
La Fondation affirme que les dégâts ont été réparés aux frais de la Fédération dominicaine de football, laquelle aurait assumé la responsabilité des désagréments et reconnu des défaillances dans l’organisation.
« Un incident localisé et des déclarations d’un joueur jugées offensantes ne justifient pas d’étendre une sanction à des équipes et des sportifs étrangers à ces faits. Il convient de définir les responsabilités et de tirer les leçons de cette expérience pour faire mieux à l’avenir », a soutenu M. Paraison.
L’organisation s’inquiète également des conséquences possibles de cette interdiction sur les équipes de la communauté haïtienne participant aux compétitions locales, les visites d’équipes universitaires et les rencontres organisées pour favoriser les échanges entre les deux pays, dont son tournoi annuel d’amitié dominico-haïtien.
« Nous prenons une direction qui pourrait menacer la pratique du football et la participation de joueurs et de supporters haïtiens au niveau local », a averti son directeur exécutif, qui demande que les autorités précisent expressément si ces activités sont exclues de la mesure.
M. Paraison a par ailleurs déploré ce qu’il présente comme l’influence de secteurs nationalistes sur le dialogue sportif. Il a souligné que des milliers d’Haïtiens et de Dominicains avaient partagé les tribunes le 1er octobre dans une ambiance festive, chacun avec son drapeau national, tandis que les joueurs avaient adopté un comportement respectueux sur le terrain.
« Il est décevant qu’une démonstration de convivialité finisse éclipsée par des discours d’hostilité. Le sport doit nous aider à renforcer le respect mutuel et l’amitié », a-t-il déclaré.
La Fondation Zile préconise un dialogue urgent entre les autorités sportives et les fédérations des deux pays, en coordination avec la Concacaf, afin d’établir un protocole définissant les dispositions de sécurité, les règles d’organisation, les conditions d’utilisation des installations et les responsabilités de chaque partie.
Elle renouvelle également sa demande d’une enquête indépendante de la Concacaf sur les événements survenus au stade olympique Félix Sánchez.
« Nous exhortons à revoir cette interdiction et à éviter que les tensions politiques ne ferment des espaces de rencontre », a conclu M. Paraison.

