Haïti : Pierre Espérance exhorte le CEP à écarter les personnalités sanctionnées et poursuivies en justice, et met en garde contre un retour au pouvoir d’acteurs liés aux gangs…

Pierre Espérance, Directeur exécutif du RNDDH…

PORT-AU-PRINCE, jeudi  15 octobre 2026 (RHINEWS)- Le directeur exécutif du Réseau national de défense des droits humains (RNDDH), Pierre Espérance, exhorte le Conseil électoral provisoire (CEP) à prendre toutes les dispositions légales nécessaires pour empêcher les personnalités visées par des sanctions internationales pour corruption, blanchiment d’argent, financement de gangs et atteintes à la sécurité nationale de participer aux prochaines élections. Il met en garde contre ce qu’il considère comme une tentative de retour au pouvoir d’un secteur qu’il qualifie de « mafieux », dont certains membres chercheraient, selon lui, à bénéficier du soutien de la coalition criminelle Viv Ansanm pour reprendre le contrôle des institutions de l’État.

« Ce serait une fatalité pour le pays si cela devait arriver », avertit Pierre Espérance, qui estime que le retour aux affaires de personnalités impliquées, selon lui, dans le détournement des fonds PetroCaribe et le financement de groupes armés consacrerait une institutionnalisation de l’impunité et une banalisation des crimes financiers et des crimes de sang.

Le responsable du RNDDH considère que la perspective des prochaines élections soulève des interrogations majeures sur la moralité des candidats, la responsabilité des institutions électorales et la capacité de l’État à empêcher des individus soupçonnés d’activités criminelles d’accéder aux plus hautes fonctions publiques.

Selon lui, plusieurs personnalités ayant exercé des responsabilités politiques ou économiques sous les administrations précédentes, notamment celles associées au Parti haïtien Tèt Kale (PHTK), ont été mises en cause dans des rapports d’enquête, des procédures judiciaires ou des décisions de sanctions internationales pour leur implication présumée dans des actes de corruption, de blanchiment d’argent et de soutien aux organisations criminelles.

Pierre Espérance établit un lien entre la dilapidation présumée des ressources du programme PetroCaribe, l’affaiblissement des institutions publiques et la montée en puissance des gangs armés qui ont progressivement étendu leur emprise sur plusieurs régions du pays.

Il estime que certains acteurs politiques et économiques, confrontés aux revendications populaires exigeant la transparence dans la gestion des fonds publics, auraient favorisé l’expansion des groupes armés afin de neutraliser les mouvements de contestation et les demandes de reddition de comptes.

À ses yeux, la violence des gangs ne peut être dissociée des réseaux de financement, des protections politiques et des intérêts économiques qui contribuent à leur fonctionnement.

Le défenseur des droits humains affirme que plusieurs personnalités autrefois contraintes à une certaine discrétion en raison des accusations et des sanctions les visant effectuent désormais un retour remarqué sur la scène politique.

« Le secteur mafieux revient en force », soutient-il, dénonçant la réapparition d’acteurs qu’il présente comme ayant joué un rôle dans la dégradation de la situation politique, économique et sécuritaire du pays.

D’après Pierre Espérance, ces personnalités s’organisent depuis plusieurs mois au sein de plateformes politiques en vue des prochaines échéances électorales. Il les soupçonne de vouloir s’appuyer sur l’influence territoriale et la capacité d’intimidation des gangs, particulièrement ceux regroupés au sein de Viv Ansanm, pour accéder au pouvoir.

Pierre Espérance redoute notamment que des organisations criminelles puissent intervenir dans le processus électoral, influencer le choix des candidats, intimider les électeurs ou imposer leurs propres représentants dans les institutions publiques.

Il demande en conséquence au CEP de prendre la mesure de la gravité de la situation et d’exercer pleinement ses responsabilités afin que les élections ne deviennent pas un mécanisme permettant à des individus soupçonnés d’activités criminelles de retrouver une légitimité politique.

Le responsable du RNDDH appelle également les autorités gouvernementales à garantir des conditions de sécurité permettant aux citoyens d’exercer librement leur droit de vote, sans intimidation ni ingérence des groupes armés.

Pour lui, la tenue d’élections ne saurait constituer une avancée démocratique si les populations vivant sous la domination des gangs ne disposent pas de la liberté nécessaire pour choisir leurs représentants.

Il insiste sur la nécessité d’empêcher que les territoires contrôlés par les organisations criminelles deviennent des réservoirs de voix au profit de personnalités politiques bénéficiant de leur soutien.

Pierre Espérance demande par ailleurs que les informations recueillies par la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ), les organismes nationaux de lutte contre la corruption et le blanchiment d’argent ainsi que les juridictions compétentes soient prises en considération dans l’examen des dossiers de candidature, conformément aux dispositions légales applicables.

Il évoque notamment les rapports d’enquête, les dossiers de poursuites judiciaires et les décisions de sanctions internationales visant des personnalités soupçonnées d’avoir participé au financement de gangs, à des détournements de fonds publics ou à des opérations de blanchiment.

Le directeur exécutif du RNDDH dénonce également les dysfonctionnements de l’appareil judiciaire haïtien, qu’il juge profondément affecté par la corruption, les pressions politiques et l’impunité.

Il déplore que certaines personnes mises en cause dans des enquêtes financières ou criminelles puissent, selon lui, échapper aux poursuites ou bénéficier de décisions judiciaires controversées, malgré l’existence de rapports d’investigation et d’éléments recueillis par les institutions compétentes.

Cette situation favoriserait, à son avis, le retour sur la scène politique de personnalités dont les activités ont déjà suscité de graves interrogations sur leur responsabilité dans la crise nationale.

L’organisation de défense des droits humains attire ainsi l’attention sur les risques d’une normalisation de l’impunité, dans un pays où les victimes des violences armées, des détournements de ressources publiques et des violations des droits fondamentaux peinent à obtenir justice.

Pierre Espérance estime également qu’un retour au pouvoir de personnalités visées par des sanctions internationales pourrait aggraver les difficultés diplomatiques et financières d’Haïti.

Il rappelle que le pays a souscrit à des engagements internationaux en matière de lutte contre la corruption, le blanchiment de capitaux, le financement des organisations criminelles et le respect de l’État de droit.

Selon lui, l’accession aux responsabilités publiques de personnes faisant l’objet de mesures restrictives à l’étranger risquerait de compliquer les relations d’Haïti avec ses partenaires internationaux, alors que le pays dépend largement de leur coopération pour répondre à ses besoins sécuritaires, humanitaires et institutionnels.

Cette préoccupation intervient dans un contexte marqué par l’accumulation de sanctions internationales contre des acteurs haïtiens depuis 2022.

Le 21 octobre 2022, le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté la résolution 2653, instituant un régime de sanctions ciblées comprenant notamment le gel des avoirs, l’interdiction de voyager et des restrictions sur les armes.

Ce dispositif a ensuite été progressivement renforcé. En octobre 2025, la liste des sanctions du Conseil de sécurité comptait neuf personnes physiques et deux entités, dont les coalitions criminelles Viv Ansanm et Gran Grif. Le régime a été renouvelé pour une année supplémentaire le 14 octobre 2026 par la résolution 2832, adoptée par 14 voix favorables et une abstention de la Russie.

De son côté, le Canada a multiplié les sanctions autonomes contre des personnalités politiques, économiques et des chefs de gangs haïtiens. Depuis novembre 2022, Ottawa a sanctionné au moins 34 ressortissants haïtiens, selon ses communications officielles de mars 2025. Un rapport international publié ultérieurement faisait état de 35 personnes sanctionnées par le Canada au 30 septembre 2025.

Les États-Unis ont également adopté des mesures contre plusieurs dizaines de personnes soupçonnées de contribuer à l’instabilité d’Haïti. Dans un rapport transmis au Congrès en mars 2026, le département d’État américain indiquait avoir pris, depuis octobre 2022, des sanctions ou des restrictions de visas à l’encontre de plus de 60 personnes impliquées, selon Washington, dans les activités des gangs, des violations des droits humains, des faits de corruption ou le trafic international de stupéfiants. Ce chiffre englobe plusieurs catégories de mesures et ne correspond pas exclusivement aux sanctions financières de l’Office of Foreign Assets Control (OFAC).

Ces dispositifs internationaux ne produisent toutefois pas tous les mêmes effets juridiques. Les sanctions du Conseil de sécurité sont contraignantes pour les États membres des Nations unies dans les limites prévues par les résolutions concernées, tandis que les sanctions autonomes canadiennes et américaines obéissent à des cadres juridiques distincts. Leur existence ne vaut pas automatiquement condamnation pénale ni inéligibilité au regard du droit haïtien.

La question de leur incidence sur les candidatures électorales revêt une importance particulière depuis la modification récente des règles électorales. Le CEP a retiré une disposition imposant aux candidats de justifier que leurs avoirs ne faisaient pas l’objet de sanctions étrangères, tout en maintenant l’exclusion des personnes inscrites sur la liste des sanctions du Conseil de sécurité des Nations unies.

Cette évolution intervient alors que les autorités électorales poursuivent les préparatifs des élections générales annoncées pour le 13 décembre 2026, malgré les incertitudes persistantes concernant la sécurité, l’inscription des électeurs et la capacité de l’administration électorale à organiser un scrutin sur l’ensemble du territoire.

Pour Pierre Espérance, les responsabilités du CEP ne doivent pas être dissociées de celles des autorités judiciaires et gouvernementales. Il considère qu’une coordination entre ces institutions est indispensable pour prévenir l’infiltration du processus électoral par les réseaux criminels et garantir le respect des obligations nationales et internationales d’Haïti.

Il appelle les responsables électoraux à examiner avec rigueur les dossiers des personnalités faisant l’objet de sanctions, d’enquêtes ou de procédures judiciaires, tout en soulignant la nécessité de préserver l’intégrité des institutions publiques.

La prise en compte de ces éléments doit néanmoins s’inscrire dans le respect de la présomption d’innocence, des critères légaux d’éligibilité et des garanties de recours reconnues aux candidats.

Au-delà des candidatures, Pierre Espérance considère que le rétablissement de la sécurité, la lutte contre le financement des gangs et le fonctionnement indépendant de la justice constituent des conditions essentielles pour empêcher la reproduction des mécanismes d’impunité qu’il dénonce.

Le directeur exécutif du RNDDH avertit qu’une transition électorale permettant à des acteurs soutenus par les organisations criminelles de prendre le contrôle de l’État risquerait, selon lui, de prolonger la crise plutôt que d’y mettre fin.

Il exhorte ainsi le CEP, le gouvernement et les institutions judiciaires à assumer leurs responsabilités respectives afin que les prochaines élections puissent se dérouler dans des conditions garantissant la liberté du vote, la sécurité des électeurs et le respect de l’État de droit.