Haïti – Me Sonet Saint-Louis : « Le CPT et le gouvernement doivent partir ensemble pour permettre un véritable renouveau démocratique »…

Sonet Saint-Louis, Avocat

PORT-AU-PRINCE, vendredi 27 juin 2025 (RHINEWS)– L’avocat et professeur de droit constitutionnel Me Sonet Saint-Louis appelle à la démission simultanée du Conseil présidentiel de transition (CPT) et du gouvernement de facto, estimant qu’ils ont ensemble atteint un niveau d’échec tel qu’ils ne peuvent plus prétendre incarner ni l’autorité ni la légitimité de l’État. « Le CPT et le gouvernement doivent partir en même temps ! », exige-t-il sans détour, dans ce qu’il qualifie d’appel urgent à un sursaut républicain.

« Depuis plusieurs années, les politiciens ont tout saboté pour plonger dans le dysfonctionnement l’ensemble de nos institutions républicaines », affirme Me Saint-Louis, dénonçant une élite dirigeante qu’il considère comme « indigente, globalement mal informée sur le fonctionnement d’un État moderne, démocratique, encadré par les principes de l’État de droit et de la bonne gouvernance ».

S’exprimant depuis La Gonâve, l’universitaire estime que les membres de l’actuel exécutif de transition ne disposent ni des compétences, ni de la vision nécessaires à la gestion d’un État. « Ce sont des professionnels du chaos à qui l’on a confié la mission de gouverner notre République dans le cadre d’une transition circulaire, où les mêmes têtes — ni pleines ni bien faites, mais vides — apparaissent, disparaissent et réapparaissent depuis 1987 », écrit-il.

Critiquant la gouvernance actuelle comme étant minée par des conflits d’intérêts, il souligne que chaque membre du CPT « a ses représentants dans la diplomatie, au sein du gouvernement et dans l’administration ». Selon lui, « les représentants des groupes d’intérêts ne peuvent gérer que les intérêts de leurs membres. On le savait ! »

Il s’interroge alors sur la logique ayant conduit à confier la direction de l’État à des acteurs qu’il accuse d’être à la fois incompétents et déconnectés des principes constitutionnels. « Quand je dis que ces gens-là ne comprennent pas le fonctionnement de l’État, bien qu’ils en aient fait l’expérience, je ne le dis pas par arrogance : c’est un constat ! »

Me Saint-Louis remet également en question la légitimité du CPT en tant qu’organe de transition. « Le Conseil présidentiel de transition a prêté serment sur la Constitution de 1987, bien que cela relève d’un acte d’imposture, puisqu’il n’existe aucun lien constitutionnel entre cette instance de facto et notre charte fondamentale. » Il rappelle que seule l’élection populaire permet à un président de prêter serment en vertu de la Loi fondamentale.

Pour le professeur de droit, cette contradiction jette une ombre grave sur toute l’action du CPT. « Le fait de confier des responsabilités à un comité de pilotage créé en violation de la Constitution constitue un motif suffisant pour que ses membres soient mis en accusation pour crime contre la Constitution. »

Poursuivant son analyse, il observe que le CPT revendique une continuité constitutionnelle sans en avoir ni l’origine ni la légitimité : « En admettant la continuité constitutionnelle, le CPT reconnaît qu’il n’est pas arrivé au pouvoir à la suite d’une révolution, d’un coup d’État ou d’un consensus politique. »

Face à cette situation, Me Saint-Louis estime que « nous avons d’urgence besoin d’un renouveau » et fustige la passivité de certains secteurs de la société haïtienne. « Comment des secteurs organisés, des intellectuels, des juristes peuvent-ils se taire devant une telle forfaiture ? » s’interroge-t-il. Il dénonce notamment l’usurpation par l’exécutif de facto de prérogatives réservées au pouvoir législatif, notamment en matière de réforme du droit pénal. « Comment peut-on admettre qu’un exécutif de facto ait le droit de légiférer, d’abroger une Constitution qui est l’œuvre du peuple, d’adopter un Code pénal traitant des droits humains et des libertés individuelles, sans l’intervention du pouvoir législatif ? »

L’universitaire va plus loin encore en liant cette dérive institutionnelle à une idéologie extérieure : « Ces gens, au service d’une idéologie globaliste, placés au pouvoir pour déstabiliser la nation haïtienne à travers des pratiques étrangères à notre culture, ont piteusement échoué — et l’échec ne doit avoir ni courtisan, ni partisan. »

Pour lui, cet échec est total, et ne peut être rattrapé : « Dans la sphère étatique, l’échec n’est pas tolérable, car il entraîne la perte de légitimité et l’incapacité à répondre aux besoins de la population. » Il juge « politiquement maladroit » le fait, pour le président du CPT Fritz Jean, d’avoir « expliqué son échec en direct », rappelant que cet échec résulte de « l’affrontement entre les fractions mafieuses opérant au plus haut sommet de l’État ».

Dans cette optique, Me Saint-Louis conclut : « Le CPT et le gouvernement doivent partir ensemble, et en même temps, afin de permettre un véritable renouveau démocratique dans le pays. » Il plaide pour une transition encadrée par un gouvernement provisoire doté d’un mandat clair : rétablir la sécurité, stabiliser l’administration publique, et préparer des élections libres. « La jeunesse haïtienne, consciente et exigeante, réclame de vrais modèles de réussite — des réussites sans fraude ni vice — comme sources d’inspiration », ajoute-t-il.

Le message de Me Sonet Saint-Louis se veut une alerte républicaine autant qu’un appel à l’action. Il exhorte les citoyens à sortir de leur passivité : « Il ne doit pas y avoir de spectateurs ! Le mal dans lequel ces élites dégénérées conduisent le pays est trop profond. Nous devons les combattre avec toutes les armes dont dispose la nation. Faisons-le maintenant, et sans répit ! »