Haïti : l’ONU prend ses distances avec l’appel au dialogue du chef de gang « Lanmò Sanjou » et le déploiement militaire salvadorien…

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PORT-AU-PRINCE, mardi 3 novembre 2026 (RHINEWS) – Les Nations unies ont pris leurs distances avec la demande de médiation formulée par Wilson Joseph, alias « Lanmò Sanjou », chef du gang 400 Mawozo, tout en précisant que la majeure partie des renforts militaires déployés en Haïti par le Salvador ne relève pas de la Force de répression des gangs (FRG), soutenue par le Conseil de sécurité. Ces deux développements interviennent dans un contexte de tensions sécuritaires accrues, marqué notamment par la disparition de quatre ressortissants salvadoriens lors d’une embuscade attribuée à des groupes armés, le 18 octobre dernier, dans la périphérie de Port-au-Prince.

Recherché par les autorités américaines, Wilson Joseph a adressé une correspondance au secrétaire général des Nations unies, António Guterres, sollicitant l’envoi d’une délégation internationale pour engager des discussions avec son organisation et rechercher une issue négociée à la crise sécuritaire haïtienne.

L’ONU a confirmé, lundi soir, avoir reçu cette correspondance, sans toutefois donner suite publiquement à la demande de médiation.

« La réception d’une telle lettre ne constitue ni une approbation de son contenu, ni une reconnaissance de son auteur, ni une prise de position des Nations unies », a précisé Stéphane Dujarric, porte-parole du secrétaire général, dans une note adressée à la presse.

Dans sa lettre, le chef de 400 Mawozo affirme avoir officiellement hissé le drapeau blanc depuis le 28 octobre et se présente comme disposé à participer à des discussions visant à mettre fin aux affrontements.

Wilson Joseph exprime également des inquiétudes concernant les conséquences d’une intervention militaire salvadorienne de grande ampleur, estimant qu’elle pourrait entraîner des représailles contre les populations civiles.

Il affirme par ailleurs que les quatre Salvadoriens disparus seraient morts.

Cette déclaration n’a cependant pas été confirmée par les autorités compétentes. Les autorités haïtiennes continuent de les considérer comme disparus, tandis que le gouvernement salvadorien estime qu’ils pourraient toujours être en vie.

Le chef de gang dirige 400 Mawozo, une organisation armée particulièrement implantée à Croix-des-Bouquets, au nord-est de Port-au-Prince, et impliquée dans de nombreux enlèvements.

Ce groupe avait notamment revendiqué l’enlèvement de 17 missionnaires américains et canadiens en octobre 2021, une affaire qui avait suscité une importante mobilisation internationale.

Wilson Joseph fait l’objet de recherches par les autorités fédérales américaines. Le FBI offre une récompense pouvant atteindre un million de dollars pour toute information permettant son arrestation.

La demande de médiation intervient alors que les autorités salvadoriennes ont renforcé leur présence militaire en Haïti à la suite de l’embuscade du 18 octobre, au cours de laquelle quatre de leurs ressortissants, engagés dans le dispositif international de sécurité, ont disparu.

Selon des informations de presse, plus de 2 000 militaires salvadoriens auraient été déployés à la fin du mois d’octobre, avec l’appui de Washington. Leur nombre pourrait atteindre 2 500 hommes. Ces chiffres n’ont toutefois pas fait l’objet d’une confirmation indépendante dans les éléments disponibles.

Le président salvadorien, Nayib Bukele, a présenté cette intervention comme une opération destinée à retrouver ses quatre compatriotes disparus.

L’ampleur de ce déploiement soulève cependant des interrogations sur son articulation avec la Force de répression des gangs, chargée d’appuyer les autorités haïtiennes dans la lutte contre les organisations criminelles.

Dans ses précisions à la presse, Stéphane Dujarric a indiqué que la grande majorité des militaires salvadoriens récemment arrivés en Haïti ne fait pas partie de la FRG.

Ces effectifs supplémentaires ne relèvent donc pas du dispositif international approuvé par le Conseil de sécurité et ne sont pas soumis aux mêmes mécanismes institutionnels de suivi et d’appui.

Cette distinction intervient alors que la FRG poursuit son déploiement dans le cadre du mandat renouvelé le 30 septembre 2026, jusqu’au 31 mars 2027.

La force internationale doit soutenir la Police nationale d’Haïti (PNH) et les autres institutions compétentes dans leurs opérations contre les groupes armés, notamment dans les territoires où les autorités ont perdu une partie de leur capacité d’intervention.

Ses effectifs demeurent toutefois inférieurs au plafond de 5 500 personnels autorisés, tandis que des besoins importants persistent en matière d’équipements, de financement et de soutien logistique.

Le renforcement de la présence salvadorienne intervient également dans un contexte où la politique sécuritaire du président Bukele fait l’objet d’appréciations divergentes à l’étranger.

Les autorités salvadoriennes mettent en avant la forte diminution de la criminalité dans leur pays, tandis que plusieurs organisations de défense des droits humains dénoncent les arrestations massives, les détentions arbitraires présumées et d’autres violations imputées aux forces de sécurité.

Dans sa communication, l’ONU a rappelé que toutes les opérations menées sur le territoire haïtien, qu’elles soient conduites par la FRG, les forces nationales ou leurs partenaires étrangers, doivent respecter les obligations découlant du droit international.

« Le respect de ces obligations, ainsi que la transparence et l’obligation de rendre des comptes, demeure essentiel pour maintenir le soutien international et assurer la protection de la population », a insisté Stéphane Dujarric.

Cette mise en garde intervient alors que les populations civiles continuent de subir les conséquences des affrontements entre groupes armés et des opérations de sécurité dans plusieurs quartiers de la capitale et dans d’autres régions du pays.

Selon les données communiquées par les Nations unies, plus de 5 700 personnes ont été tuées ou blessées entre janvier et la mi-septembre 2026, tandis que près de 1,5 million d’Haïtiens ont été contraints de quitter leur domicile en raison des violences.

La crise sécuritaire s’accompagne d’une dégradation persistante des conditions humanitaires, caractérisée notamment par les déplacements forcés, les enlèvements, les violences sexuelles, les difficultés d’accès aux soins et les restrictions à la circulation des personnes et des marchandises.

La situation place les autorités haïtiennes et leurs partenaires internationaux devant deux questions distinctes : la réponse à apporter aux demandes de négociation émanant de responsables de groupes armés recherchés pour des crimes graves et les conditions juridiques et opérationnelles encadrant l’intervention de forces étrangères ne relevant pas directement du dispositif multinational soutenu par l’ONU.

À ce stade, aucune décision des Nations unies concernant l’ouverture d’une médiation avec Wilson Joseph n’a été annoncée. Les modalités précises de coordination entre les renforts salvadoriens, la FRG et les autorités haïtiennes restent également à clarifier.

Précisions après vérification : La correspondance de Wilson Joseph fait état d’un drapeau blanc hissé depuis le 20 août 2026, et non depuis le 28 octobre. Par ailleurs, le bureau chargé de soutenir la FRG est le Bureau d’appui des Nations unies en Haïti (UNSOH), distinct du BINUH. Ces deux points doivent être corrigés dans la version destinée à publication.

Les informations publiées le 3 novembre confirment également que les modalités de commandement et d’encadrement des renforts salvadoriens restent sujettes à interrogation.