Haïti : l’ONU dénonce une intensification des violences, des tueries de masse et une criminalité transnationale sous l’œil impuissant des autorités…

Vitelhomme Innocent, chef du gang Kraze Barye, Jimmy Barbecue Cherizier , chef de la federation des gangs G-an Fanmi e Alye, Izo du gang 5 seconde de Village de Dieu, Jeff, chef de gang de Canaan, Lanmo San Jou, chef du gang 400 Mawozo….

NEW YORK, vendredi 27 juin 2025 (RHINEWS)Le dernier rapport du Groupe d’experts des Nations Unies sur Haïti, publié ce mois-ci, dresse un constat alarmant de la situation sécuritaire entre octobre 2024 et février 2025. Dans un contexte d’effondrement institutionnel, de lutte de pouvoir interne et de corruption au sein des autorités de transition, les gangs ont poursuivi leur montée en puissance, multipliant les attaques et les massacres en toute impunité.

« En l’absence de riposte efficace de la part du Gouvernement, les gangs gardent les coudées franches pour mener des attaques en toute impunité et étendre leur contrôle territorial », avertit le rapport.

Au cours de la période considérée, les experts ont documenté au moins quatre massacres majeurs à Port-au-Prince et dans le département de l’Artibonite. Chacun d’eux aurait fait entre 70 et plus de 200 morts. Ces attaques, souvent coordonnées, ont ciblé les dernières zones encore sous contrôle des autorités, notamment Pétion-Ville et Kenscoff, dans le but manifeste d’étendre la domination territoriale des gangs. Le niveau de brutalité observé inquiète particulièrement les Nations Unies. Outre les meurtres de masse, les gangs ont eu recours de manière systématique aux enlèvements, aux viols, aux pillages, et à la destruction de biens civils.

La Police nationale d’Haïti (PNH), décrite comme chroniquement sous-équipée, reste « la cible constante des gangs », alors même que ses rangs sont rongés par des luttes internes et une désorganisation croissante. L’incapacité opérationnelle de la PNH a laissé le champ libre à des vagues de violence et à l’apparition de groupes d’autodéfense. Le rapport souligne que cette dynamique a entraîné une hausse significative des actes de vigilantisme, en particulier à travers les lynchages collectifs dits « Bwa Kale », encouragés par un sentiment d’abandon généralisé de la population. « Ces groupes comptent souvent dans leurs rangs des officiers de police locaux, dont certains prennent une part active aux violations des droits humains », dénoncent les experts.

La situation est d’autant plus préoccupante que la PNH elle-même est accusée d’avoir commis un nombre inquiétant d’exécutions extrajudiciaires. Le rapport mentionne des cas où des membres présumés de gangs ont été sommairement exécutés, en dehors de tout cadre légal.

Malgré l’embargo international sur les armes imposé à Haïti, les réseaux criminels parviennent à s’approvisionner en armement lourd, aggravant encore le déséquilibre face aux forces de sécurité. « Les gangs ont pu se procurer des quantités croissantes de fusils 12,7 × 99 mm et de munitions calibre .50, renforçant ainsi leur capacité létale », indique le rapport. Les experts affirment que ces armes proviennent non seulement du marché noir régional, mais aussi de stocks nationaux détournés, notamment en Haïti et en République dominicaine. Le marché illégal des armes, alimenté par les groupes d’autodéfense et des civils armés, continue de se développer rapidement.

Le rapport met également en lumière un aspect moins connu mais tout aussi inquiétant de la crise : la montée d’une économie criminelle transfrontalière, notamment autour du commerce illégal de civelles (petites anguilles), une ressource marine précieuse et non réglementée. « Ce commerce, très lucratif, offre d’importantes possibilités de contrebande et de blanchiment d’argent », précisent les experts onusiens. Des acteurs haïtiens seraient impliqués dans la surexploitation et l’exportation illégale de civelles vers des marchés asiatiques, générant des revenus importants pour les réseaux criminels, au même titre que le trafic de drogues ou d’armes.

Enfin, le rapport pointe directement la responsabilité des autorités de transition. Les ambitions politiques concurrentes, combinées à des allégations de corruption, ont « contaminé le fonctionnement des institutions » et empêché toute avancée concrète vers l’organisation d’élections nationales ou le rétablissement de la sécurité publique. « Très peu de progrès ont été réalisés en vue du rétablissement de la sécurité ou de la mise en œuvre de la feuille de route électorale », constate le document.

Selon le Groupe d’experts, “la combinaison d’une gouvernance défaillante, d’un appareil sécuritaire dysfonctionnel et d’un environnement économique mafieux constitue un danger croissant non seulement pour Haïti, mais aussi pour la région tout entière.”