SAINT-MICHEL DE L’ATTALAYE (Artibonite), vendredi 27 juin 2025 (RHINEWS)- Dans le Haut-Artibonite, la commune de Saint-Michel de l’Attalaye s’étire au cœur d’un relief tourmenté, entre la plaine de la Savane Diane, les collines boisées du massif des Montagnes Noires et des zones basses propices à la culture vivrière. Ici, les pistes de terre, sinueuses et souvent impraticables, se perdent entre ravines et montagnes. La moindre averse suffit à couper des hameaux entiers du reste du pays, et les véhicules, trop souvent, s’enlisent dans une boue épaisse comme le découragement.
C’est pourtant dans ce paysage accidenté, où l’accès reste un luxe fragile, qu’a été inauguré, le 26 juin 2025, un équipement discret mais hautement stratégique : le Centre d’Entretien Routier (CER) de Saint-Michel de l’Attalaye.
Implantée à Dugarant, à l’entrée nord de la commune, cette nouvelle infrastructure est le fruit d’une collaboration étroite entre le ministère haïtien des Travaux publics, Transports et Communications (MTPTC), la Banque mondiale, l’UNOPS, ainsi qu’un consortium d’ingénierie composé de SOCOFI, RADEC et HTN. Son objectif ? Offrir aux zones rurales enclavées une réponse concrète à la dégradation chronique du réseau routier et contribuer à restaurer les connexions vitales entre les territoires.
D’un coût de plus de 900 000 dollars américains, financé par la Banque mondiale, le centre a été achevé en neuf mois. Il comprend un atelier de réparation, un hangar pour les engins lourds, une aire de lavage, des sanitaires, ainsi qu’un système de récupération des eaux pluviales — une innovation rare dans les constructions publiques du pays. L’ensemble a été supervisé par l’UNOPS et l’Unité Centrale d’Exécution du MTPTC, selon des normes techniques rigoureuses.
Lors de la cérémonie inaugurale, le ministre des Travaux publics, Transports et Communications, Raphaël Hosty, a souligné la portée à la fois symbolique et stratégique de cette nouvelle infrastructure, qu’il a présentée comme « un engagement concret en faveur du développement des zones rurales ». Entretenir les routes, a-t-il rappelé, ne relève pas seulement de la technique : c’est assurer l’accès aux soins, à l’éducation, aux marchés — en somme, maintenir le lien social et renforcer la cohésion des territoires.
Le ministre a également pointé l’ampleur des défis structurels auxquels son ministère est confronté. Près de 90 % du réseau routier national est aujourd’hui en mauvais état, a-t-il indiqué, une situation qui contribue à l’isolement de nombreuses communautés, freine les échanges économiques et compromet durablement le développement local. D’où, selon lui, l’urgence de placer l’entretien et la durabilité des infrastructures au centre des priorités publiques.
La mairesse adjointe de la commune, Mercedat Jean, s’est dite satisfaite de cette réalisation, tout en exprimant l’espoir que le centre puisse répondre concrètement aux attentes de la population locale. Elle a insisté sur l’importance de cette infrastructure dans les efforts de réhabilitation du réseau routier régional, essentielle, selon elle, pour désenclaver les communautés rurales et stimuler l’activité économique.
Dabagaï Dabagaï, représentante de l’UNOPS en Haïti, a souligné que la construction de cette infrastructure s’inscrit dans une démarche plus globale. Selon elle, « l’amélioration de l’accès aux marchés et aux services pour les ménages des provinces rurales de la Boucle Centre-Artibonite contribuera à renforcer la résilience face aux chocs, à soutenir un développement régional durable et à favoriser une croissance véritablement inclusive sur le long terme ».
Le centre de Saint-Michel s’inscrit dans le cadre du Projet d’Accessibilité et de Résilience Rurale (PARR), lancé en 2018 avec le soutien de la Banque mondiale. Ce programme a déjà permis la stabilisation de 130 kilomètres de routes dans le Sud, le Sud-Est et les Nippes, ainsi que la réhabilitation de 72 kilomètres dans le Centre et l’Artibonite. Il prévoit aussi la formation de techniciens locaux, y compris des femmes, dans les métiers liés aux travaux publics — une ouverture vers plus d’inclusion sociale.
Si les défis demeurent considérables à l’échelle nationale — entre déficit chronique d’entretien, vulnérabilité climatique accrue et ressources limitées —, le Centre d’Entretien Routier (CER) de Saint-Michel de l’Attalaye représente un jalon structurant. Il incarne un maillon essentiel dans une chaîne de résilience encore fragile, tout en symbolisant un début de décentralisation des capacités d’entretien, rapprochant ainsi les infrastructures des territoires les plus éloignés et facilitant les liens entre zones rurales et urbaines.
L’efficacité de ce centre se mesurera non seulement à la qualité des réparations effectuées, mais surtout à la persistance collective des efforts dans la durée.

