Haïti plongé dans un “Far West” de violence et de désespoir, dénonce l’expert de l’ONU William O’Neill…

William O'Neil, expert independant de l'ONU pour Haiti...

Entre gangs armés, groupes d’autodéfense devenus hors-la-loi et responsables publics agissant dans l’impunité, Haïti s’enfonce dans une spirale de violence et de désespoir. L’expert de l’ONU William O’Neill compare la situation à celle du « Far West », tout en affirmant qu’avec une action internationale résolue, « Haïti n’est pas une cause perdue »…

PORT-AU-PRINCE, dimanche 17 août 2025 (RHINEWS) – La situation en Haïti, minée par l’expansion des gangs armés, la prolifération de groupes d’autodéfense transformés en entités criminelles et l’impunité de responsables publics, s’apparente de plus en plus à celle du “Far West”, selon William O’Neill, expert indépendant désigné par l’ONU pour les droits humains en Haïti.

« Tant que les institutions restent aussi faibles, vous avez un Far West comme dans les vieux films américains, où le shérif est à la fois juge, jury et bourreau », a-t-il déclaré, dénonçant une spirale alimentée par la désespérance. Plus de 1,3 million de personnes sont déplacées et la moitié de la population souffre de la faim. « Le désespoir n’est pas une idée abstraite en Haïti, c’est une réalité vécue », a-t-il insisté.

O’Neill, qui s’est entretenu avec de nombreux jeunes enrôlés par les gangs, raconte avoir rencontré « un garçon d’environ 12 ans, enfant des rues abandonné par sa famille. Un gang lui a promis un repas chaud par jour et un peu d’argent en échange de faire le guetteur. » Comme lui, d’autres mineurs ont rejoint les gangs par pauvreté, par manque d’options et d’espoir.

La vie quotidienne des Haïtiens est décrite comme « un enfer sur terre ». « C’est comme une mafia criminelle qui vit aux dépens de la population », a expliqué l’expert, rappelant que les droits fondamentaux — à la vie, à la santé, à l’alimentation, à l’eau potable, à l’éducation et au logement — sont gravement compromis.

Dans ses échanges avec la population de Port-au-Prince, O’Neill reconnaît la difficulté d’apporter autre chose qu’une voix de plaidoyer. « Nous disons combien il est important de dire la vérité sur ce qui se passe et de lutter contre l’impunité, qui est l’un des plus grands problèmes en Haïti. Trop souvent, des gens ont commis des meurtres en toute impunité, et un pays ne peut pas survivre ainsi », a-t-il affirmé.

Le rapport des Nations unies a mis en lumière le cas du commissaire du gouvernement de Miragoâne, accusé d’avoir exécuté plus de 80 personnes en toute impunité. « Perversément, il est extrêmement populaire, car il est perçu comme quelqu’un qui protège la population contre les gangs », a expliqué O’Neill. « J’ai soulevé son cas auprès de deux ministres de la justice, mais comme il est populaire, personne n’ose le confronter. »

Concernant les groupes d’autodéfense, l’expert souligne leur caractère controversé. « Dans certains cas, ils se comportent comme des gangs, demandent de l’argent et recourent à la violence extrême. Un jeune homme inconnu, tatoué ou sans papiers, peut être tué et brûlé sur place », a-t-il indiqué.

Face à l’impuissance des forces de l’ordre, le gouvernement haïtien a eu recours aux drones pour cibler les chefs de gangs. Mais O’Neill alerte sur les violations potentielles des droits humains : « Haïti n’est pas en guerre. Les policiers ne peuvent recourir à la force létale que si leur vie ou celle d’autrui est menacée et s’il n’existe pas d’autre option. J’ai du mal à voir comment l’usage de drones kamikazes répond à ces conditions. »

Malgré ce tableau dramatique, O’Neill conserve l’espoir. « Haïti n’est pas une cause perdue. Le Conseil de sécurité a identifié trois étapes : une force multinationale bien équipée, des sanctions efficaces et l’arrêt du flux d’armes en provenance des États-Unis. Si ces trois mesures sont appliquées simultanément, les gangs peuvent être vaincus rapidement, car ils ne sont pas populaires. Le peuple les déteste », a-t-il affirmé.

Comparant avec d’autres crises mondiales, l’expert se veut optimiste : « Quand je regarde le Soudan, Gaza ou l’Ukraine, je baisse parfois les bras. Mais en Haïti, nous pouvons réussir si nous appliquons simplement ce qui a déjà été autorisé par le Conseil de sécurité. »